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Economie
Crise financière : quand la réalité dépasse la fiction
Les réponses du G4 à la crise ne rassurent pas les places boursières. Pour saisir l’origine de la secousse actuelle, sa gravité et les perspectives de sortie, un retour chiffré sur les 30 dernières années s'impose. De l'économie réelle à la finance abstraite.
L’origine de la crise remonte aux années 80. La baisse rapide des taux d’intérêts et l’autorisation de rémunérer les dépôts à vue ont eu pour effet de commencer à laminer les comptes d’exploitation de la plupart des banques. Il leur a fallu réagir vite, d’autant que ces transformations étaient pérennes, déclenchées pour partie par de nouvelles technologies, notamment dans le traitement de l’information. Aucun retour en arrière n’était envisageable.
Finance abstraite
Dès lors, la déréglementation s’installa aux Etats-Unis et se propagea à l’étranger. Elle permit aux banques commerciales de se lancer dans l’intermédiation, c'est-à-dire de sortir la plupart des actifs traditionnels de leur bilan, en prenant au passage une commission. Cette nouvelle phase de l’activité bancaire fut souvent engagée sans une expérience et un contrôle suffisant des équipes dirigeantes, des conseils d’administration et des organes de surveillance internes et externes.
Ce double mouvement de déréglementation et d’intermédiation s’est trouvé amplifié par les possibilités sans précédent de gains individuels, à tous les niveaux. C’est ainsi que 30 milliards de dollars furent distribués par une grande banque d’affaires à ses collaborateurs en quelques années.
Les conditions furent ainsi réunies pour que le marché croisse de façon fulgurante. Les chiffres dépassent l’entendement. Ils proviennent pour l’essentiel de la banque des règlements internationaux et de plusieurs centres de recherche et d’analyse privés. Rappelons-les : en décembre 2007, les encours globaux de l’ensemble des produits dérivés dépassaient le million de milliard de dollars ! A cette échelle, les 700 milliards de dollars des Etats-Unis semblent une goutte d’eau.
Si de tels chiffres sont fréquents en sciences – par exemple, 1 million de milliards est l’unité de référence du nombre de données traitées par seconde par le plus gros ordinateur d’IBM, installé aux Laboratoire de Los Alamos aux USA -, ils sont en revanche des références rarissimes en économie.
Economie réelle
En effet, la sphère de l’économie réelle se caractérise par des chiffres plus modestes : le total de la richesse produite chaque année par l’économie mondiale est d’environ 50 000 milliards de dollars. La valeur du stock des biens immobiliers à l’échelle du monde est de l’ordre de 75 000 milliards de dollars. La valeur à l’échelle de la planète de toutes les obligations et actions est estimée à 100 000 milliards de dollars.
Dans le cas des principales banques dans le monde, le total des produits dérivés inscrits sur leurs livres pourrait avoir atteint 140 000 milliards de dollars. Au-delà de ce montant, ce qui rend la situation plus difficile à gérer, c’est qu’une grande partie de ces produits financiers sont négociés hors marché, de gré à gré, et qu’ils sont souvent d’une rare complexité technique.
Mais d’où vient l’explosion dans le volume des produits dérivés ? La réponse se trouve dans le comportement de tous les agents de la vie économique. Les gouvernements, les entreprises, les banques, les compagnies d’assurance, les fonds et les particuliers utilisent les produits dérivés. Ces derniers les achètent souvent de leur téléphone mobile. Ils « agiotent » comme autrefois les personnages de Balzac.
Dématérialisation de l'argent et récession
Or cette gigantesque pelote de produits dérivés commence à se détricoter. Peut-elle continuer à se contracter sans déclencher une crise imparable, à l’instar de ce qu’annonçait le philosophe allemand Oswald Spengler, à la veille de la première guerre mondiale ? Il évoquait alors les risques extrêmes que faisait courir à l’économie mondiale la dématérialisation de l’argent, qu’il baptisait dans le langage de l’époque "la sublimation de l’argent".
Alors qu’en est-il de ce qui se passe aujourd’hui ? Sommes-nous condamnés à une récession sans précédent ? La réponse est clairement non. Mais alors, il nous faut agir avec discernement. Devant cette montagne de produits dérivés et de risques financiers, il convient d’abord de ne pas accoucher d’une souris.
La première obligation réside dans la nécessité de préserver un socle mondial de confiance. Comment ? En continuant d’éviter à tout prix un nouvel incident bancaire. Le marché ne peut tolérer la défaillance d’un seul nouvel intervenant. L’intervention sur Fortis illustre cette prise de conscience. Elle est essentielle pour gagner du temps.
En outre, nous ne ferons pas l’économie d’une véritable coordination à l’échelle mondiale. Ce terme doit être compris dans son sens étymologique "ordonner avec". Un groupe de banquiers centraux de premier plan devra affiner et mettre en œuvre une nouvelle vision de l’activité financière. La Banque des Règlements Internationaux (BRI) en a tracé les contours. L’urgence politique et économique commande de prendre les mesures qui s’imposent.
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auteur: Hervé de Carmoy en savoir plus sur l'auteur |
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L'argent qu'est ce que c'est ???
Peu d'information pour comprendre "l'argent" | ||
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demande d'informations complémentaires à l'auteur
Dans l'article l'auteur, Hervé de Carmoy, en citant la BRI estime les encours des produits dérivés à plus d' un millions de milliards de dollars, la revue Challenge de la semaine dernière donnait le chiffre de 500 mille milliards ? | |||
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Excellente question !
La remarque est pertinente et la réponse est simple : les produits dérivés enregistrés par les banques s'élevent à environ 500 000 milliards de dollars. Pour avoir le total, il faut rajouter ceux negociés de gré à gré ( OTC- over the counter ) qui représentent probablement la zone de risque la plus forte et s'élèveraient a 600 000 milliards de dollars. | ||
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Encore des questions !!!
Merci pour votre réponse concernant les encours des produits dérivés | |||
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