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Recife (vue aérienne)

A la découverte du Brésil (4) : Olinda, Recife et la colère d'un noble anglais

Olinda, petite ville idyllique du Nord-Est du Brésil, n'échappe pas aux contradictions qui traversent tout le pays. Sous des airs paradisiaques, la bourgade pittoresque cache en réalité misère, pollution et corruption. De quoi déclencher la colère d'un architecte anglais...

Difficile de trouver un endroit plus charmant que Olinda dans tout le Brésil. Fondée par les portugais en 1537, classée par Unesco sur la liste du Patrimoine Mondial de l'humanité en 1982, cette petite bourgade du Nord-est brésilien connut jadis une forte prospérité grâce à la culture de la canne à sucre, prospérité dont elle porte encore quelques traces.

 

Au premier abord tout y est agréable et tout paraît pouvoir contribuer à passer des journées parfaites et surtout reposantes (vertu très appréciable dans un voyage au Brésil) : cette petite ville valonnée est composée de ruelles entrelacées, pleines de charme, de calme et de soleil sur les petites ladeiras aux maisons de couleurs vives, rouges, vertes, jaunes, bleues, parfois avec des décorations imaginatives.

 

Monter les ruelles, toutes propres et soignées, ne nous offre que de bonnes surprises, des charrettes dans les rues pavées, plusieurs ateliers de peinture, des petits magasins, vendeurs ambulants d'acaraje, de tapioca, ou de fromage grillé et surtout un nombre impressionant de chapelles, couvents et églises baroques (hélas, souvent fermées). L'océan couleur de turquoise reste toujours en toile du fond et la végétation est partout luxuriante. De haut, on aperçoit au loin les gratte-ciels de la ville toute proche, Recife. Plusieurs plages se trouvent par ailleurs à côté, bien plus tranquilles que celles de Recife.

 

L'envers du décor

 

Les égoûts se déversent directement dans l'esplanade qui longe la mer

Les nuits à Olinda peuvent être aussi envoûtantes : dîner au fameux Oficina do sabor, les places embaumés des fleurs de jasmin, les églises illuminées, les ruelles, sûres pour une fois, sont pleines des gens qui se retrouvent dans des bars avec de la musique ao vivo ; les amitiés sont faciles même si un certain gentil harcèlement (car tout est à vendre) n'est pas absent. Des fêtes sont improvisées dans les marches d'une église rappelant que c'est ici que se déroule l'un des carnavals les plus fameux du pays, avec sa danse de frevo réalisée à l'aide d'un petit parapluie multicolore et ses poupées énormes. De nulle part apparaît un groupe des musiciens aux costumes jaunes qui commencent à jouer de la musique locale, la fête s'improvise dans la petite place et peut durer jusqu'à très tard - ou, si l'on préfère on peut rentrer prendre un bain de nuit dans la piscine (la moindre auberge ici semble en posséder) entourée ou plutôt noyée sous le poids d'hibiscus orangés, des manguiers énormes et des fleurs de bougainvilliers.

 

Mais, comme toujours au Brésil, les mauvaises surprises, plus ou moins évidentes, ne sont pas très loin. Observons cette esplanade toute proche qui longe la mer : les égouts s'y déversent directement, comme hélas dans la plupart des villes du littoral brésilien, les plus pauvres y nagent et les enfants y jouent. Observons encore plus attentivement derrière telle rue : une favela énorme se lève nichée derrière. A voir d'ailleurs les boutiques on comprend vite que la seule économie qui fait tourner la ville est le tourisme, et qu'il y a aucune autre possibilité d'emploi.

 

Une provocation à méditer

 

"Heureusement que Dieu et les Européens sont passés par le Brésil"

Visiter la ville de Recife toute proche apporte encore une fois cette double réalité composée des mêmes charmes et des mêmes problèmes de toute ville brésilienne : douceur de vie sous le soleil généreux, plages interminables, quartiers visiblement prospères et sièges d'innombrables entreprises d'une part, et d'autre part la laideur presque obligatoire des également interminables buildings, l'insécurité omniprésente - tout le monde vous en parle - avec le triste record national des assauts (avec spécialité des assauts de voiture) et, cerise sur le gâteau, la petite partie de la vieille ville mal préservée, très belle et négligée.

 

C'est là, dans le cadre idyllique d'une place de la vieille ville, qu'un voyageur, un architecte anglais, en colère contre la dévastation systématique que les brésiliens réservent à leur environnement tant naturel que urbain, a formulé pour un groupe d'amis une idée aussi provocante que frappante en disant à peu près : heureusement que Dieu et les Européens sont passés par le Brésil.

 

Il a ajouté qu'en extrayant ces facteurs (beauté de la nature, richesse du sol et villes à l'architecture imitant celle de l'Europe) et le charme (d'un bon nombre) des gens, le Brésil est en fait un gigantesque trompe-l'oeil et un véritable cauchemar. Voici un résumé de son argumentation : le pays est beau. Le peuple est gracieux et d'une bonne foi presque émouvante. Le voyageur aisé (et de preférence européen) pourra s'y sentir comme au paradis.

 

Or, ses composantes structurelles sont celles d'un cauchemar politique et social

 

La corruption à tous les niveaux (des policiers, des juges, des hommes politiques) qui classent le Brésil derrière plusieurs pays africains, la laideur voire la déformation programmée des villes, la violence stupéfiante réalisant des records mondiaux, la pauvreté parfois digne de Calcutta dans un pays si visiblement riche en tout, l'éducation et la santé catastrophiques, l'existence et surtout la tolérance des propriétaires qui s'enorgueillissent ouvertement de posséder des millions d'hectares (dans l'état d'Amazonas un de ses fiers propriétaires possède une superficie égale à celle du Portugal et de la Suisse réunis), ainsi que, last but not least, le lavage du cerveau systématique par le trio omniprésent de la culture dite populaire (religiosité bigote-télévision-football), et l'imprévisibilité constante des comportements. En bref, notre ami anglais se joignait à la formule terrible du général de Gaulle, un pays beau mais pas sérieux. Une provocation à méditer.

auteur: Emmanuel Ioannidis
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sur contre-feux.com

de ceres le 09/03/2010 à 11h35

Oui au Brésil tout est contraste saisissant et le touriste , du moins celui qui ne s'est pas fait attaquer, ne retient que la gentillesse des gens et la beauté des monuments ou des paysages.

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