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International
Août 2008 ou "Le retour de l’Histoire" ?
L’hyperpuissance américaine demeure tout en étant contestée ; la construction européenne est en panne ; la Russie et la Chine affirment leur domination au plan régional, en Géorgie et au Tibet… 2008 ne marque-t-il pas le "retour de l’Histoire" avec la mise en place du nouvel ordre mondial post-guerre froide ?
Le vide laissé par la fin du Monde bipolaire, marquée par la chute du rideau de fer et l’effondrement de l’URSS dans les années 1989-1991, très vite comblé par l’hyperpuissance américaine actuellement fragilisée après l’échec de la guerre en Irak et avec une économie en récession, semble désormais céder le pas à une définition plus claire de l’organisation des relations internationales post-guerre froide en ce mois d’août 2008.
"Le retour de l’Histoire"
Ce "retour de l’Histoire" est théorisé par Robert Kagan, néoconservateur américain et conseiller en politique étrangère du candidat républicain John McCain, dans un livre, Le Retour de l’Histoire et la fin des rêves, publié en 2008 et rédigé avant les Jeux olympiques de Pékin et la crise en Géorgie. Son ouvrage répond à celui du néoconservateur Francis Fukuyama, La Fin de l’Histoire et le dernier homme (1992), dans lequel le monde de l’après Guerre froide est caractérisé par l’effacement des Etats-nations et des affrontements idéologiques, d’une part, et l’expansion de la démocratie, d’autre part.
Or, Robert Kagan observe un retour à la vieille diplomatie des "grandes puissances" du XIXe siècle. La Russie et la Chine s’imposent, l’Inde et l’Iran montent, le Japon et l’Union européenne ne se laissent pas oublier... et les États-Unis, cette "superpuissance ambitieuse", demeure.
Pour l’auteur du Retour de l’Histoire, le monde du XXIe siècle ne sera ni "a-polaire", sans pôle de référence, ni "multipolaire", comme le souhaitait encore récemment la diplomatie française. Il sera structuré autour du conflit entre les démocraties et les autocraties, dont les deux exemples les plus évidents sont la Russie et la Chine. Dans cette perspective, les démocraties doivent s’unir dans une ligue pour être entendues et agir efficacement au sein des organisations internationales actuelles (ONU, G8…).
Le retour des politiques de puissance
Dans Continuer l’histoire (2007), l’ancien ministre français des Affaires étrangères, Hubert Védrine, estime que la mondialisation, marquée par le développement d’organisations supranationales, doit s’accompagner d’un renforcement de l’Etat-nation qui nécessite de repenser le multilatéralisme de la "communauté internationale".
Le succès chinois dans l’organisation des Jeux olympiques malgré les condamnations des Occidentaux portant sur le non-respect des droits de l’homme en Chine et la répression du soulèvement tibétain, et la crise russo-géorgienne marquée par l’intervention russe en Géorgie et la reconnaissance de l’indépendance des l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie par Moscou, traduisent ce retour à des politiques de puissance des Etats aux enjeux divers (accès aux ressources, contrôle de sphères d’influence…). A travers la crise géorgienne d’août 2008, Pascal Boniface note ainsi la mort de la thèse d’un monde unipolaire.
Nicolas Baverez
L’historien et économiste Nicolas Baverez observe même un retour de la guerre, révélé à l’opinion française avec la mort des 10 soldats français en Afghanistan. A ses yeux, "la mondialisation de la violence devance désormais celle de l'économie ou des technologies." Dans ce monde instable, la guerre tend à se généraliser en devenant protéiforme. Pire, elle n’est plus l’apanage des Etats, elle se privatise "sous la pression des communautés, groupes terroristes et organisations criminelles qui prennent le contrôle de vastes territoires". Dans ce nouveau contexte, les démocraties apparaissent désarmées et impuissante face au renouveau et à la permanence de la guerre.
Le retour de la France dans le "concert des nations" ?
Ces sombres perspectives peuvent néanmoins marquer le retour de la France sur la scène internationale. Alexandre Adler constate que la nouvelle politique étrangère de Nicolas Sarkozy peut contribuer à apaiser les tensions, d’autant que les Etats-Unis affaiblis et critiqués sont accaparés par les élections de novembre. Ainsi, la France, présidant l’Union européenne, se trouverait dans la position d’ouvrir un dialogue entre la Russie et l’Europe de l’Ouest, tout en garantissant la sécurité aux pays d’Europe de l’Est. Le premier acte de cette ouverture pourrait être la création d’une communauté énergétique, assurant à chaque partie indépendance et puissance.
Face à ce "retour de l’Histoire", la difficulté pour les démocraties serait alors de ne pas réitérer l’erreur de leur division face à la menace des totalitarismes durant les années 1930.
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auteur: Frédéric George en savoir plus sur l'auteur |
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