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Parlement Roumain
La palais du Parlement roumain à Bucarest  / Mele 22 (Wiki-Commons)

Elections législatives en Roumanie : une étrange ambiance...

Une curieuse ambiance règne en Roumanie, faite d’un mélange d’indifférence aux résultats du vote des législatives du 30 novembre et d'un désabusement généralisé.

Le jeudi 27, l’ultime répétition bat son plein : la circulation est totalement bloquée autour de l’Arc de Triomphe pour plus de deux heures. Défilé de tanks, enfants chantant des chants patriotiques. Les chauffeurs de taxi râlent, les embouteillages habituels ont atteint des proportions insupportables. La ville de deux millions d’habitants et près de deux millions de voitures en circulation est bloquée.

 

Bucarest ne s’est pas encore convertie aux économies d’énergie : il pleut, la température oscille autour de 5 degrés, tous les bâtiments publics sont surchauffés, instituts, universités, hôtels, restaurants… Chauffage extrême et fenêtres ouvertes. Ceux des Bucarestois qui se souviennent des derniers hivers sans chauffage des temps de Ceausescu en fin de régime, il y a près de vingt ans, vous expliqueront qu’on ne peut pas retourner en arrière et supporter de nouveau le froid…

 

Un passé obsédant

 

Et pourtant, la mémoire obsède : le passé et sa relecture sont au cœur du débat politique, à travers les campagnes de déstabilisation de tel ou tel candidat à la Chambre des députés et au Sénat pour cause de passé communiste ou plus précisément de collaboration avec les fameux services de renseignement de Ceausescu, avec la Securitate. Le président Basescu qui a lui-même une belle carrière de direction à la marine marchande avant la chute du régime en décembre 1989 - mais comme par miracle, pas de dossier dans les archives - a fait voter par le Parlement en 2006 la condamnation officielle du communisme.

 

Surprise ! Ce geste lui a valu le ralliement d’un certain nombre d’intellectuels vedettes des media. Mais cette démonstration n’interdit pas à des personnalités connues pour leur appartenance à la Securitate de se présenter comme candidats au Sénat sur la liste du Parti Démocrate /Libéral du Président. De telles "anomalies" ou contradictions font hausser les épaules des électeurs qui ont le sentiment de voir tourner un manège…

 

Des électeurs sceptiques et désabusés

 

Les anciens du système de l’avant 1989 glissent d’un parti à l’autre

Les anciens du système de l’avant 1989 glissent d’un parti à l’autre, des Libéraux aux Socialistes ou des Socialistes au parti présidentiel. Les programmes sont très proches. Il n’y a pas d’offre politique nouvelle. A Bucarest, nombreux sont ceux qui déclarent qu’ils s’abstiennent de voter depuis les élections locales de juin denier et qu’ils s’abstiendront dimanche. "Tous les politiques sont des voleurs auxquels la loi ne s’applique pas", déclare un chauffeur de taxi … "Salariés, nous sommes des esclaves", ajoute t-il. Un jeune universitaire spécialiste de sciences politiques expose qu’avec une importante abstention, l’électorat pourrait séduire de nouvelles forces politiques capables d’inventer de nouveaux projets ? La réflexion sur le vote blanc est nouvelle, ici.

 

Ce sont les instituts d’Histoire et de réflexion Civique qui portent la responsabilité de l’étude des archives qui s’ouvrent peu à peu. Ces Instituts entrent en compétition, leurs équipes dirigeantes étant liées aux camps politiques respectifs. L’Institut d’Histoire du Totalitarisme compte dans son bureau directeur des membres de l’Académie, ex hauts personnages de l’avant 1989, et de jeunes chercheurs qui s’efforcent de rester indépendants. Le Centre pour l’investigation sur les crimes du Communisme travaille avec soin sur les stratégies des élites post communistes, leur reclassement, leurs réseaux.

 

La crise économique ne fait qu'amplifier la situation

 

L’opinion, globalement, doute et se méfie des intellectuels : qui saura jamais ce qui se passe vraiment et ce qui s’est passé en décembre 1989, déclare une vendeuse, songeuse ? Quant à la crise financière, en dépit de signaux négatifs - augmentation des chiffres du chômage, en particulier- le pouvoir s’applique à rassurer. La population se persuade que les réserves des banques sont suffisantes…Mais les mauvaises nouvelles pleuvent : les travailleurs roumains en Espagne et en Italie perdent leurs emplois par milliers. Ce sont des euros qui ne seront pas envoyés au pays.

 

Abstention record et négociations entre les partis

Rappelons que le salaire minimal est de 137 euros par mois. Plusieurs usines ont suspendu depuis quelques semaines le versement des salaires… Le discours présidentiel est contradictoire : d’un côté, rassurant et de l’autre, inquiétant. Le président Basescu rend visite à des entreprises en difficulté dans le pays, de la Transylvanie à l’Est, à la Moldavie au Nord, soulevant la colère de ces mêmes entreprises car trop de sollicitude engendre une image négative de fragilité.

 

Résultats ? Abstention record et négociations entre les partis... L’inquiétude économique et la faible crédibilité des politiques auprès de la population entraînent des pics de violences interpersonnelles et des bagarres violentes entre colleurs d’affiches. Les images de candidats se jetant des verres à la face en pleine émission de TV, les images des militants battus, ensanglantés font la une de la chaîne de grande audience, Realitatea, de manière quasi continue…

 

Les étudiants de Bucarest ont reçu des billets de train gratuits pour aller voter dans leurs lieux de naissance. Mais les guichets de la gare du Nord sont pris d’assaut, voyageurs et étudiants manifestent leur colère, calmée à coup de gaz lacrymogènes.

 

Le dimanche 30 novembre, les Roumains votent dans une surprenante excitation, sans passion. Le taux d’abstention est record pour le pays depuis les premières élections post communistes de 1990, 39,26% de suffrages exprimés. Avec une élection au suffrage uninominal, les résultats donnent gagnants les Socialistes 33,09% des voix à la Chambre et plus de 34% au Sénat. Ils sont suivis de près par le parti du Président Basescu, avec 32 et 33,5% des suffrages. Le parti libéral se tient autour des 18% pour les deux chambres.

 

Reste au président à nommer un premier ministre et à former le gouvernement : les programmes étant quasiment identiques, tous les scénarios sont ouverts, toutes les combinaisons possibles !

auteur: Catherine Durandin
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