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La mondialisation des échanges est portée par la révolution technologique
De la mondialisation

On entend partout parler de "mondialisation", le plus souvent dans un grand flottement sémantique. Pour échapper à la confusion intellectuelle, il convient de donner au mot le sens plus précis de "unification des histoires humaines en une histoire commune". Eclaircissements.

Tout le monde en parle - sauf à préférer le franglais et à parler de "globalisation" -, mais est-il assuré que chacun entende désigner le même phénomène ? En fait, le même mot prétend retenir deux développements distincts. Le plus manifeste est une banalité. L'efficacité croissante des techniques de communication a réduit sinon aboli les distances, de telle sorte que la planète devient actuellement le cadre de référence commun. C'est désormais à cette échelle du globe tout entier que les communications s'établissent, les transactions s'effectuent, les problèmes se posent, du moins tendanciellement. L'image du village planétaire s'est imposée, mais elle est trompeuse. En effet, un village est une communauté de vie, dont tous les acteurs sont reliés entre eux par des liens familiaux, affectifs, économiques, religieux, langagiers, culturels... Au contraire, la Terre pourrait être mondialisée, sans que les Terriens soient réunis en communauté homogène et isotrope, mais soient, inversement, dispersés en ensembles refermés sur eux-mêmes et contraints à interagir du seul fait de la contiguïté.

 

Ce sont deux solutions polaires, la première désignant par mondialisation la fusion des humanités distinctes en une humanité unique, et la seconde évoquant un monde orwellien de coexistence hostile d'humanités séparées. La réalité pourrait alterner entre les deux visions ou en vérifier des solutions intermédiaires. Dans tous les cas de figure, la mondialisation serait effective, mais elle désignerait des situations si différentes que le mot court le risque d'être vidé de tout contenu saisissable. Ce flottement sémantique devient apparent dans deux conceptions idéologiques diamétralement opposées de la mondialisation, celle des Droits de l'Homme, d'un côté, qui postule la confusion des distinctions culturelles dans l'unité de l'espèce, et celle du Conflit des Civilisations, de l'autre, qui pose le diagnostic inverse de la consolidation et de la perpétuation de la distribution de l'espèce biologique en quasi espèces culturelles.

 

Il convient donc de donner au mot "mondialisation" un sens précis et de distinguer trois grandes étapes dans l'histoire humaine

 

Pour échapper à la confusion intellectuelle et au piège idéologique, il convient de donner au mot le sens plus précis de "unification des histoires humaines en une histoire commune". Car c'est bien de cela qu'il s'agit, si l'on prend de l'espèce et de son devenir une vue à l'échelle des millénaires. L'espèce humaine a franchi trois étapes successives. La première, inaugurée par la ou les sorties de son berceau africain, a duré plusieurs dizaines de millénaires et a été marquée par une dispersion en tache d'huile et en minuscules sociétés de prédateurs sur la planète entière, à l'exception de l'Antarctique et des plus hauts sommets. Chaque société avait une tendance marquée au repli culturel dans une niche écologique, à l'abstention de toutes relations avec ses voisines et à l'ignorance complète des humains qui pouvaient prospérer au-delà. L'humanité était distribuée en d'innombrables îlots minuscules.

 

Il y a dix à douze mille ans, une deuxième étape se met en branle, de manière d'abord à peine perceptible, qui inverse le mouvement de dispersion et impose un regroupement de plus en plus poussé tout au long de la période. Le moteur en est, pour l'essentiel, la guerre, la conquête et la consolidation politique en principautés, en royaumes et en empires. Un point d'aboutissement a été, au premier millénaire avant notre ère, la fondation de l'empire perse en - 539, qui unifie l'Asie antérieure, celle de l'empire d’AÅ›oka en Inde au troisième siècle avant l’ère et celle de l'empire chinois en - 221. Une troisième étape est inaugurée par l'Europe au tournant du XVIe siècle. La seule aire culturelle majeure qui n'ait pas été conduite jusqu'à l’impérialisation, est à l'origine de l'unification ultime de la planète. Les différentes histoires ont été unifiées au XXe siècle en une histoire commune. L'unification signifie précisément que, dorénavant, tous les développements affecteront le monde entier et que le monde entier participera, directement ou indirectement, à tous les développements.

 

Il reste à décider l'essentiel, à savoir la forme de cette histoire commune

 

Or la forme est décidée par le politique. Il peut imposer trois configurations et trois styles très différents à l'unification mondiale de l'histoire. Le style "impérial" est dominé par le conflit, la guerre et la domination. Le style "concertant" imite le Concert des Nations européennes mis en place entre les traités de Westphalie et la Première Guerre mondiale et vise l'équilibre planétaire par des efforts renouvelés de rééquilibrage. Le style "politique" s'efforce à l'unification non seulement des histoires, mais encore des sociétés politiques en une "politie" planétaire unique. Nul ne sait vers quels style et configuration l'histoire incline et auxquels elle se résoudra, car des indices multiples plaident en faveur de chacun des trois. C’est cette indécision provisoirement irréductible qui inspire le sentiment général que l'humanité ne sait plus où elle en est ni encore moins où elle va. On peut, du moins, le présumer et s’attacher au repérage des indices, dans la persuasion que l’état actuel du monde en reçoit un éclairage instructif.

auteur: Jean Baechler
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sur contre-feux.com

de Willy Gardett le 17/04/2008 à 13h15
L'esprit des lois contre la mondialisation

Etre citoyen du monde, comme le suggère le troisième style, le style politique, suppose la mise en place d'un super Etat, d'un Leviathan démesuré et monstrueux.
La culture est la véritable nature de l'homme, en ce que ce dernier est évolutif, qu'il dispose d'une souplesse cognitive lui permettant de s'adapter à son environnement. Montesquieu le démontre dans L'esprit des Lois : jamais la même culture, même démocratique, ne pourra s'imposer au monde entier sans le recours à un impérialisme guerrier.
"L'enfer est pavé de bonnes intentions". La moralité, en politique, se juge à l'aune des moyens. Et non pas des fins, toujours universelles et prétendument vertueuses.

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