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Economie
Enseigne Sinopec
La question des subventions pétrolières en Chine
Dans un pays où le pétrole est 30% moins cher qu'ailleurs, le raffinage devient une activité déficitaire. Un paradoxe mondial que tente de résorber le gouvernement chinois. Solution : augmenter le prix du carburant, malgré le contexte inflationniste.

Alors que le gouvernement chinois affichait son inquiétude face à la persistance des tensions inflationnistes, la National Development and Reform Commission (NDRC)1 a annoncé, ce 19 juin, une augmentation d’environ 17 % des prix administrés du carburant en Chine. Il est vrai qu’en deux ans, la NDRC n’avait relevé ces prix qu’une seule fois (+10 % en novembre 2007) tandis que dans le même temps, les cours du pétrole brut avaient quasiment doublé. La décision du 19 juin a réduit l’écart, mais celui-ci reste important : le consommateur chinois paye aujourd’hui l’équivalent de 90 USD par baril alors que celui-ci dépasse les 130 USD sur les marchés internationaux.

 

Pourquoi raviver les tensions inflationnistes?

 

L’augmentation de 17 % des prix du carburant devrait avoir un impact immédiat de 0,6 à 0,7 point sur l’inflation : pourquoi les autorités chinoises ont-elles, à la surprise générale, pris le risque de raviver les tensions inflationnistes alors que l’indice des prix à la consommation n’a donné son premier signe de ralentissement que le mois dernier (+7,7 %) ? La réponse est à rechercher dans les distorsions, jusqu’ici sous-estimées, qu’entraîne le contrôle de la NDRC sur le marché domestique. L’administration des prix fait porter le coût d’ajustement sur les raffineries qui, en contrepartie, reçoivent des subventions de l’Etat chinois. Estimées à 9,3 Mds USD en 2007, ces subventions auraient pu atteindre 50 Mds USD (1,2 % du PIB) pour l’année 2008 sans l’augmentation des prix du 19 juin.

 

Ce chiffre élevé ne devait pourtant pas effrayer les autorités chinoises, d’abord parce que les finances de l’Etat sont robustes (excédent budgétaire en 2007, dette publique faible à 20 % du PIB), ensuite parce que le fisc chinois prélève depuis 2006 une taxe exceptionnelle sur le chiffre d’affaires issu des activités de production de pétrole (la Chine est le 4e producteur mondial mais cette production ne couvre que la moitié de sa consommation) qui, au cours actuel, permettrait de financer près de la moitié des subventions pétrolières en 2008.

 

Comment les subventions de l'Etat engendrent la pénurie...

 

Le problème immédiat est ailleurs. Tant que les prix sont aussi éloignés des prix mondiaux, les activités de raffinage restent intrinsèquement déficitaires et ce, malgré les subventions qui, de plus, empêchent tout ajustement de la demande. Dès lors, certaines raffineries de petite ou moyenne capacité préfèrent interrompre leur production, tandis que les grandes, contrôlées par Sinopec ou PetroChina, privilégient l’approvisionnement de leur propre réseau de distribution. D’où des cas de plus en plus fréquents de pénurie d’essence et la fragilisation des petites entreprises du secteur (à capitaux privés pour la plupart). Cette situation décourage en outre l’investissement dans les capacités de raffinage, détériorant les perspectives d’accroissement de l’offre chinoise.

 

Le pétrole chinois toujours 30% moins cher

 

La situation aurait donc été suffisamment critique pour décider les autorités à prendre une mesure potentiellement inflationniste. L’augmentation du 19 juin laisse encore les prix chinois plus de 30 % en dessous des prix internationaux mais un réalignement complet aurait un impact supplémentaire de 1 à 1,4 pt sur l’indice des prix à la consommation. Même si un nouvel ajustement paraît à terme inéluctable, sans doute le gouvernement table-t-il sur un répit dans la flambée des cours du pétrole tandis que l’appréciation continue du renminbi face au dollar (au rythme annualisé de 14 % actuellement) permettra de réduire l’écart.

 

On notera que le gouvernement a simultanément décidé la mise en place d’une aide de 2,9 Mds USD en direction des professions les plus exposées à l’augmentation du prix des carburants. Ce faisant, la Chine a rigoureusement suivi les recommandations formulées par les ministres des Finances du G8 lors de leur réunion d’Osaka… six jours plus tôt. Si les autorités parviennent à soulager les entreprises pétrolières chinoises tout en limitant les effets inflationnistes de second tour, elles auront gagné leur pari et répondu, de surcroît, à une partie des attentes de la communauté internationale.



1 The National Development and Reform Commission (NDRC) est une agence de management macro-économique sous l'autorité de l'Etat Chinois qui travaille à établir les règles du développement économique et social, à maintenir un équilibre budgétaire et à guider l'ensemble de la restructuration du système économique.

auteur: Pierre Mongrué
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