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Méditations sur les soirées "Relations Publiques"
Les symboles de la fête sont aujourd’hui massivement au service des "relations publiques" qui assurent le développement des entreprises. Une fête "RP" s’organise ainsi autour d’une double logique : collecte de l’information et diffusion d'une certaine image.

Le champagne, la musique tonitruante et une foule de robes de soirée ont naguère été les symboles de la fête : ils ne le sont plus. S’ils restent les éléments fondamentaux de nos rituels de passage (anniversaires, nouvelle année, mariages…), ils sont aujourd’hui massivement au service des "relations publiques" qui assurent le développement des entreprises. Nouvelle transformation de l’ère hyperfestive que décrivait Philippe Muray il y a déjà dix ans (Après l’Histoire, Gallimard, 2000) et qui n’en finit pas de rebondir.

 

L’entretien et la création d’un tissu relationnel a toujours existé, comme un privilège réservé aux membres les plus haut placés dans la hiérarchie. Recourant aux séductions de toutes sortes, les décideurs se sont toujours accordé les uns aux autres des avantages, depuis le simple repas professionnel jusqu’au séjour en famille aux Maldives. Mais au cours des années quatre-vingt-dix, l’émergence de la société de l’information a restructuré la pyramide qui concentrait "en haut" les bénéfices en nature. Parce que les réseaux d’information se sont multipliés au point de devenir incontrôlables, le seul moyen de maîtriser encore l’information est de renoncer au contrôle direct, autrement dit de s’en remettre à la licence verbale et relationnelle liée à la fête.

 

 

Une fête "RP" s’organise ainsi autour d’une double logique : il s’agit à la fois de prendre (de l’information) et de donner (une certaine image)

 

Autrement dit, on y retrouve la structure fondamentale de l’échange, adaptée à l’ère informationnelle. Un événement organisé dans une boîte de nuit constitue ainsi un dispositif de récupération d’informations extrêmement efficace. En effet, le mélange de tous les niveaux de la hiérarchie permet aux organisateurs d’aller piocher chez leurs clients les informations confidentielles échappées des bouches les plus alcoolisées. Mais cela peut également être un choix stratégique de communication. On sait que le bouche-à-oreille, en dépit de ses contraintes (la déformation de l’information lui est consubstantielle), est le meilleur moyen de diffusion de l’information. Les événements festifs le font fonctionner à plein régime : l’information y circule de manière virale.

 

L’analogie avec les réseaux liée aux nouvelles technologies ne s’arrête pas là. Dans la fête, le choix des interlocuteurs s’effectue par affinités, ce qui garantit la qualité de l’information, selon un fonctionnement exactement analogue aux "social networks" de la Toile. La nécessité de ce choix est imposée par l’impossibilité, pour un seul homme ou un seul service, de centraliser immédiatement le grand nombre d’informations qui paramètrent les décisions : toute l’entreprise doit s’atteler à cette tâche, chacun faisant sa collecte non en fonction de critères d’importance (qu’il n’appartient qu’aux décideurs d’établir) mais en fonction des affinités personnelles.

 

Jouant sur les plaisirs, l’entreprise peut encore entretenir, en interne, un sentiment d’appartenance qui ne repose pas sur un attachement spontané, mais sur l’investissement du temps que les employés lui consacrent en dehors des heures ouvrables. En même temps qu’elles révèlent le degré d’engagement de chacun, ces soirées reprennent la fonction sociale des machines à café, lieux bien connus d’intense sociabilité. Quoi d’étonnant à ce que le marché des distributeurs automatiques de boissons, en forte expansion dans les années 1990, enregistre depuis 2002 une baisse de 10 % à 15 % de son activité ? C’est ainsi qu’une image « attractive » est produite, destinée autant aux clients qu’aux jeunes salariés. En louant des lieux de la nuit reconnus comme branchés, l’entreprise s’octroie le rôle de leader d’opinion, appuyée sur le comportement de ses employés. Ceux-ci relaient de manière indirecte son influence sur ses partenaires. L’originalité contemporaine consiste en ceci que tous les niveaux de l’entreprise peuvent désormais être des centres d’influence.

 

Cependant, ceux qui participent à ces soirées sont rarement dupes quant à leur raison d’être. Hommes et femmes boivent, dansent, parlent et se regardent, mais dans un environnement immédiat saturé de collègues, ils s’enflamment rarement, même si cela n’est pas exclu (pourquoi l’exclurait-on ?). Destituée de sa fonction de parade amoureuse, la danse n’est plus qu’un habillage qui ne trompe que quelques stagiaires, heureux de boire gratis et d’entretenir le souvenir de leurs soirées étudiantes.

 

Pour les autres, chacun y construit le réseau qui lui permettra, à titre personnel, de changer d’entreprise. L’individu n’est donc pas, à proprement parler, prisonnier d’une logique propre à son employeur. Il peut se consacrer à des objectifs de carrière à l’intérieur ou à l’extérieur de la structure dont il relève. Dans tous les cas, le dispositif d’aliénation s’est déplacé : en plus de l’aliénation du travail liée au salariat (les bénéfices étant captés par les actionnaires), ce sont à présent des activités de loisir qui se trouvent aliénées… aux logiques de carrière. 

 

La multiplication des "soirées privées" est ainsi un moyen inédit d’augmenter la durée du temps de travail, en recourant aux signes extérieurs des activités extra-professionnelles. C’est ainsi que s’organise la dérèglementation du travail, par le biais de masquages savants et d’obligations dont les principes mêmes ont changé.

crédit photo : Flickr / Seite
auteur: Maxime Rovere
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de Nicolas Germain le 21/03/2008 à 14h29
Teufez plus pour gagner plus !!!

Si on suit le raisonnement de cet article, il semblerait que nous sommes en droit de demander des heures sups lorsque nous participons aux soirées de nos chères entreprises :)

Et grâce à Nicolas Sarkozy, grand fêtard devant l'éternel (demandez au Fouquet's), celles-ci seront majoré de 25%, sans charge patronale!!

Alors allons-y gaiement, travaillons en dansant, mangeant, et buvant, c'est Nicolas qui régale!!!!

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de laurent z le 23/03/2008 à 11h39
on tourne en rond et on appartient tous au monde du spectacle.. chouette !

Cela a commencé avec canal+ dans les annees 80 qui passait son temps à s'autocélébrer et à parler de ses coulisses, quitte à en faire des émissions dédiées : la TV diffuseur parle de la TV producteur.
Puis cela a été le tour des directeur marketing qui ont eu des magazines et des emissions de TV parlant de la com et qui ont organisé des soirées au nom des marques qui les emploient ; les "marketeux" lisent ensuite leurs revues spécialisées dans la com pour voir les photos des soirées dans lesquelles ils ont été... ou pas, comme on lit les pages soirées de Gala ou de Voici. Ben oui, les directeurs marketing sont presque des artistes, vous ne le n'ignorez quand même pas ?
La tendance gagne presque tous les corps de l'entreprise et tous les secteurs d'activité. A quand les soirées de postiers donnant droit aux photos choisies dans les calendriers de fin d'année...?

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