Et si l'élection d'Obama ne changeait rien ?
|
ANALYSEPolitique étrangère : que peut changer Obama ?POLEMIQUE"Obamania" : la fête sera bientôt finielire le dossier |
LES ARTICLES LES PLUS :
Economie
Pour surmonter la crise, Messier et Madelin misent sur le web porno !
lire l'article
Politique
Pourquoi je pense qu'Obama ne sera pas élu
lire l'article
THEMES :
- Afghanistan
- Afrique
- banques
- Berlusconi
- Betancourt
- capitalisme
- changement climatique
- Chine
- cinéma
- climat
- Clinton
- conflit
- crise financière
- crise économique
- croissance
- Delanoë
- démocratie
- Elections
- emploi
- environnement
- Etats-Unis
- Europe
- finance
- France
- gauche
- guerre
- génocide
- géopolitique
- histoire
- immigration
- Inde
- inflation
- Internet
- Islam
- Israël
- Italie
- Jeux Olympiques
- justice
- libéralisme
- littérature
- mafia
- McCain
- mondialisation
- médias
- nucléaire
- Obama
- Occident
- OTAN
- Palestine
- pauvreté
- philosophie
- politique économique
- politique étrangère
- Primaires américaines
- PS
- pétrole
- Recherche
- religion
- retraites
- Royal
- Russie
- réformes
- santé
- Sarkozy
- Taiwan
- terrorisme
- Tibet
- écologie
- élections américaines
- énergie
Et si l'élection d'Obama ne changeait rien ?
|
ANALYSEPolitique étrangère : que peut changer Obama ?POLEMIQUE"Obamania" : la fête sera bientôt finielire le dossier |
International
Jean Hatzfeld : "La Shoah m’a beaucoup servi pour travailler sur le Rwanda"
Première partie de notre entretien avec Jean Hatzfeld dont le dernier ouvrage, La stratégie des antilopes (Seuil, 2007), dernier volet de sa trilogie sur le Rwanda, a obtenu le prix Médicis en 2007. Il nous parle ici très librement de son choix d'écrire sur le génocide rwandais, de son rapport intime à la Shoah ou de son dégoût face à l'histoire humaine.
Votre trilogie a été saluée unanimement, et à juste titre, comme un évènement littéraire, et a reçu aussi bien des prix que l’attention du public. Mais étant donné l’atrocité du sujet, est-il possible que son auteur soit réellement satisfait ? Le succès d’une œuvre qui relate les terribles souffrances vécues par d’autres peut-il être vécu comme tel ?
Oui, et c’est même délibéré de ma part d’avoir tenté cette entreprise littéraire. Non pas du tout pour les honneurs, et non pas du tout à cause d’un désir de reconnaissance. Ca n’a rien de personnel. C’est même le point de départ de mon travail. C'est-à-dire, je suis journaliste au départ, et en tant que journaliste, je vis un échec : l’incapacité pour tous les journalistes que nous avions été, après le génocide en 1994 dont les actualités ont été suivies, à affronter cet évènement qu’a été le génocide. Incapacité à faire ce travail qui consiste à faire l’intermédiaire entre l’évènement dans lequel sont pris ces gens-là et les lecteurs qui assistent à cet évènement.
Et donc, devant cet échec j’ai pensé, intuitivement d’abord, qu’il fallait écrire différemment sur ce génocide, qu’il fallait abandonner la casquette du journaliste pour emprunter une autre casquette, et écrire différemment. C'est-à-dire faire de la littérature, essayer de rentrer par la porte de derrière quand on n’a pas pu rentrer par la porte de devant. Cet échec du départ, il procède à la fois de l’incapacité des journalistes face à l’évènement à se comporter, c’est à dire à l’accepter. Mais il procède aussi de l’incapacité des lecteurs à accepter cet évènement. Parce que dans l’information, il y a une émission et une réception. Quand la réception ne fonctionne pas, l’émission ne peut fonctionner. Donc les deux sont défaillants. C'est-à-dire, qu’on n’est pas capable de recevoir un génocide. On n’est pas capable de l’accepter, on l’a vu aussi avec le génocide juif, il avait fallu attendre vingt ans pour commencer à l’accepter. Il y a donc défaillance de tout un système d’information, celui des journalistes. Et il faut émettre différemment pour être reçu différemment. Il ne fallait plus employer cette ligne droite qui est celle des journalistes, mais un chemin tortueux. Et donc pour répondre à votre question…
Vous avez considéré que le succès de cette entreprise serait d’augmenter la capacité du public à entendre ce qui s’est vraiment passé.
Voilà. Quand on me demande si c’est moral ou décent de faire de la littérature avec cet évènement, je dis oui. Oui parce que mon but, ce n’est pas d’avoir une reconnaissance littéraire ou de montrer qu’on peut faire de la littérature, mais d’emmener un petit peu plus loin le lecteur, par la littérature, dans cet univers qu’est celui du génocide, avec son atmosphère dégoutante, il va rencontrer des personnages, Fulgence, Tueur, Berthe, Claudine, Innocent, tous ces rescapés… Il va les écouter d’une manière qui n’aurait pas été possible sous une autre forme littéraire.
Vous êtes allé pendant plus de dix ans dans une région où vous êtes parfaitement étranger en recueillant des témoignages de gens qui ont subi des horreurs, desquelles vous étiez parfaitement à l’abri. Un rescapé vous parle même de cet écart entre vous. Est-ce que cet écart n’était pas infranchissable et ne justifiait pas un malaise, soit de votre part, soit de la part des interviewés ?
Mais aucun malaise de votre part ?
Non, pas au départ. Au début il n’y a pas de malaise de ma part. Enfin il y avait un premier malaise qui est celui de l’échec. Parce que moi j’y étais en 1994, juste après les tueries, mais j’étais comme journaliste, envoyé spécial, reporter. Donc j’ai évidemment éprouvé un malaise en revenant parce que je me suis rendu compte en revenant que j’avais échouer parce que, comme tous mes confrères et consœurs, j’avais parlé à peu près de tous les protagonistes de l’histoire, donc cette communauté de Hutus qui s’en allait au Congo, les troupes du FPR et du KKB qui rentraient dans le pays, les casques bleus, les Français, les humanitaires, les Onusiens. On parlait de tout le monde sauf d’un protagoniste : le rescapé. Il avait complètement disparu de nos récits, de nos reportages. Il n’était plus là. Et ça m’avait rappelé ce qui s’était passé en 1945. En 1945, quand vous lisez la presse anglophone ou francophone de 1945 à 1946, on parle de tout, on parle des bombardements de Brest, de Stalingrad, de l’Allemagne. Mais il y a un protagoniste qui n’est pas là. Il viendra plusieurs années après, mais il a fallu attendre 1958 pour que le livre de Primo Levi apparaisse, il a fallu attendre 1961 le procès Eichmann, pour qu’on commence- mais en 1945, il n’est pas là. Comme je savais tout ça j’ai immédiatement fait le lien entre les deux évènements en me disant que l’histoire ne se reproduit jamais, mais des fois un petit peu quand -même. Donc il y a un premier malaise, c’est ce malaise d’avoir fait trois mois le journaliste et d’avoir oublié le protagoniste essentiel qui est au cœur de cet évènement, qui est le rescapé. Donc ça c’est un premier malaise, intellectuel.
Après, il y a ce malaise de la rencontre avec les rescapés, qui tous et toutes refusent de parler, de manière assez polie d’ailleurs. Moi, il m’a fallu plusieurs mois juste pour tourner dans le Rwanda et rencontrer des rescapés. Donc c’est un long travail pour moi, un long malaise si je puisse dire. En plus il y a des malaises plus généraux, qui sont ceux d’être français, ou d’être blanc ; c’est toujours compliqué d’être blanc et français dans un pays où la France est impliquée.
A un certain moment je me suis dit qu’il il faut tout de même s’arrêter quelque part. Alors - je ne raconte pas tous les détails, parce que c’est lié aussi à la rencontre avec une femme - je me suis arrêté dans ce village de Nyamatar. J’ai décidé de travailler dans ce village. J’ai décidé de travailler avec les 14 premières personnes qui accepteraient de travailler avec moi. J’ai travaillé comme ça pendant 10 ans, avec ces personnes dans un premier temps et après il y eu les tueurs.
Vous avez parlé de votre « attraction » et de votre « excitation » par rapport à la situation où vous vous êtes trouvés. Un rescapé avoue accepter de vous parler parce qu’il ressent votre besoin d’entendre et votre désir de savoir. Pourriez-vous développer les raisons de ce désir ? Et en réalité, votre intérêt se portait-il plutôt sur le Rwanda et sa situation spécifique, ou sur la réalité d’un génocide ?
On voit très bien à la manière dont on vous le raconte que c’est comme un travail, ça vous rappelle exactement la machine nazi, la machine Hitler, ce n’est pas du tout une histoire d’affrontement. Donc il y a un travail d’extermination, de tuerie totale. Et c’est là où on devient fasciné. Mais les motifs de l’intérêt, de la fascination sont très ambigus. A la fois il y a l’idée qu’on est en face d’un évènement inouï, parce que des génocides il n’y en a quand même pas beaucoup. C’est quelque chose d’extraordinaire d’avoir été personnellement confronté à ça, même si c’est très indirectement et de loin. Et puis parce que, quand on commence à y mettre la main, il y a ensuite le bras qui est pris, puis l’épaule etc.
Il y a deux attitudes face à un génocide. Il y a des gens qui pensent c’est un mal absolu et tournent la tête. Et puis il y a d’autres qui mettent le nez, la main, et qui après sont obsédés par ça. Moi je me situe plutôt dans la deuxième démarche. C’est quelque chose sans fin. A chaque question arrive une réponse qui suscite deux questions. On est face à des gens… (silence). Si vous voulez, pour répondre, le plus gros malaise que j’ai éprouvé, ce n’est pas au début, c’est plutôt vers le milieu, c’est de me retrouver toujours face à des gens qui sont abimés. Parce que ces personnes avec qui j’ai maintenant des liens solides que ce soient Innocent ou Sylvie, Cassius ou Angélique, ce sont des gens abimés, très abimés. Ils sont abimés parce ce qu’ils ont vécus, ils ne sont plus exactement eux-mêmes. On n’a pas affaire à des personnes qui sortent de Palestine, de Tchétchénie ou du Congo, qui ont perdu quelque chose mais qui sont toujours elles-mêmes. Là ce sont des personnes abimées et qui l’expriment très bien, et c’est ça le malaise en fait.
On me dit : « est-ce que vous n’êtes pas révolté, est-ce que vous n’êtes pas en colère, est-ce que vous n’êtes pas déprimé », et je dis non, le sentiment qui domine, quand je reviens de là-bas ou que je suis là-bas, c’est le dégoût. Je suis dégoûté, de tout. On est dégoûté par l’histoire, on est dégouté par les gens. Ils vous dégoûtent, ils ne vous révulsent pas, mais il y a quelque chose de dégoutant dans cette histoire là. Dans un génocide, il y a une impression de dégoût, c’est ça le plus gros malaise qui est permanent. Ce que les gens vous racontent est dégoûtant, vous voyez des attitudes qui sont dégoutantes, des relations qui sont dégoutantes. C’est plus le dégout que la révolte, la colère ou la dépression. Et c’est assez prenant en fait.
Avez-vous eu le sentiment de revivre la Shoah, comme par écho ?
Un petit peu. Il est certain que la Shoah m’a beaucoup servi pour travailler. Donc au départ, effectivement déjà en 1994, en septembre, quand je m’aperçois qu’on s’est tous trompé, j’ai ce souvenir de ce qui s’était passé au moment de la Shoah. C'est-à-dire l’incompréhension du monde, quelques furent les personnages, politiques, journalistes, ou même civils, de comprendre ce qui se passait. C’est d’accepter l’évènement Shoah. Par exemple, pour parler de la France, c’est à la fois la population française, et même la résistance française, les journalistes français, qui ont été incapables de comprendre la Shoah. Donc ça c’est fondateur dans mon travail, c’est de savoir que ça a déjà eu lieu.
Il était aussi important que cela ne s’arrête pas à des choses trop factuelles, qu’est-ce qui s’est passé réellement, et s’arrête là. Puisque ce qui caractérise un génocide est le comportement. Il faut voir comment on vit avec cela après, voir à quel point quelqu’un qui sort d’un génocide, qu’il soit tueur ou rescapé, se comporte différemment de quelqu’un qui sort d’une guerre. Puisque la culpabilité est déplacée. A partir de là, je commence à travailler en lisant énormément sur la Shoah, c’est même ma seule lecture. Je ne lis rien sur le Rwanda, rien sur l’Afrique, rien sur le génocide tutsi au Rwanda, rien. Je ne fais que lire les livres sur la Shoah. Et ces lectures nourrissent beaucoup mes questions.
Je fais donc ces allers-retours entre ce village où je rencontre des gens, je parle avec eux, j’enregistre les discussions, et Paris où je décrypte tout ça. C’est un aller-retour qui va durer pour le premier livre environ deux ans et demi, où j’alterne comme ça séjours à Paris avec des lectures, séjours à Nyamatar avec des discussions. C’est comme ça que je procède.
|
auteur: Emmanuel Ioannidis en savoir plus sur l'auteur |
Créez votre profil
pour noter, réagir
et écrire
sur contre-feux.com
|
Les questions posées sont très pertinentes et l'article donne envie de lire cet ouvrage,même s'il fait référence à des évènements passés; mais est-on jamais à l'abri d'un génocide ? | |||
répondre à cette réaction
|
noter cette réaction |
signaler un abus
|
|
|
|
est-on jamais à l'abri d'un génocide ?
Vaste question... et nous avons peut-être un futur génocide en train de se préparer juste devant nous... L'indépendance du Kosovo proclamait ce dimanche (17 février 2008), porte peut-être déjà en elle tous les germes d'une barbarie future. Le Kosovo est une terre ancestrale serbe, haut lieu sacré pour les chrétiens orthodoxes. Aujourd'hui, ce pays abrite 90% d'albanais, 10% de serbes seulement... Dans un pays dont le PIB par habitant est inférieur à celui de la Moldavie... combien de temps l'ONU et l'OTAN parviendront-ils à maitriser le pays??? | ||
répondre à cette réaction
|
noter cette réaction |
signaler un abus
|
|
|
|
Indépendance du Kosovo
A ce propos, lire l'article Quels défis pour le Kosovo indépendant ?, et y continuer le débat sur ce sujet... | ||
répondre à cette réaction
|
noter cette réaction |
signaler un abus
|
|







