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Economie
Depuis quelques années, nous entendons régulièrement, souvent au gré des échéances électorales, des critiques occidentales sur les modalités de l’expansion économique chinoise au niveau mondial. Cette expansion serait largement obtenue grâce à des pratiques commerciales déloyales : dumping et manipulation du taux de change, mais aussi contrefaçon, travail des enfants, normes environnementales peu contraignantes… Le tout entraînerait des pressions déflationnistes au niveau mondial (ses prix de production étant très bas) et une baisse de l’emploi en Occident (elle gagne rapidement des parts de marchés). On retrouve là l’antienne bien connue : les petites fourmis asiatiques (métaphore subtile de Mme Cresson en 1991, alors Premier ministre…) nous volent nos emplois. Le sujet est vaste et complexe, il faudra y revenir. Arrêtons-nous ici simplement sur la manipulation supposée du taux de change et présentons quelques arguments pour dénoncer un préjugé.
Tout d’abord, et brièvement, quelques données sur l’extraordinaire montée en puissance de l’économie chinoise : la croissance s’est élevée en moyenne à 10% par an depuis 1995, elle est devenue récemment la quatrième économie mondiale et la troisième puissance commerciale (première en 2010 ?), son excédent courant atteint 250 mds $ (10% PIB) et ses réserves de change atteignent désormais un record mondial (plus de 1.000 mds $ !).
La sous-évaluation de la monnaie chinoise (yuan) est avérée. Elle serait de l’ordre de 25 à 40% selon les différents types d’estimation du taux de change effectif réel. Rappelons que le yuan était ancré de manière fixe au dollar de 1994 à 2005 et qu’il évolue, depuis juillet 2005, autour d’un cours pivot déterminé en fonction d’un panier de devises, avec de faibles marges de fluctuation (3% par jour mais seulement 0.3% par rapport au dollar). Sans cette rigidité du régime de change, et en raison des forts excédents courants, des entrées massives d’investissements directs étrangers (IDE, 300 mds $ depuis 2002) et des réserves de change colossales, la monnaie chinoise s’apprécierait significativement. Si le contrôle des capitaux, nécessaire en régime de change fixe, n’était pas modifié bien sûr (le yuan est convertible pour les opérations de la balance courante mais pas pour les mouvements de capitaux, sauf pour les IDE).
Mais il ne faut pas surestimer les effets sur nos économies d’une réévaluation significative du yuan.
1) Sa sous-évaluation ne constitue qu’un élément marginal de la compétitivité des entreprises chinoises (environ 10%), les bas salaires (40%) et même la densité des réseaux inter-firmes (16%) étant bien plus importants.
2) L’impact de la réévaluation serait amoindrie par la baisse mécanique des inputs importés, qui constituent la moitié de la valeur des biens exportés par la Chine.
3) Les marges à l’exportation (très élevées pour les multinationales implantées en Chine) pourraient être comprimées pour ne pas perdre de parts de marché. Il ne faut donc pas attendre d’une éventuelle réévaluation du yuan une baisse des déficits commerciaux bilatéraux des pays occidentaux avec la Chine. La meilleure preuve est que le yuan s’est apprécié de 10% depuis l’été 2005, alors que dans le même temps le déficit commercial américain avec la Chine s’est encore creusé de 15% (200 mds $ en 2005, 230 mds $ en 2006).
Les autorités chinoises ont des raisons essentiellement internes pour ne pas laisser flotter le yuan : fragilités persistantes du système financier (créances douteuses estimées à 40% du PIB !), objectif de stabilité économique et faible compétitivité du secteur agricole notamment. Elles ont géré leur régime de change selon un séquençage qui s’est avéré pour le moment très efficace. Et le président Hu Jintao a toujours affirmé que les pressions extérieures n’influeraient pas sur ses décisions en la matière.
Les pays occidentaux n’ont donc aucun intérêt à affronter directement la Chine sur sa politique de change. Ils feraient bien de s’inspirer de Sun Tzu, grand stratège du Vème siècle av. J.C. : l’affrontement étant toujours coûteux et hasardeux, il faut privilégier l’approche indirecte pour affaiblir l’adversaire. Car ce dernier peut devenir le partenaire de demain. Une telle stratégie prend en compte la forte indépendance entre les protagonistes, particulièrement éclatante en notre temps de globalisation. Les décisions chinoises ont des conséquences immédiates sur les grands équilibres économiques et financiers mondiaux. Nous aurons l’occasion d’y revenir…
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auteur: Arnaud Stephanopoli en savoir plus sur l'auteur |
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