Culture


Ghost writer

Palimpseste

En adaptant The Ghost Writer, roman du journaliste britannique Robert Harris, Roman Polanski signe un faux thriller d'actualité où ce qui compte est moins le sujet, en trompe l'œil, que la forme.

Le problème de The Ghost Writer, c'est qu'il arrive trop tard

 

Un thriller politique sur les étroites connivences entre le gouvernement américain et l'administration britannique, impliquant un sosie de Tony Blair (pas physique, Pierce Brosnan tient le rôle) empêtré dans une obscure histoire d'extradition illégale de terroristes, on connaît la chanson. Plutôt non : la réalité dépasse la fiction. Tout le monde est au courant, les médias ont vendu la mèche, ils ont spolié la fin du nouveau Polanski, avant même qu'il ne le tourne. Admettons alors que le sujet du film, son ambition à faire jaillir de grandes révélations ébouriffantes tout droit héritées de ce néo-cinéma conspirationniste, soit ailleurs. Et que finalement, son problème n'est qu'un leurre, un bon vieux MacGuffin avec lequel Polanski s'amuse.

 

On peut ainsi voir The Ghost Writer comme un thriller des familles, à déguster un verre de Speyside à la main, devant un feu de cheminée. Sur une île du nord et isolée, par exemple, à l'image de la résidence où vit cet ex-Premier ministre en retraite américaine (Brosnan donc). Un lieu étrange, sauvage, pluvieux, pittoresque, où a atterri son nouveau nègre (Ewan McGregor, toujours meilleur), chargé d'écrire ses mémoires après un prédécesseur, mort dans des circonstances troublantes.

 

En anglais, nègre = ghost

 

Le film joue d'un double-fond, comme s'il avait son propre nègre

Et tout le film tient là, dans l'idée d'avancer ce personnage sur les pas de l'autre en fantôme hantant le récit. Ainsi ce qui démarre en rencontre, aux contours flous et mouvants, bifurque lentement en enquête semée d'indices et de codes laissés par le nègre disparu. Rien d'exaltant dans la conduite de l'intrigue, au contraire une sorte d'assurance molle, distendue, parcourue de chutes de tension, au montage différé. Pourtant rien de déplaisant car une certaine sérénité se dégage.

 

Il y a là quelque chose d'un parfum à la Conan Doyle, Agatha Christie voire Chabrol

 

Beaucoup de Polanski aussi, évidemment : l'environnement qui se resserre, les perspectives écrasées ou bouchées alors qu'elles ouvrent vers l'infini (les murs de la maison en verre), la paranoïa décalquée dans les cadres, sur l'espace, l'émiettement des informations. Puis ce qui tutoie toujours un folklore slave vaguement ésotérique : l'île, mystérieuse, prête à sombrer dans le fantastique de série B, un peu bouffon, à deux doigts maintenus in extremis, avec volonté, pour ne pas contaminer l'arrière-plan. C'est ce charme, avec sa naïveté mais aussi son talent, qui donne au film son cachet. Un peu désuet, alors qu'il se veut contemporain ; ou plutôt sympathique parce que justement jouant d'un double-fond, comme si le film avait son propre nègre.

auteur: Jérôme Dittmar
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sur contre-feux.com

de ceres le 17/03/2010 à 22h46

Oui on ne s'ennuie pas une minute; C'est bien mené,bien filmé.

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