Economie


"Le petit vendeur d'allumettes", tableau de Giulio del Torre (1856–1932)  / Wiki-Commons

Faut-il prêter aux pauvres ?

La journée mondiale du refus de la misère est l'occasion de revenir sur la crise financière, au départ crise du crédit : et si la meilleure garantie des banques était de baisser les taux d'intérêts ? Une mesure éthique et rentable...

Prêter aux riches est plus aisé – au moins pour les financiers et les banques – que de prêter aux pauvres. Un tel prêt s'apparente plus à un don qu'à une action commerciale 'normale'. L'exemple en est les 320 milliards 'garantis' par l'état français, "le prêt aux riches", et le milliard pour le RSA, le "don aux pauvres".

 

Une mesure cruciale d'accompagnement à l'économie réelle – aux PME comme aux consommateurs – consisterait à diminuer les taux officiels d'usure (taux de découvert aux entreprises comme taux de crédit à la consommation) à un niveau nettement inférieur. Dans les conditions actuelles, alors que le taux directeur de base de la BCE est de 3,75%, je propose 9% contre 13% pour le découvert, 11% contre 18% pour les prêts à la consommation.

 

Le crédit au pays d'Ubu

 

Un taux d'intérêt très important n'aide pas les prêteurs à rentrer dans leurs fonds

Mon argument est le suivant : prêter à un taux très important à des personnes ou des entreprises ayant des problèmes de trésorerie – on parlerait dans le système bancaire de problèmes de liquidité – ne me semble pas être un moyen efficace pour le prêteur de rentrer dans ses fonds, en dehors même de tout problème éthique consistant à ponctionner davantage les "pauvres" que les "riches".

 

On peut certes m'opposer un contre-argument, celui de la solvabilité des emprunteurs. Dans le cas d'une entreprise, une PME peut avoir des problèmes de trésorerie – alors que son bilan, qui mesure en quelque sorte sa solvabilité à moyen terme, peut être excellent. Donc le fait de diminuer le taux de découvert peut ne pas poser de problèmes "existentiels" au prêteur, qui est à peu près sûr de rentrer dans ses fonds.

 

En revanche, dans le cas d'un prêt à un particulier, il en va tout autrement. Il est beaucoup plus difficile pour un éventuel prêteur de connaître la véritable situation de solvabilité du candidat emprunteur. Il peut certes connaître ses revenus mensuels. Quant à son niveau réel d'endettement, dès lors que le candidat au prêt a plusieurs comptes dans différentes banques, c'est beaucoup plus difficile, sauf en cas d'inscription à la banque de France pour incidents multiples de paiement.

 

D'où la tendance des banques ou des organismes de crédit à la consommation de 'surtaxer' les prêts aux particuliers à la solvabilité, actuelle et future, douteuse. En dehors de se 'couvrir' face au risque de traiter avec des "insolvables" potentiels, ces organismes peuvent même prétendre rendre service aux candidats emprunteurs en leur montrant qu'à de tels taux ils feraient mieux de ne pas emprunter, car il y a de grandes chances – ou malchances – qu'ils ne puissent jamais rembourser.

 

Tout prêt est un pari

 

L'or, l'immobilier ou même l'Etat : il n'y a pas de garantie absolue...

C'est tout à la fois un problème d'anticipation et une question d'ordre social et politique. Tout prêt est un "pari", en règle général sur l'avenir, sauf lorsque vous demandez des garanties concrètes sur des biens existant, et qui ne devraient pas se dévaluer : l'or, peut être, l'immobilier, cela dépend, la caution d'un état, faut voir. En fait, il n'y a pas de garanties absolues, comme la crise actuelle l'a clairement démontré.

 

Ce pari est nécessairement risqué, nul ne pouvant prétendre prévoir l'avenir, les experts encore moins que les autres peut être. En économie, les paris reposent donc toujours, peu ou prou, sur la solvabilité future de l'emprunteur. Cette solvabilité peut être liée directement au revenu du travail de l'emprunteur (entreprise ou particulier "actif"), ou bien, plus indirectement, aux "rentes" du dit emprunteur, ces rentes étant elles aussi reliées au fait que le contexte économique va permettre, ou non, de rémunérer les "actifs" de notre rentier.

 

le taux d'intérêt, le taux de croissance, et le taux d'inflation sont liés

Dans tous les cas, comme dans le problème des retraites d'ailleurs, si la situation économique se dégrade, les fameuses garanties du prêteur peuvent ne plus valoir grand-chose, quel que soit le taux d'intérêt du prêt. Je pense même qu'un taux d'intérêt trop important – il faudrait sans doute tester l'élasticité du niveau correspondant, mes recommandations n'étant pour le moment qu'intuitives – risque d'aggraver la situation économique, actuelle et future, plutôt que l'améliorer. C'est d'ailleurs l'un des seuls domaines ou la 'science économique' affirme des choses sensées, à savoir que sur le moyen-long terme le taux d'intérêt, le taux de croissance, et le taux d'inflation sont liés. Le taux d'intérêt doit être égal au taux de croissance de l'économie, augmenté du taux d'inflation éventuel.

 

Pour un fonds de garantie d'Etat pour les personnes à faible revenu

 

Bien sûr, de même qu'il est très difficile, même dans un système totalitaire, de faire boire un âne qui n'a pas soif, il est impossible de forcer un banquier à accorder un emprunt quand il ne le veut pas, dans la mesure où il penserait prendre trop de risques. Un gouvernement responsable pourrait cependant accorder une garantie d'état globale – garantie qui ne vaut bien sûr que ce que l'état économique futur vaut, à ceci près qu'un état ne fait pas faillite – aux personnes jugées a priori "peu solvables" par la banque ou l'organisme de crédit.

 

Ainsi la banque prêterait par exemple à 11% à Monsieur Dupont, la garantie de remboursement étant accordée par l'état, moyennant une ristourne de 1% de la banque à ce même état. En cas de remboursement normal, l'état aurait ainsi gagné une commission de 1% sur le montant total du prêt. Dans le cas contraire, moins fréquent sans doute vu la relative modicité du taux d'emprunt, l'état aurait fait œuvre sociale.

auteur: Bruno Lemaire
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de Michel Dumagne le 18/10/2008 à 23h29
L'auto régulation n'a-telle pas des avantages ?

L'idée de baisser les taux d'intérêt pour relancer la croissance et éviter la récession n'était-elle pas précisément celle de Greenspan, qu'on accuse aujourd'hui comme le responsable de la crise ?
Car en baissant les taux, le plafond de surendettement est lui aussi baissé.
Il y a dès lors davantage d'emprunts. Si le taux n'est pas variable, on peut éviter le problème des subprimes, mais il n'en reste pas moins vrai que si les banques prêtent à des taux bas, leurs bénéfices sont moins élevés, leurs actions chutent.

La garantie par l'Etat est une idée pertinente, mais qui soumet le marché aux changements d'idéologies...

Comment se fait-il que les plus néo-libéraux sont aujourd'hui interventionnistes ?

Les règles du marché financier fondées sur l'autorégulation ne sont-elles pas faites également pour diminuer l'influence du politique, et par conséquent éviter l'apparition de régimes totalitaires ?

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de aliloui le 21/10/2008 à 16h38
économie

M.Dumagne dit :"si les banques prêtent à des taux bas, leurs bénéfices sont moins élevés, leurs actions chutent."
Pas sûr, si les taux baissent le nombre de demande de crédits peut augmenter. Le bénéfice des banques, par conséquent, peut augmenter aussi.

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de Bruno Lemaire le 21/10/2008 à 17h44
Auto-régulation vs. rentabilité accrue, ou non

Les deux réactions se complètent, au moins au niveau des questions qu'elles posent.
En ce qui concerne l'auto-régulation, un article de Maurice Allais (http://www.societal.org/docs/Allais1998.pdf) suggérait déjà que même dans un monde libéral, ce n'était pas aux banques à faire la régulation du marché monétaire par création de monnaie, mais que c'était le rôle régalien de l'état.
Quant à savoir si cela chiffonne, ou non, les ultra-libéraux, c'est leur problème, pas celui de la France.
Pour la rentabilité accrue, ou non, des banques, mon article suggérait que les banques prenant moins de risques, le fait de prêter à davantage de personnes pouvait en définitive leur rapporter davantage, mais sur ce point, je n'ai évidemment aucune certitude. C'est évidemment à expérimenter.
Merci en tout cas à tous deux pour vos interrogations, qui feront progresser le débat. B.L.

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de axelle le 23/10/2008 à 07h25
axelle

Soyons réalistes, un petit peu.
Si les banques sont devenues si riches, c'est bien grâce aux intérêts qu'elles gagnent .....
Elles continuent leur fructuation à la bourse, les banques jouent avec l'argent et le beurre de l'argent.
Si on en arrive là actuellement, c'est que les prêts ont été fait sur le l'argent fictif, seul la banque a pu en arrivé là ... une religion de l'argent .. en quelque sorte ....
La crise est dû à cette différence d'argent réel et d'argent fictif .... tous ces prêts que la banque a pu faire alors qu'elle n'avait pas l'argent et espérait en tirer beaucoup trop de profit .....
Donc, actuellement, il y va de nos moeurs ... de notre culture, de nos valeurs, acceptons nous de voir l'argent fructivier ainsi ... dans des sphères que seul les banques maîtrisent ???
Il est important que nous puissions tous donner notre avis sur ce qu'est l'argent.
Il est important que nous établissions de nouvelles façon d'aider les entreprises, d'aider les pauvres, avec des crédits à bas taux, et que les intérêts puissent être répercutés uniquement pour produire d'autres crédits à d'autres aides ....
c'est de l'auto suffisance, c'est travailler avec de l'argent réel, c'est vivre avec de la vérité.

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