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Problème n°1 : sur la table, nous n’avons aucun projet et aucune idée
A part quelques classiques (la défense des gros céréaliers de la Beauce, un petit couplet new age sur la protection de l’environnement et d’Ingrid Betancourt, une rallonge budgétaire pour que le programme Galileo puisse dupliquer un réseau existant, efficace et gratuit), nous n’avons rien à proposer à nos partenaires. Les slogans préparés par le gouvernement français sont notoirement ridicules et régressifs ("L’Europe protection", "Une présidence citoyenne"), l’équipe de technos chargée de tout cela ne comprend rien à rien.
C’est encore pire qu’en 2000, au moment de la dernière présidence française de l’Union (de sinistre mémoire, cf. le traité de Nice) : à l’époque, nous pouvions mettre une partie de notre nullité sur le compte de la cohabitation (une gauche trop plurielle + un président mal entendant), et puis nous avions des choses sérieuses à régler en interne pour nous propulser, seuls, vers le 3ème millénaire, vers la société de l’innovation et vers le plein-emploi : les 35 heures, les emplois jeunes Aujourd’hui nos positions sont encore plus faibles qu’en 2000, les pays de l’Est ne nous attendent même plus au tournant, les Allemands se méfient de nous et nos dernières munitions (le mini-Traité, le dossier de la défense européenne, etc.) ne dépendent plus vraiment de Paris. Les "priorités" définies par le gouvernement Sarkozy (le changement climatique, la paix dans le monde, les transports, la gestion globale et concertée des migrations, l’agriculture, le respect pour tous, j’en oublie) garantissent un échec absolu.
Problème n°2 : les partenaires susmentionnés savent bien que nous n’avons rien d’intéressant à dire et ils poussent un soupir de soulagement car ils ont appris à se méfier des initiatives françaises
Partout c’est le scepticisme qui règne, et parfois la peur car la France est réputée de plus en plus contagieuse (par exemple, beaucoup d’Allemands sont persuadés, à tort ou à raison, que le revival de leur extrême gauche prend sa source en France). Certains pestent (à juste titre) contre ces mastodontes publics français qui rachètent leurs entreprises ; expertes es "service public à l’ancienne" dans toutes les conférences et tous les sommets, les autorités françaises sont accusées de jouer un double jeu. D’autres mettent en doute la profondeur de nos réformes (nous serions passé maîtres dans l’art des effets d’annonce non suivis d’effets). Parfois, les positions françaises sont plus tranchées, par exemple sur les OGM ou sur la fiscalité, mais alors elles sont considérées comme peu exportables. Ces partenaires européens sont décidément incapables de reconnaître notre génie, on se demande bien pourquoi on s’acharne à vouloir construire l’Europe avec eux
Problème n°3 : cette présidence vient au pire moment du cycle économique
Sur le front des finances publiques, les projecteurs vont être braqués sur la France alors que nous allons bientôt frôler la limite des 3 % de déficits publics. Notre spécialité (donner des leçons) va en souffrir, et nous ne serons pas assez crédibles pour proposer une refonte de ladite limite ou a fortiori une redéfinition des rapports avec la BCE. Ce qui s’appelle être complètement coincé.
Alors que faire ? Soyons francs, fair play et magnanimes, il est désormais trop tard, nous allons bel et bien être ridicules pendant 6 mois. Mais nous aurions pu faire quelque chose d’utile : renoncer à cette présidence. Ou, plus intelligemment : vendre cette présidence maudite aux enchères. Après tout, il s’agit d’un actif stratégique, le nombre d’acheteurs potentiels est significatif (26, dont plus de la moitié sont solvables) et nous devrions d’abord penser à l’intérêt général communautaire (en nous servant au passage).
Avec une mise à prix autour d’un milliard d’euros, par exemple, nous aurions pu tout à la fois :
- aider l’Europe (en passant le dossier à des mains plus expertes) ;
- retrouver quelques marges de manœuvre médiatico-budgétaires en cas d’approfondissement de la crise (rappelons ici que le pacte de stabilité n’a aucun sens) ;
- et gagner un peu d’argent (il n’est pas interdit d’être fourbe et cupide, cf. l’Angleterre).
Nous avons donc raté une bonne occasion. Il faudra y repenser dans une décennie (quand notre tour viendra à nouveau de présider) au cas très probable où, d’ici là, nous n’aurions pas été capables de faire émerger deux ou trois idées utiles et innovantes pour l’Europe.
Mathieu Mucherie tient à rappeler qu'il s'exprime à titre personnel.
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auteur: Mathieu Mucherie en savoir plus sur l'auteur |
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Qui voyez-vous mieux placé que la france?
Cet article m'a beaucoup fait rire et fait ressortir des vérités déguisés sous l'ironie de l'invective. Quand on voit à quel point l'Europe n'intéresse personne, et qu'on cerne la pauvreté de la communication réalisée pour nous transformer en europhiles, je ne vois pas très bien qui pourrait présider l'Europe... Ni même en avoir envie. Il faudrait sans doute expliquer aux français les avantages que nous apporte l'Europe dans notre quotidien, pour que les politiques eux-mêmes se sentent appuyés par el peuple, et considèrent leurs politiques européennes comme la priorité.
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