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International
Ergenekon ou la version turque du Gladio
Depuis quelques mois, un procès de grande ampleur occupe l’opinion publique en Turquie. Il est sans précédent dans l’histoire politique turque et s’il aboutit, le champ politique du pays peut subir des transformations profondes en terme de démocratie. Or, curieusement, on en a très peu parlé en Europe...
En juin 2007, dans un quartier bidonville d’Istanbul (Ümraniye), plusieurs grenades, de la TNT et des mécanismes permettant de préparer des bombes ont été retrouvés dans une maison. Au début considéré comme une affaire des groupes terroristes habituels (extrême-gauche, kurde etc.), l’incident a vite révélé un groupe de crime organisé intégré au sein de l’Etat et soutenu par de hauts responsables militaires et civils.
Se nommant Ergenekon, en référence au lieu du mythe (1) de la naissance de la nation turque, ce groupe, intégré au sein de l'Etat, s’est considéré comme le défenseur de la République laïque
Et par ricochet, il a entrepris des actions contre les "ennemis intérieurs", globalement les islamistes et les kurdes, mais surtout contre le gouvernement actuel accusé de miner les fondements de la République laïque d’Atatürk.
Comparable à l’opération Gladio en Italie qui s’était attribuée la mission de parer la menace communiste, l’organisation Ergenekon avait pour objectif de contrer l’Islamisme en provoquant des coups d’Etat ou en menant une stratégie de tension pour acclimater favorablement l’opinion à un tournant autoritaire du régime. Elle bénéficia de l’appui de plusieurs hauts responsables des services secrets civils et militaires. Selon le rapport du procureur, ils sont tenus responsables de deux attentats à la bombe, l’une au Conseil d’Etat, l’autre au journal Cumhuriyet, bastion des kémalistes ainsi que de nombreux assassinats parmi lesquels on trouve des hommes d’affaires kurdes, des intellectuels et des journalistes.
D’après l’accusation, dans l’objectif de semer le trouble dans le pays et de déstabiliser le gouvernement en place, ils ont procédé à l’élimination de certaines figures emblématiques des milieux kémalistes en faisant croire à des attaques islamistes. Depuis un an, plus de 80 personnes ont été mises en garde à vue et parmi elles deux généraux retraités dont l’un était le chef général de la gendarmerie et président de l’Association de la pensée Atatürkiste.
Ce procès révèle plusieurs dimensions esssentielles du fonctionnement du champ politique turc
Il montre d’abord à quel point les groupes clandestins, d'anciens mafieux, des militaires voire certains milieux intellectuels sont entremêlés dans la protection des intérêts des élites existantes, profondément attachées à l’héritage d’Atatürk, et allant jusqu’à des actes illégaux et criminels.
Ensuite, cet événement montre le degré du clivage entre les kémalistes et les "islamistes modérés". Certaines personnes au sein de l’armée, conscientes de l’impuissance de l’armée à intervenir en raison de la candidature de la Turquie à l’Union européenne, n’hésitent pas à entrer dans la clandestinité pour sauver l’héritage d’Atatürk, devenu carrément un culte. D’ailleurs, un des retenus du procès Ergenekon criait vers les journalistes en disant qu’il a été incarcéré en raison de son amour pour Atatürk.
En fin de compte, personne n’est étonné de l’existence d’une telle structure
La présence de telles organisations et relations sont connues depuis de longues années (dans les années 90, une histoire semblable appelé Susurluk a été révélée mais étouffée très vite). Ce qui est étonnant est le courage enfin trouvé pour purger l’Etat de ce type d’organisation clandestine. Reste à savoir si le gouvernement de l’AKP est capable d’aller jusqu’au bout dans cet affaire. Fragilisé par le procès de la Cour constitutionnelle pour sa fermeture (la Cour a considéré le parti comme le centre des actions anti-laïques sans pour autant décider sa fermeture), l’AKP a perdu pour le moment ses atouts pour pouvoir changer la Constitution autoritaire de 1982. Il n’a donc presque aucun soutien parlementaire de la part de l’opposition.
De plus, dans son nouveau départ, le parti souhaite améliorer ses relations avec l’armée. Il se peut qu’un accord tacite entre eux puisse conduire le gouvernement à s’arrêter à un moment donné dans le procès Ergenekon, afin de ne pas dévoiler les noms des responsables de cette organisation. On se limiterait alors à la condamnation de quelques seconds couteaux dans cette immense structure du crime organisé, avec le souci de calmer l’opinion publique.
Le procès commence cet octobre et on verra jusqu’où les acteurs politiques en Turquie sont capables de se procurer des "mains propres". Les responsables politiques européens feraient bien de s'y intéresser s'ils veulent mieux comprendre le fonctionnement politique turc.
(1) Ergenekon : du nom d'une petite vallée mythique en Asie centrale d'où les Turcs auraient entamé leur "conquête de l'ouest", il y a dix siècles.
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auteur: Gülçin Lelandais en savoir plus sur l'auteur |
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Kangourou
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Ca s'appelle le terrorisme sous fausse bannière...
... et ça a été très bien décrit par Webster Tarpley, qui si je ne m'abuse a été un des maillons de la mise à jour de Gladio. Aujourd'hui, Webster Tarpley est très énervé sous le 11 septembre... Un fou conspirationniste, forcément! | |||
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BRAVO à GÜLCIN HANIM
Je suis Turc francophone, attaché aux valeurs Kémalistes. Sans Mustafa Kemal Ataturk, nous ne serions pas nés libres et égaux. Sans Kemal, la Turquie serait une province française, anglaise, italienne, russe ou grecque. Kemal est d'abord le héros de la guerre de libération du peuple Turc contre les puissances colonialistes occidentales. Je suis contre l'entrée de la Turquie dans l'union européenne colonisatrice. Kemal est le plus grand révolutionnaire anti colonisation de la planète! C'est le fondateur de la République Turque Laique et moderne. Je n'en finirai pas de raconter les exploits de ce héros, objet de culte pour l'infini. Je ferai tout pour lui ressembler le plus possible. C'est notre père! | |||
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Qu'est ce que Gladio?
Pour ce qui ne savent pas, Gladio appelée aussi"Super-Otan"(Glaive en italien) désigne le réseau italien des stay-behind, cette structure clandestine de l'OTAN créée après la Seconde Guerre mondiale pour parer à une menace d'invasion soviétique. On désigne couramment par ce nom l'ensemble des armées secrètes européennes, dont l'existence a été révélée publiquement le 24 octobre 1990 par le Premier ministre italien Giulio Andreotti. | |||
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