Instaurer unilatéralement une taxe Tobin serait impraticable

L’instauration d’une taxe Tobin serait-elle une bonne réponse à la volatilité des marchés ?
Jean-Marc Daniel : Non parce qu’en réalité la volatilité des marchés est un mythe. La plupart des mouvements de capitaux aux quatre coins de la planète sont internes aux banques. Ils sont inhérents à leur mode de fonctionnement puisqu’elles doivent en permanence optimiser leurs placements dans le temps et dans l’espace. Par exemple, lorsqu’une banque ferme une position à Paris, elle en rouvre une à New-York et transfère ainsi de l’activité. Il s’agit de mouvements naturels. Et puis par nature les changes flottants ne génèrent pas à proprement parler de spéculation sur les taux de change, spéculation contre laquelle la taxe Tobin avait été inventée.
Quel serait le rendement pour la France ?
D’après le scénario envisagé par la Commission de Bruxelles pour l’Europe à 27 – une taxe de 0,1 % sur les mouvements d’actions et d’obligations et de 0,01 % sur les mouvements de court terme – la taxe rapporterait 55 milliards d’euros. La part de la France atteindrait donc, elle, au mieux 5 milliards d’euros. Un chiffre loin d’être mirobolant. Certes les banques pourraient l’assumer, le secteur financier étant développé dans notre pays – il représente au sens large plus de 800 000 emplois. Mais selon moi, le débat ne porte pas tant sur le plan économique que sur le plan moral. Il s’agit clairement pour les défenseurs du projet davantage de répondre aux agacements d’une population française choquée par certains mouvements financiers. Mais si on veut prendre de l’argent sur les banques pour rééquilibrer les comptes publics, il n’est pas certain que la taxe Tobin, qui reste très compliquée à appliquer, soit le bon outil.
Serait-il, selon vous, faisable et judicieux d’instaurer une taxe Tobin en France sans l’accord de nos partenaires européens ?
Ce serait impraticable ! La France peut décider de bricoler un système permettant de taxer tout mouvement sous quelque forme que ce soit. Une sorte de péage sur les flux sortant des institutions financières à destination de territoires étrangers ou au sein même de l’hexagone. Mais aux yeux des observateurs étrangers, une telle mesure serait selon moi, le symbole d’une France qui se rabat sur le refus du mouvement, c’est-à-dire sur le protectionnisme.
Appliquée unilatéralement, la taxe sur les transactions financières favorisera-t-elle l’évasion fiscale ?
En réaction, les institutions financières françaises iraient immédiatement s’installer à Genève, Bruxelles ou Londres, à savoir dans des pays qui n’appliqueraient pas la taxe. On créerait une délocalisation dans le secteur alors même que la France y détient un avantage comparatif certain. La qualité des formations des financiers français est exceptionnelle et il serait absurde d’amplifier leur départ pour Londres. Nous devrions au contraire consolider cette force, même si Paris n’est pas la première place financière, plutôt que de poignarder le secteur financier. De façon plus globale, une des conséquences de cette délocalisation serait des suppressions d’emplois dans le secteur bancaire.
(En partenariat avec Débat&Co)
Le chef de l’Etat s’est déclaré favorable à l’instauration d’une taxation sur les transactions financières sans attendre un éventuel accord européen. On peut avoir de sérieux doutes quant à l’opportunité pour la France d’être pionnière dans ce domaine… (En partenariat avec Débat&Co)
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La Taxe Tobin (Le face à face de l’économie active et des marchés boursiers)
http://n-importelequelqu-onenfinisse.hautetfort.com/archive/2012/01/23/la-taxe-tobin-le-face-a-face-de-l-economie-active-et-des-mar.html