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Sao Luis

A la découverte du Brésil (5) : Sao Luis, la belle francaise

Suite de notre déambulation au coeur du Brésil, avec la petite ville de Sao Luis ; bourgade pleine de charme, au centre préservé, mais entouré d'une nouvelle ville dont l'urbanisation semble aussi laide qu'irréfléchie.

Les centres historiques et les vieilles villes des côtes brésiliennes s'enchaînent et se ressemblent. Le centre de la ville de Sao Luis, une des plus charmantes du pays, a été fondé par les français au tout début du XVIIème siècle - ils ont été ensuite chassés par les portugais, et la ville a connu aussi quelques brèves années sous la bannière hollandaise.

 

Sao Luis devient plus tard le centre des exportations de riz et de coton, et connaît une croissance forte, encore visible dans le grand nombre de palais et de villas en pierres, mortier et marbre, bien caractérisés par l'utilisation généralisée d'azulejos (carreaux de faïence peints de motifs, souvent de couleur bleu) qui habillent tous les immeubles, véritable marque du style architectural de Sao Luis. Sao Luis a toujours été une ville pionnière : ce fut la première ville de la région à être dotée d'un tramway, de l'eau courante, de l'électricité, de l'éclairage urbain, du gaz ou du téléphone. La ville a même connu un nouvel essor au XIXème siecle à travers les entreprises textiles mais elle commence nettement à stagner à partir du siècle dernier.

 

Riches maisons restaurées et immeubles en ruines

 

Ces immeubles semblent le résultat d'un concours ayant pour but de défigurer le plus possible la ville

Au milieu de la très belle vieille ville, on se rappellera de notre ami anglais et de ses critiques : en effet, voilà tout d'un coup que s'élèvent au beau milieu de cette ville magnifique, trois ou quatre immeubles - sièges d'une quelconque magistrature ou préfecture - gris, sales, énormes et tellement hideux qu'ils nous laissent vraiment bouche bée. Ils semblent le résultat d'un concours public ayant pour but de défigurer le plus possible la vieille ville au style homogène, et ayant réussi ce pari malheureux.  Encore une fois, les promenades dans le vieux centre sont ravissantes, les gens locaux adorables, les plages sont proches, longues et désertes, avec de petits restaurants sur leur bord qui servent des poissons savoureux ; encore une fois la nouvelle ville est laide et inconfortable, et ne répond à aucune logique.

 

Des sommes importantes furent réservées à ce centre historique, et des dizaines d'immeubles très bien restaurés (grâce à la classification par l'Unesco sur la liste du patrimoine mondial) ; il y eut également plusieurs programmes de préservation et de revitalisation aux résultats heureux. Mais il  reste beaucoup à faire, car à coté de ces magnifiques maisons restaurées, les autres tombent splendidement en ruine. En même temps, ce vieux centre garde tout de même l'ambiance déserte d'une zone préservée ou d'une ville fantôme. Comme si les gens ne savaient plus vraiment quoi en faire et comment en profiter.

 

Une ambiance de chaos chaleureux

 

On nous dit que l'ambiance de la vieille ville change beaucoup pendant le week-end - dans ce cas, elle doit ressembler à l'un de ces quartiers tout proches de la vieille ville qui, eux, gardent le charme du chaos chaleureux si typique des quartiers commerçants au Brésil. Ce chaos qui réunit des milliers de personnes, vendeurs ambulants de maïs, de fruits tropicaux, de noix, de tranches d'ananas, de pop corn sucré, à coté d'un marché aux CD dans lequel les vendeurs montrent des figures de danse aux clients curieux, et d'enfants qui jouent partout, de mendiants aveugles, de jeunes en uniforme qui plaisantent à la sortie du collège, de regards intéressés, d'églises aux portes ouvertes et aux fidèles fervents, et des vendeurs de la principale rue commerçante qui font de la publicité tous en même temps au micro, en criant plus fort les uns que les autres devant la porte de leurs boutiques.

 

Il faut être attentif et disponible pour savourer les petits moments soudains et magiques d'un voyage au Brésil, comme cet instant, au milieu d'une grande place, où à l'approche du soir, et comme tout d'un coup, des milliers d'oiseaux rouges sortent des arbres à l'unisson et se mettent à voler affolés au-dessus des gens qui, eux aussi à l'unisson, s'arrêtent tous un instant pour les admirer.

auteur: Emmanuel Ioannidis
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