LES ARTICLES LES PLUS :
Culture
La domination culturelle américaine est-elle totale ?
lire l'article
International
La Corée du Nord, dictature familiale
lire l'article
Politique
Euthanasie : la vie est-elle digne ou sacrée ?
lire l'article
THEMES :
- Afghanistan
- Afrique
- art
- banques
- Berlusconi
- Brésil
- capitalisme
- changement climatique
- Chine
- chômage
- cinéma
- Clinton
- Corée
- crise financière
- crise économique
- croissance
- Delanoë
- dette
- droits de l'homme
- démocratie
- emploi
- environnement
- Etats-Unis
- Europe
- finance
- France
- gauche
- guerre
- génocide
- géopolitique
- histoire
- immigration
- Inde
- inflation
- Internet
- Iran
- islam
- Israël
- Italie
- Jeux Olympiques
- justice
- libéralisme
- littérature
- mafia
- mondialisation
- musique
- médias
- nucléaire
- Obama
- Occident
- OTAN
- Palestine
- pauvreté
- philosophie
- presse
- prison
- PS
- pétrole
- recherche
- religion
- retraites
- Royal
- Russie
- réformes
- santé
- Sarkozy
- sociologie
- société
- terrorisme
- Tibet
- Turquie
- télévision
- écologie
- élections
- élections américaines
- énergie
Culture
Pauvres femmes
Cela faisait un bail qu'un livre sur les femmes n'avait pas déclenché autant de polémiques et de réactions que Le conflit, la femme et la mère, d'Elisabeth Badinter. Analyse (par un homme) de ce que pensent les femmes.
Tout le monde se fout généralement des femmes, qui pour la plupart - ce qui ne s'arrange pas avec les nouvelles générations - se foutent d'elles-mêmes et de ce qu'on peut dire sur leur condition. Les féministes sont vues comme de vieux boudins en voie de décrépitude, les jolies les tiennent comme des empêcheuses de s'exprimer en rond. La libération a si bien marché qu'à défaut de faire disparaître les chaînes, on a réussi (et les hommes les premiers) à faire croire aux femmes qu'elles étaient vraiment libres et qu'elles n'en avaient plus.
Les femmes sont globalement satisfaites de leur sort et l'expriment sur les forums : elles sont belles, portent des jupes, s'épilent la chatte parce qu'elles le veulent bien - c'est là où ça se complique -, réduisent leur temps de travail pour se consacrer à l'éducation de leurs enfants, pas parce que le mari l'exige mais parce que c'est leur bon plaisir.
Une dénonciation juste
La dénonciation précise d'Elisabeth Badinter des liens incestueux (c'est le cas de le dire) entre féminité et maternité repose sur une intuition qui est juste et tout à fait vérifiable. De plus en plus, les femmes font planer une ambiguïté revendiquée entre ce qui relève de l'esclavage volontaire (et inconscient) et ce qui relève de l'expression de la liberté. Les deux se mêlent si bien que la tentative de Badinter de remettre de l'ordre et du sens dans tout ça est tout à fait louable. La réappropriation par les femmes "modernes" des joies de la maternité (en clair : je passe du temps avec mon enfant, je m'arrête de travailler, je pouponne, j'allaite et je me consacre à moi à travers lui) peut être interprétée à la fois comme un acte libératoire où la femme, après avoir poursuivi une émancipation copiée sur le modèle masculin, reconstruit son identité d'une manière positive, OU au contraire comme une façon de réendosser sans y prendre garde les habits de l'esclavage.
La réalité sociologique parle pour Badinter et la seconde solution. Combien de femmes sous couvert de se mettre au service de l'enfant réduisent les ressources du ménage, se lient pieds et poings au seul revenu de leur mari ? Combien de femmes (des milieux modestes) n'ont plus que la maternité pour justifier de leur position sociale et enchaînent les maternités au lieu de travailler (trop fatigant) ou d'apprendre un boulot car le regard des autres les préfère en mères qu'en caissières de supermarché, que la Sécurité sociale les rémunère pour le service rendu à la patrie, etc. ?
Combien de femmes décident de prendre la profession de mère pour n'avoir en définitive que cette solution de facilité ? En ce sens, la redécouverte de la maternité et de ses charmes est en grande partie fictive et un instrument détourné et indirect de redomination des femmes par les hommes et par la dynamique d'oppression sociale. On ne peut pas l'ignorer. La survalorisation de la mère et le plaisir qui en découle sont des constructions sociales perverses (qui relèvent du fantasme collectif) qui asservissent des milliers de femmes chaque année et fragilisent leur position à long terme dans l'équilibre des sexes.
Badinter mélangent deux mouvements opposés
Là où Badinter se trompe, et c'est une erreur de débutante indigne d'une philosophe de cette dimension, c'est que son livre est mal foutu et met dans le même sac des choses qui n'ont rien à voir. En mêlant les exaltées de la Leche Ligue à son argumentaire et en mettant l'accent sur la question de l'allaitement, elle ne fait pas la part des choses entre deux mouvements opposés :
1) celui de la simple réappropriation de la geste "maternité" comme une composante de la féminité qui est très présent chez les femmes, et notamment celles des classes moyennes et supérieures.
Pour celles-ci, la maternité est redevenue une composante identitaire importante en plus d'être un événement narcissique déterminant. La maternité fait plaisir parce qu'elle donne sens et parce qu'elle compose une expérience nouvelle et quasi masturbatoire pour le corps égoïste et qu'on a l'habitude de mettre en valeur par le sexe, les fringues et tout le reste. Cette dimension féministe de la reprise en main échappe complètement à la philosophe qui oublie qu'il y a une vraie prise de pouvoir des femmes autour des modes d'accouchement naturel, du co-sleeping, de l'utilisation des porte-bébés et dans une certaine mesure par le retour à l'allaitement. Plus que ce point là, c'est la question des positions d'accouchement qui est symbolique de ce mouvement. Alors que pendant des siècles, des médecins hommes ont imposé aux femmes d'accoucher en position gynécologique pour des raisons pratiques (ne pas se baisser), les femmes exigent de ces hommes (et parfois contre leurs sbires sage-femmes) de revenir à des positions plus naturelles et féminines. C'est la même chose pour le portage, les soins, la nourriture. Tout ceci n'est que très positif et témoigne bien d'une nouvelle ambition féminine : être une femme libérée, blablabla. Badinter passe complètement à côté de cette dimension qui, avec proportion et justesse, est une source de fortification pour la femme, dans sa tête, dans sa vie, dans la société et au sein de son propre couple.
2) un mouvement rétrofuturiste qui pousse cette logique jusqu'à l'aveuglement et au grotesque et fait l'objet de l'ire de Badinter.
Ce mouvement dont on a dessiné quelques caractères ci-avant est un mouvement qui s'exprime différemment selon les classes sociales. Chez les riches, il prend, comme l'explique Badinter, les formes d'une sacralisation de la maternité (souvent croisée avec une approche religieuse et catho) qui place nettement la femme au coeur d'une mystique maternelle totalement invivable et qui peut se mêler à des influences new age, écolo, sans queue ni tête. On fait un virage roots, on s'accroche aux couches lavables, on passe des heures en cuisine et on se change en une ayatollah de la mère qui éclipse tous les autres rôles féminins. Chez les pauvres, on se met en scène aux yeux du monde comme une "bonne mère", c'est-à-dire une mère exclusive et d'exclusion qui se consacre à 100% à sa progéniture. Cela donne de très bonnes et jeunes mères, mais aussi des nanas qui laissent mourir leurs enfants de faim et se pavanent sur les forums internet (le précédent Doctissimo et quelques autres) oubliant que la réalité devait être maintenue en place pour que l'image demeure. Ce mouvement de surmaternité est un danger pour la femme autant que pour l'homme qui se retrouve au quotidien à faire face à une figure de la maternité plus proche de Méduse que de Vénus.
Des témoignages qui confirment l'existence de ces deux pôles
Comme toujours dans ces affaires féministes, comme le montre un numéro récent de Libération qui accumulait les témoignages débiles de "Justine, 28 ans, cadre supérieure" ou de "Marie-Lise, 26, directrice de communication", il y a au milieu des tas d'anti-intellectualistes nombrilistes (que l'individualisme et la publicité ont convaincu du caractère unique de leur cas) qui condamnent toute démarche visant à faire des généralités en prétendant que si elles font ce qu'elles font, c'est parce qu'elles l'ont choisi et pas parce qu'on les opprime. Ces témoignages n'ont évidemment aucune valeur, pas plus pour, qu'anti-Badinter, ils ne comptent que pour des nèfles. Les reprendre un par un permet souvent d'y voir clair et de distinguer les deux pôles, celui d'une féminité qui jouit d'elle-même et l'autre qui pâtit de sa re-soumission.
C'est moche souvent et terriblement excitant quand on est un mâle dominant d'assister au spectacle et de penser, comme quand on regarde des singes incapables de remonter un AK47 et de s'en servir, combien une espèce aussi développée et prometteuse peut ne pas voir qu'elle joue contre ses propres intérêts. En attendant Badinter démontre brillamment avec un essai tel que celui-là qu'on peut avoir tort en ayant raison si on ne sert (ou serre) pas sa pensée comme il faut.
|
auteur: Benjamin Berton en savoir plus sur l'auteur |
Créez votre profil
pour noter, réagir
et écrire
sur contre-feux.com
|
Certes, mais plus simplement...
Nombre de femmes font des enfants car "il est temps, biologiquement", au delà de toute considération ou aspiration maternelle voire maternaliste. La fonction de mère est devenue pour beaucoup un passage obligé, un rite initiatique, réputé sein pour le processus biologique. C'est l'ère du bébé "médicament", qu'on fabrique pour son bien être exclusif et que certaines n'hésitent pas à ce titre à "stocker" dans leur frigo, sitôt son rôle rempli (la naissance). | |||
répondre à cette réaction
|
noter cette réaction |
signaler un abus
|
|










