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La France réintègre le commandement militaire de l'OTAN
France - OTAN : précisions sur un malentendu

Les medias et certains hommes politiques ont parlé du "retour" de la France dans l'OTAN, à la suite du dernier sommet de l'organisation à Bucarest début avril. Le terme est impropre historiquement parlant : une mise au point s'impose.

Le sommet de l’OTAN qui s’est tenu du 2 au 4 avril à Bucarest (la Roumanie est partenaire de l’OTAN depuis 2004) a été marqué par la présence de George W. Bush et celle de Vladimir Poutine : ce dernier Ã©tait invité dans le cadre du partenariat OTAN - Russie signé en 2007. A Bucarest, la présence de Nicolas Sarkozy a été peu médiatisée mais deux thèmes centraux sont cependant ressortis des médias roumains : le retour de la France dans l’OTAN et l’opposition de Paris à l’élargissement de l’alliance à l’Ukraine et à la Géorgie. Ces deux informations, sans être fausses, sont largement réductrices et entraînent un malentendu réel. Une mise au point s’impose.

 

Le retour de la France dans l’OTAN…

 

La formule de "retour" dans l’OTAN induit en erreur : jamais la France, pays demandeur de la protection américaine en 1947 tout comme le fut la Grande Bretagne, n’a quitté l’Alliance Atlantique nouée en avril 1949. En 1966, soucieux de conserver un espace de souveraineté de décision et de commandement, le général de Gaulle s’est adressé au président Johnson pour signifier le retrait français des structures de planification militaire de l’OTAN. Ainsi, aujourd’hui, la France, membre du Conseil de l’Atlantique Nord ne participe pas au Comité des plans de Défense ni au Groupe des plans nucléaires. Ce geste de 1966 s’est inscrit dans le cadre des tensions franco américaines de ces années où la France de de Gaulle condamnait fermement la poursuite de la guerre au Vietnam. Pour de Gaulle, cette guerre ne pouvait avoir d’issue militaire. Ces tensions n’ont pas entamé la loyauté du général de Gaulle vis-à-vis des Etats-Unis au fil des crises de guerre froide : De Gaulle est le premier à avoir soutenu la position raide de J. Kennedy face à Moscou lors de la crise de Cuba en octobre 1962, sans réserve aucune.

 

Alors pourquoi cette formule de "retour" ?

 

Le rapprochement avec les instances militaires de l’OTAN date de 1995 : Paris, en pleine guerre balkanique de Bosnie- Herzégovine, réintègre le Comité Militaire. En 2004, la France comptait 170 personnes dans des postes de commandement de l’OTAN. Le processus s’est confirmé depuis le début de la présidence de Nicolas Sarkozy et devrait aboutir en 2009 à une réintégration de l’ensemble des structures militaires.  Cette évolution qui date de 1995 émane de deux constats principaux : en dépit des efforts de mise en place de la politique européenne de sécurité et de défense (PESD), les alliés de l’UE n’ont pas les moyens d’une défense autonome. Et, la guerre qui se poursuit sur le terrain afghan témoigne d’un effort collectif de l’OTAN dont la France n’entend pas se dispenser : forte de 1500 hommes sur le terrain afghan, la présence française va se trouver augmentée très prochainement de près de 1000 hommes supplémentaires. La question de la réintégration dans l’ensemble des structures militaires de l’OTAN est donc liée à un choix  politique de gestion de sécurité.

 

Cette politique ne relève pas d’un alignement passif sur les décisions de Washington

 

Les orientations de Paris pour le futur de l’OTAN diffèrent des options américaines : or, l’OTAN fonctionne largement sur la base de la recherche du consensus entre les pays membres. Paris est tombé d’accord avec les alliés et Washington sur un élargissement de l’OTAN à l’Albanie et à la Croatie - la Grèce s’est opposée à l’entrée de la Macédoine - mais a repoussé le projet américain d’intégration rapide de l’Ukraine et de la Géorgie. La vision de l’extension de l’OTAN à l’Ukraine est partagée par l’administration républicaine et par des démocrates tel que Zbigniew Brzezinski. Elle est rejetée par Paris : plus de 70% des Ukrainiens sont opposés à l’entrée dans l’OTAN. Est-il opportun dans ce contexte de soulever la colère et les représailles éventuelles de Moscou ? Cette analyse française est partagée et soutenue par Berlin, fortement dénoncée par contre par la Roumanie accueillant le sommet.

 

Pour l’avenir, l’articulation entre une future défense anti-missile des pays de l’Alliance et les choix bilatéraux anti-missiles de Washington qui a négocié avec la Pologne et la République Tchèque l’installation de sites de missiles intercepteurs et de radars sur ces territoires respectifs, préoccupe la France. Le projet "otanien" de construction d’une défense antimissile protégeant les territoires des pays alliés, abordé depuis 2002 au sommet de Prague, est faisable mais très onéreux. La stratégie asti-missiles de Washington irrite profondément Moscou qui voit en ce dispositif destiné à contrer des menaces émergentes iraniennes, un signe d’agression. Paris se démarque de Washington et cherche à éviter l’installation en Europe d’un système anti-missiles entièrement américain.

 

Ces quelques précisions autour du sommet de Bucarest conduisent à estimer la formule de "retour dans l’OTAN" comme très réductrice et fallacieuse : la réintégration française dans les structures militaires devrait être un moyen - au sein de l’Alliance - de retrouver une voix qui compte pour les négociations du futur de l’OTAN.

auteur: Catherine Durandin
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de sophie n. le 18/04/2008 à 10h47
Issue militaire en Afghanistan

De Gaulle ne voyait d'issue militaire au Viet-Nam... est-ce que Sarkozy, ou quelqu'un d'autre, voit une issue militaire en Afghanistan??

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de Willy Gardett le 18/04/2008 à 14h33
A quand une armée européenne?

Merci pour ces précisions, qui, en effet, sont absentes de la presse quotidienne.
L'OTAN, comme vous le rappelez, a été crée en 1949, soit à l'aube de la Guerre Froide. Sa raison d'être devrait avoir disparu avec la chute du mur. Deux conclusions s'imposent:
- Soit la Guerre Froide n'a pas totalement disparu, ou en tout cas s'est recyclée dans des relations internationales faussement globalisées;
- Soit l'OTAN représente aujourd'hui une autre réalité que l'alliance des pays de l'Atlantique nord.
Elargir cette formation à l'Ukraine et à la Géorgie, deux pays d'Europe de l'Est, confirme la seconde conclusion. Il semble urgent de développer la PESD (politique européenne de sécurité et de défense), et se désengager progressivement d'une organisation qui ne reflète plus le contexte géostratégique.
C'est parce que la SDN a échoué dans sa tentative de créer le consensus sur les questions militaires que l'Europe fut le théâtre de la Seconde Guerre mondiale.
L'ONU est tout autant incapable d'être influente en matière militaire.
La CE doit donc assumer son rôle de contre pouvoir. Mais à 27, la partie des négociations n'est pas gagnée d'avance...

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de sophie n. le 18/04/2008 à 15h54
L'otan d'aujourd'hui n'est que le constat d'échec d'une europe de la défense

A la fin de la guerre froide, c'est le conflit Yougoslave qui a donné une nouvelle raison de vivre à l'Otan... elle seule disposait d'une capacité de réaction rapide, l'ONU ayant eu besoin de beaucoup plus de temps pour se mettre en marche.

Quand à l'europe, comme tu le dis dans ton commentaire, elle aura grand peine à créer une défense commune à 27. Au final, pourquoi se désolidariser de l'OTAN alors qu'elle repose sur une collaboration longue, négociée et dans laquelle chaque état garde une certaine liberté. Elle est peut être la seule organisation militaire sur laquelle les pays occidentaux peuvent compter.

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de Gilbert le 29/04/2008 à 09h55

A quand une armée européenne ? A Dieu ne plaise qu'il n'y en ait jamais une !
Foch, alors qu'il était commandant en chef des armées alliées en France, en 1918, a déclaré : "J'ai beaucoup d'admiration pour Napoléon depuis que je commande une coalition".
Si nous construisions une armée européenne, ou un système de défense européen, il serait inefficace pour les raisons suivantes (en vrac) : problèmes linguistiques, partage du commandement, intérêts des uns et des autres. C'est cette même raison qui explique que, d'ailleurs, on n'arrive pas à se mettre d'accord sur des programmes d'armements communs, ou qu'on ait tant de mal à se mettre à plusieurs pour sortir un avion ou un hélicoptère.
L'Otan d'une part, le Pacte de Varsovie d'autre part, n'ont pu exister que grâce à la puissance - et donc l'autorité - que les EU ou l'URSS étaient en mesure d'exercer sur les "ouailles" respectives.
Cela montre l'inanité de toute cette histoire de défense européenne, utopie dangereuse et irresponsable qui n'est qu'une figure de rhétorique au milieu de toute la propagande européiste qu'on nous assène jour après jour.
Il faut avoir le courage de le dire aujourd'hui, maintenant que le l'URSS a sombré et que le Pacte de Varsovie n'existe plus : L'OTAN NE SERT A RIEN CAR SON INEXISTANCE NE SE JUSTIFIE PLUS !!!
Alors pourquoi y a-t-il l'Otan ? Certainement pas en raison de la crise balkanique de 1995, qui fut instrumentalisée notamment par l'Allemagne et les Etats-Unis, ces derniers voulant créer un foyer de tension en Europe dans le double but d'affaiblir celle-ci et de se poser en arbitres (autrement dit, de fourrer leur nez dans des affaires qui ne les regardait pas...).
L'existence de l'Otan s'explique en définitive pour cette même raison : c'est le tramplin des Américains pour s'immiscer partout dans le monde, en Yougoslavie hier, en Afghanistant et en Irak aujourd'hui.
Se pose donc en dernier ressort le problème de la politique étrangère américaine. Et là aussi, il faut avoir le courage de dire les choses comme elles sont : LA POLITIQUE ETRANGERE DES ETATS-UNIS EST COMPLEMETMENT FOLLE !!!
Et ça ne date pas d'aujourd'hui. Wilson attendit jusqu'en 1917 pour intervenir en Europe, mais se dépêcha d'y envoyer d'un seul coup un millio d'hommes, pour pouvoir ensuite peser du poids et de la manière qu'on a vus dans les tractations de Versailles. Roosevelt réunissait secrètement ses ministres en juillet 1941 pour leur déclarer que si l'Allemagne gagnait, il faudrait s'allier à elle. Les Américains choisissaient de soutenir le Viet-Minh en 1945, et jusqu'en 1950, moment où la guerre de Corée les décida à nous aider en Indochine. Ce qui n'est pas sans rappeler leur aide apportée aux talibans, plutôt qu'à Massoud qui était pro-occidental, pour ensuite les combattre. Les Américains font n'importe quoi, au gré de ce qui leur semble leur intérêt immédiat, sans jamais se projeter dans le futur. De vrais idiots !
Et leur petit jeu en Europe est très inquiétant. Par le truchement de l'Otan, ils sont en train d'encercler la Russie qui n'est plus menaçante mais dont ils ont une peur irrationnelle. Le résultat est que la Russie est acculée entre une Europe centrale et occidentale ressentie comme hostile, et une Chine au développement hégémonique et dont on sait qu'elle va exercer des revendications sur la Sibérie orientale (donc la Russie) d'ici une vingtaine d'années - troisième guerre mondiale en gestation ! Alors que l'intérêt bien compris de l'Europe était de s'allier à cet autre pays européen qu'est bien évidemment la Russie, et sans que ce soit le problème des Américains. Mais leur unique dessein, en cette circonstance comme au moment des événements de Yougoslavie, et de diviser l'Europe pour régner sur elle.
Quant à la question posée par Sophie, relative à l'issue militaire de la guérilla talibane en Afghanistan, eh bien, non, nul ne peut sérieusement y voir de solution, sauf retournement de situation imprévisible aujourd'hui. C'est un pur conflit de guérilla qui oblige à une guerre sans front, comme en Indochine, comme au Vietnam, et on peut le régler qu'en occupant le terrain et en le quadrillant avec des centaines de milliers d'hommes. Coût de l'opération, en hommes, en moyens, en argent, en durée, en pertes humaines hors de portée de nos sociétés démocratiques... Comment on est-on arrivé là ? Grâce à cette double faute des Américains, 1) d'avoir soutenu les extrémistes islamistes alors qu'ils avaient le choix avec un autre parti, 2) d'être allés ensuite contre l'Irak, suscitant une réaction d'hostilité unanime dans le monde musulman, alors que l'invasion du Koweit ne gênait même pas l'occident puisqu'elle n'aurait pas empêché d'acheter le pétrole !!!...
Quel bilan accablant !

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de Willy Gardett le 02/05/2008 à 14h44
Une armée européenne pour une politique européenne.

Je comprends ton agacement face au tout Europe, mais comme tu le rappelles dans ton commentaire, la Chine, les USA, la Russie disposent d'une puissance militaire potentielle qui dépasse de loin les possibilités nationales européennes.
Il est donc urgent de construire une puissance militaire européenne, et ce pour trois raisons:

D'abord, pour renforcer le sentiment d'appartenance à l'Europe, qui existe et peut rassembler autour de valeurs communes. Il y a surement moins de différence entre un anglais et un français, même s'ils se sont toujours opposés, qu'entre un texan et un newyorkais.
Ensuite, pour rivaliser sur le même plan que les grandes puissances, condition sine qua non du maintient de la paix entre ces monolithes (Inde, Chine, USA, Russie).
Enfin, pour diminuer au niveau nationale les budgets de la défense et de l'armement, et augmenter à ce même niveau les budgets liés à l'éducation, au logement, à la lutte contr la précarité.

Cette armée européenne suppose un gouvernement européen. Ce dernier ne peut pas unir dans un premier temps les 27 membres de L'UE, mais ce n'est pas un problème: en 58, l'Europe ne comptait que six membres!
L'Europe économique a vu le jour au 20ème siècle;le plus dure reste à faire : l'Europe politique.

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