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C'est désormais une rengaine assénée comme une vérité évidente et indiscutable : le nucléaire est de retour, et va nous sauver du réchauffement climatique ! Or, l'industrie nucléaire est habituée, depuis ses origines, à constuire ses propres mythes et à travestir la réalité scientifique dans sa communication auprès du grand public et des responsables politiques.
L’industrie nucléaire est coutumière des mythes : celui d’une industrie propre, par exemple
En France, pourtant, elle produit par an 60.000 tonnes de déchets radioactifs extrêmement dangereux, à l’instar du plutonium, à la fois explosif (il a servi à fabriquer nos bombes) et très contaminant, puisqu’une seule poussière inhalée suffit à tuer. Il est bien sûr question depuis le début de l’âge nucléaire de trouver une solution aux déchets : mais après plusieurs décennies d’attente, on continue de les stocker, après avoir cherché à les exporter vers des pays peu regardants, ou les avoir jetés longtemps à la mer. On s’apprête même à les enfouir en grande profondeur, comme à Bure (Meuse). On ne sait plus aujourd’hui construire les cathédrales du Moyen-âge. Saura-t-on longtemps gérer ces déchets enfouis pour des millions d’années ?
L’industrie nucléaire a toujours prétendu concourir à l’indépendance énergétique de la France
Pourtant, depuis les débuts du nucléaire en France, l’essentiel de l’uranium qui sert de carburant à nos centrales est venu de l’étranger, et principalement du Niger, qui s’est vu au passage privé d’indépendance : Areva, véritable Etat dans l’Etat, achète à un prix de plus d’un tiers inférieur au prix mondial l’uranium nigérien en échange de la fourniture par la France d’armes qui servent directement à l’expropriation des terres des touaregs, sur lesquelles on trouve les mines d’uranium. Les conditions de vie et de travail épouvantables des employés d’Areva au Niger, soumis à la contamination de leur environnement et au sacrifice de leur santé, sont le prix payé par la population pour les bénéfices considérables de l’industrie nucléaire française (1). Sait-on seulement que les 70.000 habitants d’Arlit, la principale ville d’exploitation du minerai, n’ont même pas l’électricité ?
Est-ce qu’au moins notre électricité est la moins chère d’Europe ?
En apparence seulement : la facture du consommateur peut être relativement peu élevée, elle ne reflète pas l’ensemble du coût : les énormes subventions dont profitent les industriels de la filière (2), comme la gestion des déchets ou encore le coût faramineux du démantèlement des centrales sont payés par l’impôt, donc également par le consommateur. Nos réacteurs arrivant en fin de vie, les impôts risquent de monter...
Heureusement, le nucléaire, loin d’être de retour, entame son déclin
Déjà, le nucléaire ne représente que 2% de la production énergétique finale mondiale, et même dans les hypothèses les plus farfelues –et les plus inquiétantes- d’une construction de nouveaux réacteurs chaque année, cette énergie serait incapable de couvrir beaucoup plus du cinquième des besoins mondiaux en énergie. Au prix d’un investissement colossal inimaginable et de la construction de réacteurs dans des pays incapables de garantir leur usage pacifique et sécurisé… L’Agence Internationale de l’Energie est formelle : d’ici 20 ans, on va fermer bien plus de centrales que l’on en construira (3). Le bon sens commande : les réserves d’uranium ne sont pas éternelles, elles sont estimées à une cinquantaine d’années dans les prévisions les plus optimistes, et avec un parc nucléaire qui n’augmenterait pas. Le coût et la durée de construction des centrales, comme leur mode de production inadapté aux variations importantes de la consommation électrique dissuadent nombre de pays. Sans parler du déficit d’image de cette industrie, qui détourne les jeunes diplômés et commence à menacer en France le développement de la filière…
Bon débarras ! Le choix du nucléaire, et ses 470 milliards d’Euros d’investissement (4), est historiquement responsable en France du retard considérable pris en matière de développement des énergies renouvelables, propres et sans danger. Et pourtant ! La France dispose de l’un des potentiels les plus importants pour ce type de sources de production énergétique : de forts vents en montagne, des espaces sous-peuplés, des milliers de kilomètres de côtes, en métropole et dans les territoires d’outre-mer, et un ensoleillement considérable dans son croissant doré.
Alors, est-ce qu’au moins le nucléaire contribue à freiner le réchauffement climatique ?
C’est le nouveau mythe forgé par les communicants de l’industrie nucléaire. Malheureusement, il est tout aussi faux ! Si les centrales nucléaires ne sont que faiblement émettrices de gaz à effet de serre, la filière dans son ensemble en produit beaucoup, depuis les mines d’uranium du Niger, qu’il faut alimenter en énergie d’origine fossile (5), jusqu’à la gestion des déchets nucléaires, qui nécessite des transports incessants – et dangereux ! - entre les différents sites, en passant par la construction des centrales et la circulation du combustible. Mais surtout, face au dérèglement climatique, source de pics de consommation croissants (l’hiver pour le chauffage, l’été pour l’air conditionné, par exemple), les réacteurs nucléaires, à la production peu flexible, sont inadaptés : il faut faire appel aux seules sources de production électrique immédiatement disponibles, les centrales thermiques, fortement émettrices. La France est ainsi devenue depuis quelques années importatrice nette d’électricité allemande … un pays qui a fait le choix de sortir du nucléaire depuis bien longtemps !
Pour toutes ces raisons, et bien d’autres, il faut prendre acte du déclin irrémédiable du nucléaire et investir massivement dans le développement des énergies renouvelables et les économies d’énergie. A ce titre, la France serait bien inspirée de réaffecter à cet objet les 3,5 milliards d’Euros qu’elle s’est promise de dépenser pour la construction du réacteur EPR.
(1) Pour la seule année 2007, le bénéfice net d’Areva était de 743 millions d'euros, en hausse de 14,5%.
(2) INESTENE, Soutiens et subventions de l'Etat aux énergies en France, décembre 1998.
(3) Rapport 2005 de l'AIE, Key World Energy Statistics.
(5) Il faut en moyenne extraire 98 000 tonnes de minerais pour produire une tonne d’uranium exploitable, ce qui représente une dépense énergétique considérable.
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auteur: Xavier Renou en savoir plus sur l'auteur |







