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International
A la découverte du Brésil : Belém ou la ville indeterminée
Commencer par visiter Belém pour un premier voyage au Brésil serait certainement une entrée moins impressionnante que Rio ou Salvador. Mais l'idée est moins mauvaise qu'il n'y paraît tant cette ville semble incarner tous les biens et les maux du pays, avec une certaine mesure et discrétion.
En voici quelques éléments :
Un urbanisme incompréhensible
Première image : des buildings aussi laids que hauts, sans grâce, éparpillés sans aucune logique d'urbanisme planifié. A côté, une vieille ville à moitié abandonnée, plus que vivante le jour mais morte et dangereuse la nuit. Une petite façade touristique très belle avec cinq ou dix monuments rénovés et très soignés. Tout près, des quartiers-dortoirs sans caractère et derrière eux une immense périphérie amorphe abritant en partie quelques bidonvilles (les fameuses favelas) à perte de vue. Le tout est disposé selon une (in)cohérence et une logique bien brésilienne, qui semble dicter le développement de toutes les villes du nord au sud. Il y est assez difficile de deviner si il y a un ou plusieurs centres, ou de prévoir les formes que pourrait prendre cette croissance sauvage.
Un climat particulier
L'immensité du Brésil fait que les différences climatiques entre la partie nord et celle du sud sont radicales - le voyageur peut rencontrer pendant la même période la canicule et la neige ainsi que des différences de quarante degrés. La moiteur très chaude de Belém frappe d'emblée : elle est en effet l'une des villes les plus pluvieuses au monde. Elle ne connaît en fait que deux saisons et une seule sensation : la chaleur moite en hiver et la chaleur moite accompagnée des pluies en été. Il faut le dire, le climat du nord n'est pas facile à supporter - et dans l'autre grande ville du nord, Manaus, c'est encore pire, l'humidité rendant l'air irrespirable pendant plusieurs heures du jour.
Omniprésence de l'eau
Belem est le point d'entrée sur le bassin fluvial amazonien - elle jouit d'une situation exceptionnelle aux rives du fleuve. Presque toutes les villes importantes du Brésil sont sur les côtes interminables de ce pays aux milliers des plages et aux fleuves gigantesques - seules exceptions : Brasilia et Sao Paulo (qui se trouve néanmoins à une heure de la mer).
Le mélange des ethnies, spécificité brésilienne, se décline de plusieurs manières
Les bases ethniques sont les indiens, les européens descendants des portugais mais aussi de l'énorme immigration italienne ou allemande et les noirs descendants d'esclaves d'origine africaine. A ceci il faudrait ajouter également diverses autres immigrations, comme la syro-libanaise ou la communauté juive, et imaginer tous les mélanges possibles entre eux : voici le peuple brésilien.
Dans le cas de Belém, on remarquera une forte présence d'indiens mais aussi de japonais : c'était la première destination pour les immigrants japonais (extrêmement présents à Sao Paulo mais encore totalement absents de Rio) : on remarquera comment tous ses gens se comportent et sont spontanément reconnus comme absolument brésiliens ; ce n'est pas sans raison que l'on a considéré le Brésil comme le seul lieu vraiment réussi du melting-pot.
Une histoire complexe
L'histoire de cette ville, comme celle du Brésil, connaît des hauts et des bas impressionnants. Belém était l'une des villes les plus riches du monde (grâce a l'industrie de pneus). Les chanteurs d'opéra faisaient jadis le trajet Paris-Venise-Belem afin de chanter dans son fameux théâtre (toujours à visiter). Maintenant, et malgré les efforts des dernières années de la transformer en un pôle économique puissant, et le fait qu'elle est la capitale de l'état du Para - qui a pu par exemple abriter avec succès le dernier Forum social mondial, la ville semble plutôt abandonnée par le gouvernement fédéral.
Des endroits de grand charme
A Belém, ceux-ci ne sont pas infinis, mais ceux qui existent méritent le détour : ainsi le marché du Ver-o-Peso, considéré comme le plus beau du Brésil, et surtout la partie du marché dédié aux élixirs, philtres et potions pour recouvrir ou fortifier le désir ou l'amour. Il est agréable de se promener les rues aux manguiers ombragés et énormes et visiter le fort ancien du front de la mer ou le petit parque merveilleux aux hérons et à la serre aux centaines des papillons. On peut entrer dans les innombrables églises, et flâner dans les rues pavés de la vieille ville admirant les anciennes maisons coloniales avec leur façades colorées en briques de céramiques. On fera la promenade en bateau sur la rivière au coucher du soleil - trajet accompagné de ces oiseaux noirs énormes appelés urubus. On visitera la Basilique qui abrite une des plus grande fêtes religieuses au monde. On sera d'ailleurs frappé par l'omniprésence des établissements religieux de toutes sortes et tailles - nombre directement proportionnel à la tolérance religieuse qui ne manquera pas d'époustoufler un visiteur européen.
On profitera de la nourriture régionale, à la fois bien brésilienne et particulière, en goûtant dans les baraques de rue le caruru, le vattapa, le manisoba et surtout le tacaca, idéal pour la gueule de bois grâce à un légume qui paralyse littéralement la bouche appelé jambu. A ne pas manquer aussi le nombre de fruits impressionnants (demander aux marchands à les goûter : bacuri, uxi, murici, cupuacu, l'un est plus délicieux que l'autre).
Deux faces sombres cependant
La pauvreté et surtout l'insécurité demeurent néanmoins les deux nuages obscurs permanents qui accompagnent tout voyageur. Le danger d'être assailli constitue en effet une menace à la fois très réelle et très exagérée. Etrangement, les habitants eux-mêmes semblent en même temps s'en inquiéter en permanence et vivre leur vie sans y faire attention. Car, une certaine joie de vivre est effectivement bien réelle. Ses sources possibles ? La force de la culture populaire, la foi religieuse, la valorisation de la famille, un climat favorable, l'omniprésence de la musique, la danse et de l'envie de fête mais surtout une certaine facilité de vivre et la spontaneite du contact social qui font souvent le bonheur du visiteur - qui bénéficie en plus d'un coup avantageux de la vie en tout point et une ambiance de bonne foi et de contact presque évident. Ainsi, pendant une forte pluie au jardin botanique, abrités dans un petit pavillon, il va de soi qu'on fera connaissance avec tout le monde : le vendeur des jeux pour enfants, le jeune couple qui présente son bébé nouveau-né, la dame au chien aussi énorme que content d'attirer l'attention et les calins de tous - pendant cela, un petit groupe des collégiens en voyage chantera à gorge déployée, imperturbable sous la pluie torrentielle.
Progrès timides mais réels
Malgré cette mobilité et cette effervescence, la ville - à l'instar du pays entier - semble en même temps lente à progresser et même statique ; tellement les problèmes structurels y sont profondément enracinés (inégalité, corruption, éducation, santé, violence etc.). C'est l'impression véhiculée par Belem - et ce, malgré la rénovation partielle de la vieille ville, la réhabilitation des docks, ou une certaine nouvelle prospérité grâce aux exportations agricoles : comme pour le pays entier, tout ceci ne peut nous empêcher de penser avant tout à ce que la ville pourrait être.
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auteur: Emmanuel Ioannidis en savoir plus sur l'auteur |
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