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L’expression des déceptions et des critiques sur la politique économique du gouvernement dépasse largement ce que pouvaient, il y a un an, craindre ses partisans ou espérer ses adversaires. C’était pourtant prévisible : le ver était dans les promesses électorales.
Evacuons les débats sur la méthode, qui relèvent d’une autre analyse. Ecartons également les polémiques sur les premiers résultats, qui peuvent conduire à des digressions sans fin sur les responsabilités passées ou présentes, la part de l’exogène et de l’endogène. Précisons toutefois qu’il n’y a pas lieu de se réjouir des principaux indicateurs économiques : la France reste un mauvais élève européen au titre des finances publiques et ses performances en matière de croissance ou même de chômage sont plutôt moins bonnes que celles de ses partenaires.
Si l’on s’en tient aux actes, il faut bien admettre que la politique économique articulée autour du thème "travailler plus pour gagner plus" a du mal à convaincre.
Il faut augmenter la compétitivité des entreprises, et non pas seulement le pouvoir d'achat des salariés
Certes, le constat d’une durée du travail insuffisante en France - sur la semaine, l’année ou la vie active - fait aujourd’hui quasiment consensus à l’exception de quelques irréductibles de la "fin du travail" ou de la semaine de quatre jours. Mais le gouvernement paraît se préoccuper des seuls gains de pouvoir d’achat devant résulter de ce surplus de travail. C’est pourquoi il a focalisé son action sur les heures supplémentaires et son corollaire, les rachats de jours, en relevant ou en instaurant leur majoration.
Dans la politique du "travailler plus pour gagner plus", le paradigme du coût et de la demande de travail est balayé par l’objectif d’une relance du pouvoir d’achat. Les mesures prises depuis un an visent à accroître le temps de travail mais elles augmentent également son coût horaire puisque tout temps travaillé supplémentaire est rémunéré au moins 10 % ou 25 % de plus que le temps de travail de base.
De toute évidence, le diagnostic qui a fondé le discours économique de la campagne présidentielle portait sur le niveau de vie des salariés et pas sur la compétitivité des entreprises. C’est là le péché originel : à la lumière des faits, rien ne justifie cette analyse.
Ainsi, le partage de la valeur ajoutée en France ne se déforme pas, comme on l’entend souvent, au profit des entreprises. Depuis la fin des années 80, on assiste même à une dégradation modeste mais régulière de leur taux de marge tandis que la part des salaires dans la valeur ajoutée s’accroît. Si les performances des grands groupes français à l’étranger ont bénéficié du dynamisme de la croissance mondiale, les résultats opérationnels des entreprises implantées en France n’ont même pas suivi le rythme pourtant modeste du PIB français.
Et il y a pire : sur la même période, de nombreux pays ont enregistré une nette amélioration des marges de leurs entreprises tandis que la part des salaires dans leur richesse nationale diminuait. Le cas le plus exemplaire est celui de l’Allemagne où, depuis 2000, le taux de marge a regagné plus de cinq points de valeur ajoutée au détriment des rémunérations des salariés.
Pour la France des 35 heures, cette évolution de l’économie allemande est d’autant plus éloquente qu’elle s’explique notamment par la hausse de la durée du travail outre-Rhin. Depuis une dizaine d’années, alors que la loi française abaissait le temps de travail hebdomadaire, les entreprises allemandes l’augmentaient dans la plus grande austérité salariale : en somme, travailler plus pour gagner pareil Certainement moins séduisant que le slogan français du printemps 2007, mais de nature à accroître sensiblement les performances de l’économie allemande : alors que la croissance française dépassait chaque année celle de l’Allemagne de 1995 à 2005, elle devrait lui être inférieure en 2008 pour la troisième année consécutive.
Heures supplémentaires : un mauvais remède pour un faux diagnostic
Les mesures prises ou annoncées par le gouvernement sur le temps de travail peuvent certainement rendre les heures supplémentaires plus attractives car moins chargées pour les salariés, tout comme elles sont de nature à faciliter le recours à ce temps de travail supplémentaire. Mais elles n’ont pas d’effet direct sur la compétitivité coût des entreprises. Elles visent à pouvoir satisfaire la demande quand la difficulté est pour beaucoup de la capter.
C’est pourquoi la plus emblématique de ces mesures - également la plus coûteuse pour les finances publiques - se traduit par un pur effet d’aubaine : le nombre d’heures supplémentaires décomptées en application de l’exonération d’impôt et de charges salariales prévue par la loi "TEPA" d’août 2007, environ 40 millions par mois, est à peu près stable depuis novembre. Cette exonération vient ainsi pour l’essentiel améliorer le revenu net de ceux qui, comme Monsieur Jourdain, faisaient déjà des heures supplémentaires sans le savoir car ils travaillaient toujours 39 heures par semaine, dont quatre étaient payées comme heures supplémentaires depuis le passage aux 35 heures. C’est appréciable pour eux, mais sans effet significatif sur l’activité sauf si l’on croit à la relance keynésienne par la baisse des impôts.
Le remède est donc mauvais car le diagnostic était faux. Non qu’il n’y ait pas de problèmes de pouvoir d’achat : ceux-ci sont réels et dus pour l’essentiel aux prix de l’immobilier, des matières premières, de l’énergie et de nouveaux services, perçus comme contraints. Mais ces difficultés ne proviennent pas de salaires qui auraient été comprimés par des entreprises regorgeant de profits. A l’inverse, les coûts de production des entreprises sont trop élevés, notamment du fait du passage aux 35 heures et de la hausse subséquente du salaire minimum qui n’ont pas été compensés, loin s’en faut, par les allégements de charges sur les bas salaires.
Si ce constat avait prévalu, il fallait prendre une toute autre direction
Celle de la fin des 35 heures et de la liberté de la fixation de la durée et de la rémunération du travail au niveau de l’entreprise dans un cadre assez souple, comme en Allemagne. Mais à chaque fois que cette tentation s’exprime, elle est nécessairement rejetée : il n’y a en effet pas plus contradictoire que la fin des 35 heures et la promotion d’heures supplémentaires fondées sur le dépassement de ces 35 heures.
Dans un pays où l’état des finances publiques n’autorise pas de baisses importantes des prélèvements obligatoires, la remise en cause de la durée légale du travail était pourtant la voie naturelle d’un redressement de la compétitivité des entreprises sans dommages pour la situation budgétaire. Pour avoir fait un autre choix, il est à craindre que le "point de croissance supplémentaire" tant attendu ne puisse venir en France que d’une amélioration aujourd’hui incertaine de son environnement extérieur.
Daniel Chevert est économiste. Il a été trader de produits dérivés et occupe depuis plusieurs années des fonctions dans le monde de l'entreprise.
Cet article est publié en partenariat avec ![]()
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Remettre le salarié au coeur de la logique économique
Espérer "la fin des 35 heures et de la liberté de la fixation de la durée et de la rémunération du travail au niveau de l’entreprise dans un cadre assez souple" n'est pas, à mon sens, la solution miracle. Si les cadres sont restés aux 40 heures avec compensation en RTT, les smicards qui pointent ne vivent pas la même situation. Quant au problème du pouvoir d'achat, la solution doit se trouver au niveau d'une plus forte ponction des revenus du capital, dont les bénéfices sont souvent outrageant pour les travailleurs pauvres. Arrêtons de parler de baisse du pouvoir d'achat! Il s'agit d'une baisse de l'augmentation du pouvoir d'achat, une distinction importante, qui va dans le sens de la thèse défendue par l'article. Le pouvoir d'achat est en effet mis en avant pour une finalité démagogique. Mais je ne pense pas qu'il faille pour autant écarter le salarié du centre du problème. Il faut au contraire lui redonner la place de choix qu'il mérite : celle de producteur des richesses. Une place axial et central pour obtenir ne fameux point de croissance! | ||
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L'economie du toujours plus
La logique economique s'est emballée et l'appétit des ultra libéraux n'a désormais plus de limite ! Dans un monde de dérégularisation, les freins qui maintenaient tant bien que mal une certaine cohésion sociale ont sauté; désormais c'est plus que jamais la loi du plus fort et on fonce dans le tas(quelles que soit les conséquences sociales ou environnementales). | |||
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