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Le code d'honneur de la Mafia
Addiopizzo : quand l’anti-mafia utilise des méthodes mafieuses
Le paradoxe du mouvement anti-mafia Addiopizzo : utiliser des méthodes et un vocabulaire d’inspiration mafieuse pour lutter contre la mafia. Son mode d’organisation est également révélateur d’une bonne analyse de ce qui fait la force de la mafia.

29 juin 2004, Palerme – une ville où 80% des commerçants sont victimes d’extorsion mafieuse – se réveille les murs placardés d’étranges affichettes : bordées d’un liseré noir comme les avis de décès, elles ne comportent qu’une phrase non signée "un peuple entier qui paye le pizzo est un peuple sans dignité". C’est la stupeur jusqu’à ce que les auteurs de cette opération de résistance au racket mafieux révèlent leur véritable identité. Il s’agit de sept jeunes Siciliens à peine sortis de l’université, prêts à lancer une activité en propre et certains d’une chose : là où ils vivent, cela signifie avoir un jour ou l’autre à subir le racket mafieux, pression à laquelle ils refusent pourtant de devoir se soumettre. Depuis, l’initiative a fait tâche d’huile : les mêmes affichettes sont apparues dans d’autres villes de Sicile et même de Calabre ; et, de sept personnes, le comité d’organisation est passé à une trentaine. Le mouvement anti-racket a aussi été relayé à un niveau plus institutionnel. Ainsi la Confcommercio, association – longtemps silencieuse à ce sujet – des commerçants italiens, a annoncé haut et fort en août dernier qu’elle bannirait de ses rangs ceux convaincus d’avoir cédé à la mafia et payé le pizzo.

 

Ce qui marque le plus dans le mouvement anti-mafia symbolisé par l’association Addiopizzo, c’est qu’il utilise des méthodes et un vocabulaire d’inspiration mafieuse précisément pour dénoncer la mafia. Ceci transparaît d’au moins trois façons.

 

Addiopizzo s’est fait connaître en jouant sur les notions de dignité et d’honneur, des termes qui n’ont rien de neutre en terre de mafia. En Sicile, depuis longtemps, ce vocable revêt une ambiguïté certaine. Le mafieux se proclame "homme d’honneur" et la mafia se désigne comme  "l’honorable société". Faire appel à la dignité bafouée du peuple qui se soumet au pizzo, c’est avant tout essayer de se réapproprier un champ lexical cher aux pays méditerranéens : avoir de l’honneur, ce n’est plus être mafieux mais se rebeller contre l’arbitraire mafieux.

 

Par ailleurs, la méthode employée par Addiopizzo pour fédérer contre le racket mafieux s’appuie sur l’exclusion et constitue ainsi l’exact pendant d’une pratique typiquement mafieuse. Toute personne résistant ouvertement à la mafia est soumise à "l’isolement environnemental". Concrètement, il s’agit d’un ostracisme social et économique qui fait que plus personne n’ose se montrer en votre compagnie, que les clients évitent de s’adresser à votre entreprise. Ainsi plus personne n’entrait dans la boutique de Libero Grasso, l’entrepreneur abattu en juillet 2001 pour avoir dénoncé des tentatives d’extorsion. Addiopizzo fonctionne sur le même mode : des commerçants et entrepreneurs adhérent à l’association en certifiant qu’ils ne payent pas le pizzo ; les consommateurs ont accès à la liste de ces personnes et sont invités à faire leurs achats exclusivement auprès d’elles afin de ne pas financer indirectement les mafieux. Le but est de boycotter et d’isoler les activités soumises à la mafia.

 

Le mode d’organisation d’Addiopizzo est également révélateur d’une bonne analyse de ce qui fait la force de la mafia. Les actes de résistance à la mafia sur les territoires qu’elle contrôle ont toujours pâti d’une asymétrie favorable à la mafia. L’histoire de l’anti-mafia est faite d’hommes et de femmes qui se sont dressés seuls face, non pas à un ennemi clairement identifié, mais à des personnes unies par l’affiliation à la vie à la mort à une société semi-secrète. Le cœur de la durabilité de la mafia est là : on peut arrêter un chef mafieux, l’association lui survit car la mafia ne dépend pas d’un chef charismatique. Addiopizzo s’est construite sur le même modèle : c’est un réseau et non un mouvement avec un leader à sa tête ; elle n’est pas liée à un nom en particulier qu’il suffirait d’abattre pour tronquer définitivement le mouvement. La lutte anti-mafia cesse alors d’être un affrontement perdu d’avance entre un réseau et quelques individus isolés et devient un affrontement moins inégal de type réseau contre réseau.

 

auteur: Clotilde Champeyrache
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sur contre-feux.com

de Bruno le 10/02/2008 à 18h50
qu'en est-il aujourd'hui ?

Merci pour la présentation de ce mouvement Addiopizzo, mais qu'en est-il aujourd'hui, quel est son développement ?
Lorque l'on voit ce qui se passe à Naples avec les ordures dont le traitement est directement lié à la mafia.
Ce projet est passionnant et nous devrions être nombreux en tant que siciliens et comme touristes à le soutenir.

Merci de nous tenir informé de l'évolution de ce mouvement.

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de Cecile le 22/02/2008 à 11h57
Aucun boycottage

Addiopizzo ne fait pas de boycottage, elle soutient les commerçants qui ont dénoncé ou qui ne paient pas le pizzo parce que souvent ces personnes sont isolées et perdent leur clientèle. C'est une approche totalement différente.
Pour en savoir plus voir le site de l'association :
Addiopizzo

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