LES ARTICLES LES PLUS :
Culture
La domination culturelle américaine est-elle totale ?
lire l'article
International
La Corée du Nord, dictature familiale
lire l'article
Politique
Euthanasie : la vie est-elle digne ou sacrée ?
lire l'article
THEMES :
- Afghanistan
- Afrique
- art
- banques
- Berlusconi
- Brésil
- capitalisme
- changement climatique
- Chine
- chômage
- cinéma
- Clinton
- Corée
- crise financière
- crise économique
- croissance
- Delanoë
- dette
- droits de l'homme
- démocratie
- emploi
- environnement
- Etats-Unis
- Europe
- finance
- France
- gauche
- guerre
- génocide
- géopolitique
- histoire
- immigration
- Inde
- inflation
- Internet
- Iran
- islam
- Israël
- Italie
- Jeux Olympiques
- justice
- libéralisme
- littérature
- mafia
- mondialisation
- musique
- médias
- nucléaire
- Obama
- Occident
- OTAN
- Palestine
- pauvreté
- philosophie
- presse
- prison
- PS
- pétrole
- recherche
- religion
- retraites
- Royal
- Russie
- réformes
- santé
- Sarkozy
- sociologie
- société
- terrorisme
- Tibet
- Turquie
- télévision
- écologie
- élections
- élections américaines
- énergie
Economie
Enjeux et avenir de l’or bleu
"La guerre de l’eau n’aura pas lieu", "la prochaine guerre mondiale sera-t-elle une guerre de l’eau ?", "les conflits liés à l’eau", les médias se pressent de relayer ce sujet aux teintes vendeuses. Alors que l’eau devient au centre des préoccupations géopolitiques actuelles, tous ses enjeux ne sont pourtant pas encore bien compris ni envisagés.
Sur le débat de la "guerre de l’eau", deux points de vue s’opposent : celui des pessimistes, pour qui un conflit lié à la ressource est inévitable, et celui des optimistes, dont les arguments reposent principalement sur la nature même de cette ressource et son historique. Parmi les plus fervents défenseurs de cette dernière, citons Aaron Wolf, professeur de Géographie au département de Géosciences de l'université d'état de l'Oregon (Etats-Unis) et auteur de nombreux ouvrages consacrés à la relation entre ressources en eau transfrontalières, conflits politiques et coopération internationale.
Après avoir étudié en détail les successions de conflits liés à "l’or bleu", le géographe n’a pu recenser qu’une vraie guerre de l’eau, remontant à 4.500 ans et opposant deux cités mésopotamiennes à propos du Tigre et de l’Euphrate, dans le sud de l’Irak actuel. Bien entendu, cette guerre n’est pas la seule étant attisée par une convoitise pour l’eau. Simplement, dans les autres conflits (prenons notamment l’exemple d’Israël et de la Palestine autour du Jourdain ou du Pakistan et de l’Inde autour de l’Indus), l’eau est un des paramètres mais non la cause de la mésentente. Et bien souvent, l’eau est le vecteur de réconciliation plutôt que le facteur de discorde. Seuls 37 conflits graves impliquant des violences ont eu lieu au cours des 50 dernières années, alors que 150 traités ont été signés. Dans le fond, optimistes et pessimistes se trouvent sur le même terrain d’entente, seules les définitions diffèrent, mais nul ne contredira le fait que les tensions autour de l’eau sont de plus en plus présentes.
Mais qu’est-ce qui pousse les néo-malthusiens à avancer la thèse d’une guerre de l’eau ?
Parler de raréfaction de la ressource est un contresens si l’on n’y adjoint pas une petite explication. Pour les non-initiés, rappelons que la quantité d’eau sur terre est constante, puisqu’elle est en cycle fermé : le cycle de l’eau. Toute eau consommée, rejetée ou évaporée retourne indéniablement là d’où elle vient : la mer. La pression croissante sur la ressource provient donc non de la quantité disponible mais d’une demande en constante augmentation : démographie qui explose + croissance économique exponentielle = diminution de l’eau disponible par personne sur terre. Ajoutons à cela le fait que 70% de l’eau douce est utilisée pour l’agriculture et que si nous sommes plus nombreux, nous devons également manger plus.
C’est là que la discorde commence : entre l’agriculteur et le consommateur, lequel des deux sera servi en premier en cas de pénurie ? Dans un contexte de réchauffement climatique, ce phénomène est aggravé : les températures augmentant dans les régions les plus arides, la pluviométrie y est moindre. Mais si l’eau ne tombe pas dans le pays A, ce déficit est reporté sur le pays B qui lui, aura plus d’eau alors qu’il en avait déjà beaucoup. D’où une multiplication des inondations et des sécheresses, et avec elles des migrations climatiques. Ainsi des pays comme le Tchad risquent de voir leur lac, source de vie et de revenu, asséché, et le Bengladesh a chaque année entre 25% et 75% de son territoire recouvert par les eaux.
La difficulté de cette situation est justement provoquée par une inégalité de la répartition de la ressource en eau
L’Europe, particulièrement du nord, ainsi que la Russie et la Sibérie seront les grandes gagnantes du réchauffement climatique : des températures adoucies, des hivers moins rudes, idéal pour l’agriculture. Des promoteurs immobiliers ont d’ailleurs déjà parié sur la mer du nord comme futur pavillon du tourisme estival. Mais où vont se retrouver ces milliers de migrants dont les maisons sont recouvertes par les flots ou dont les ressources piscicoles ont disparu ? C’est là que le bât blesse : à l’international, très peu de législations régissent les ressources en eau, leurs évolutions ou leurs conséquences. Il est extrêmement difficile de faire adopter à un grand nombre de pays une loi commune, et très peu d’institutions ont les prérogatives de le faire. C’est le cas notamment de l’ONU ou d’organisations régionales comme la Communauté de développement d'Afrique australe (ou SADC, acronyme de l'anglais "Southern African Development Community"). Pour n’en citer qu’une, la Convention des Nations Unies sur le droit relatif aux utilisations des cours d'eau internationaux à des fins autres que la navigation (1997) est un outil légal international qui se focalise sur les ressources communes en eau.
Deux principes clés de la gestion des cours d'eau communs découlent de cette convention : "une utilisation équitable et raisonnable" et "l'obligation de ne pas causer de dommages significatifs" aux pays voisins. Cependant, la portée internationale de ce traité l’empêche de définir de façon quantitative ce que ces principes signifient et il incombe aux pays de le faire dans leurs bassins versants. En juin 2010, cette convention avait été signée par 18 Etats parties, soit 17 de moins que le nombre requis pour son entrée en vigueur.
Il existe 263 fleuves transfrontaliers sur notre planète et autant de nappes phréatiques transfrontalières qui, pour beaucoup, sont encore inconnues
L’initiative de l’UNESCO sur le management des ressources en eau souterraines, ISARM ou "Internationally Shared Aquifer Resources Management" est en train de les recenser. Si le droit international ne parvient pas à légiférer sur ces ressources communes, il y a fort à parier que de nouveaux conflits risquent d’émerger. L’Inde et le Bangladesh ont signé en 1996 le Traité de partage des eaux du Gange ("Ganges water sharing" ) établissant les quantités d’eau disponibles pour chaque pays à hauteur du barrage de Farakka.
Cependant, le Bangladesh se sent toujours lésé par les clauses du traité, souffrant de graves sécheresses pendant la saison sèche et d’inondations désastreuses pendant la saison des pluies. Avec une population de plus de 150 millions d’habitants sur une superficie équivalant à la moitié de la France, le Bangladesh manque d’espace et d’argent pour construire des réservoirs. Or l’Inde a commencé à construire des barrières autour de son voisin pour éviter aux migrants climatiques toute tentation de passer la frontière. D’ici une dizaine d’années, la communauté internationale ne pourra plus fermer les yeux sur une population déjà aujourd’hui victime des défis de demain.
|
auteur: Emeline Hassenforder en savoir plus sur l'auteur |
Créez votre profil
pour noter, réagir
et écrire
sur contre-feux.com









