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Et si la politique agricole commune redevenait enfin une politique ? (2)

Face aux crises économiques et alimentaires actuelles, il est indispensable de rebâtir enfin une nouvelle et véritable politique agricole commune au niveau européen. Comment faire ?

La PAC aurait pourtant son mot à dire… Mais lequel ?

 

Le mythe d’une crise courte, simple hoquet dans une phase de croissance, a vécu ; le mythe d’une croissance mondiale qui aurait continué à être "tirée en avant" par la forte croissance de pays émergents comme la Chine ou l’Inde, de même que le mythe de l’autarcie et de l’invulnérabilité du Brésil ou de la Russie, semblent avoir vécu.

 

Le premier réflexe consiste à ne considérer que les aspects budgétaires et financiers de la PAC

Ce sont donc des Etats massivement endettés, et avec des marges de manoeuvre budgétaires extrêmement réduites, et pour des années, notamment en Europe, qui aborderont les négociations sur la poursuite du cycle de Doha à l’OMC… et sur la poursuite de la Politique Agricole Commune. Le premier réflexe consiste à ne considérer que les aspects budgétaires et financiers de la PAC, à ne réformer qu’à la marge en poursuivant la logique précédente : on diminue les aides et soutiens aux agriculteurs, puisqu’ils sont de moins en moins nombreux, et on augmente la taille des exploitations avec la concurrence et la compétitivité comme seuls horizons. La crise économique pourrait être alors l’alibi tout trouvé.

 

D’ailleurs, comment imaginer que l’on puisse continuer à élaborer des politiques coûteuses budgétairement avec des budgets vides ? La paupérisation massive de la société va secréter bien d’autres "pauvres", travailleurs ou chômeurs et bien d’autres urgences que celle de soutenir les travailleurs déshérités de l’agriculture et du monde rural (et encore moins les agriculteurs riches). Le consentement du citoyen moyen urbain à financer une agriculture et un monde rural pourrait s’effondrer devant l’urgence de ses propres problèmes.

 

La crise : une chance d'élaborer une politique commune ?

 

De même, le financement de l’environnement et l’agro-environnemental pourrait être hypothéqué par celui du chômage et les efforts des pays pour limiter d’éventuels troubles sociaux, comme on le voit aujourd’hui en Grèce. C’est donc l’impasse stratégique, tant sur le plan budgétaire que sur le plan de l’acceptabilité sociale.

 

La démonstration de l’importance vitale du maintien d’une forte capacité agricole et alimentaire

Mais si l’on arrive à préserver la construction de l’Union européenne, la crise actuelle, et les corrections qu’elle appelle, peut représenter une chance pour l’élaboration d’une véritable politique agricole commune rénovée. Le contexte actuel peut démontrer aux sociétés européennes appauvries et bousculées par la crise, l’importance vitale du maintien d’une forte capacité agricole et alimentaire, d’une capacité à nourrir ses peuples, à respecter ses agricultures, son environnement et ses territoires. Dans un monde qui se refermera, au moins pour partie, et où les approvisionnements de toute sorte (énergétiques, alimentaires…) seront de moins en moins évidents. On peut accepter l’idée de placer au rang d’objectif stratégique majeur le maintien d’une agriculture autonome en Europe et le légitime principe d’une certaine préférence communautaire, retournant ainsi aux sources et aux inspirations initiales des créateurs la PAC.

 

La crise elle-même pourrait fournir les clefs de l’élaboration d’une nouvelle politique commune pour l’agriculture en Europe, écartant définitivement, par son existence même, le mythe de la possibilité d’une non-régulation totale face à une libéralisation totale des marchés. Les débats à l’OMC ne peuvent qu’en être très profondément modifiés et la reconnaissance du caractère spécifique multidimensionnel et multi fonctionnel de l’agriculture ne peut en être que renforcée. Il reste donc, au moins au sein de l’UE, à élaborer les bases d’une véritable politique agricole, utilisant les moyens régaliens à sa disposition, même si les budgets des Etats sont au plus bas, puis à défendre clairement, politiquement et stratégiquement, au-delà des intérêts commerciaux immédiats et des pressions des lobbies, cette politique dans les instances internationales et en particulier à l’OMC.

 

Les éléments d'une nouvelle PAC

 

Construisons un contrat social liant les agriculteurs et le reste de la société

Une réelle politique agricole commune pourrait être celle fondée sur un contrat social liant les agriculteurs et le reste de la société dans chaque pays qui définirait les missions de l’agriculture et fixerait de nouveaux objectifs partagés au niveau européen et décidés par les citoyens. Ainsi, en avril 2010, l’Académie d’agriculture de France propose de "mettre la durabilité de l’agriculture au coeur de la PAC" par le retour à une régulation des marchés et une sécurisation des risques, une production performante, le maintien des emplois en milieu rural, une valeur ajoutée équitablement répartie, la rémunération aux agriculteurs des services environnementaux et biens publics.

 

Une PAC qui joue son rôle de soutien aux populations démunies par une aide alimentaire, une PAC au fonctionnement budgétaire plus souple et adapté aux périodes de crise et de croissance. L’arrêt des subventions aux exportations de produits agricoles, facteur de déséquilibre du commerce international, l’arrêt des protectionnismes rampants, la promotion d’une souveraineté alimentaire mais qui encouragerait les échanges. Bref, une politique qui soit vraiment politique.

 

auteur: Catherine Rivoal
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de IWSweT le 20/06/2010 à 10h59
Fairy tale.

Les budgets sont vides car "on" (sujet compliqué) a tout fait pour qu'ils le soient.
Vous êtes bien placés (ou le contraire) pour en connaître les détails.
La PAC a (sauf au départ) été essentiellement un monstre à dévorer imbécilement l'argent du contribuable européen au profit de quelques-uns (français notamment). On se souvient des excédents endémiques vendus (au pire) au tiers du prix
de revient sur le marché mondial (j'ai beaucoup rit (jaune) à l'époque).
L'idée même de discuter de l'agriculture dans le cadre de l'OMC (un vampire planétaire, un cénacle où on détisse dans l'ombre le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et les droits humains fondamentaux) est une foutaise.
Vous devriez savoir qu'on se fout des idées des peuples sur le monde dans lequel ils souhaiteraient vivre et toute idée de PAC décidée par les peuples européens pour une politique européenne relève du conte de fée.
Nous ne sommes plus maîtres de notre destin. On a délégué cette mission à d'autres (hors débat démocratique et élections) dans notre dos.
Vous l'ignoriez ?

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de Jacqueline le 22/06/2010 à 23h44

Merci Agnès de ton article. Pour avoir souvent débattu de ces sujets avec Bernard CRISTOFINI, je confirme que le titre et la conclusion de ton article aurait pu être de sa bouche ou de sa plume.

Bernard nous a quitté il y a exactement 6 mois, et les évènements que nous vivons depuis découlent naturellement (quoique de la façon chaotique qu'il pronostiquait) de l'énormité d'une impasse financière cumulative.
Les soubresauts sur les parités des monnaies (masquant mal leur dépréciation généralisée), l'absence de boussole pour apprécier la capitalisation réelle des entreprises, le refuge moutonnier vers les reliques barbares, l'épuisement en moins de 9 mois des relances sur crédit budgétaire engagées par les pays développés pour stopper les faillites en série qui conduisaient droit à l'effondrement du système financier (tout cela réalisé dans la plus grande panique, avec le seul souci de survivre jusqu'au lendemain matin), la gueule de bois du lendemain de catastrophe où les économistes encore valides cherchent la "serpillière magique" qui épongera l'océan de liquidité ... j'entends encore Bernard me dire : "tu verras...".

Pour revenir à la crise alimentaire, au coeur de ton article, les chiffres que tu mentionnes sont éloquents : la crise alimentaire paupérise et précarise une part croissante de la population, et pas seulement les pauvres, et pas seulement dans le sud.
En changeant de dimension (mais à partir de quel seuil ?), le problème change de nature.
Dans l'esprit de Bernard, la menace était le passage d'une crise "conjoncturelle" (dont il attribuait la cause principale à l'acte "fou" de l'USDA donnant le feu-vert à la conversion massive, d'une campagne à l'autre, de culture de maïs vers la production de bio-éthanol), à une crise structurelle.
La logique du marché est, en effet, implacable : plus c'est rare, plus c'est cher ; plus le pétrole sera cher, plus le rythme de son exploitation s'intensifiera... jusqu'à la dernière goutte.
L'essentiel de la production alimentaire mondiale repose sur les systèmes de productions les plus intensifs, gourmands en ressources fossiles, donc épuisables.
Tu cites les travaux de l'académie d'agriculture à la recherche d'alternatives. Tu aurais pu citer l' "intensification écologique" de Michel GRIFFON, tellement à la mode, et même les tentatives pas si "langue de bois" de la FAO ou de l'OMC pour mobiliser un "partenariat mondial" dédié à la sécurité alimentaire.
Ces signes sont le début d'une prise de conscience que l'humanité doit sécuriser son alimentation, demain, ... et après-demain ... sur une planète supportable.

L'inquiétude de Bernard persistait : ces "transitions agronomiques" peuvent être prises de court par les contrecoup prochains de la crise financière.
Un choc (ou même un simple épisode) dépressif pourrait, en effet, immobiliser (au sens propre du terme, avec des navires cloués sur leur quai d'embarquement) les ressources grâce auxquelles l'agriculture assure notre alimentation : cela s'appelle d'abord une disette, puis une famine (et autant d'aubaine pour la spéculation, comme cela s'est vu en 2007-2008 sur les marché agricoles).

Le scénario-catastrophe, dans un monde globalisé, perdant ses repères monétaires en même temps que la maîtrise du temps, serait que cette famine devienne systémique.

Et c'est pourquoi les politiques agricole en général, et la PAC en particulier, devaient, à ses yeux, redevenir "politiques".

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