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Hemingway242 (Flickr)

Géorgie : de la guerre froide à la paix chaude…

Depuis plus d’une semaine, tous les regards se portent sur la Géorgie, ex république soviétique indépendante depuis 1991. Quels sont les enjeux de cette crise ? Et comment l'analyser : retour à la guerre froide ou guerre locale manipulée par les intérêts des grandes puissances ?

Le 19 août, en urgence, les 26 pays membres de l’OTAN se sont réunis pour traiter d’une guerre chaude, Géorgie contre Ossètes et Abkhazes séparatistes, et Géorgie contre les troupes russes venues soutenir ces populations et punir les Géorgiens conduits par leur président pro atlantiste.

 

Le plus simpliste : retour à la guerre froide ?

 

L’analyse la plus simpliste renvoie à une mémoire proche, la guerre froide, l’Ouest contre l’expansion de l’URSS communiste, "containment" (blocage de l’expansion russe) obligeait depuis 1947. Plusieurs éléments du scénario présent justifieraient cette approche : la Russie a décidé de réinvestir les espaces perdus lors de son éclatement en 1991 et de réoccuper son "étranger proche", Géorgie et Ukraine. Et tente donc de retrouver de l'influence dans l’espace de la Mer Noire, qui est en train de lui échapper. En effet, les Russes ont perçu comme des menaces immédiates les déclarations du sommet de l’OTAN réuni à Bucarest, début avril 2008, et notamment les promesses de Washington d’intégrer Géorgie et Ukraine dans l’OTAN.

 

La Mer Noire est intégrée dans un grand projet américain, "Grande Stratégie Mer Noire"

Car la Mer Noire est intégrée dans un grand projet américain de contrôle, intitulé "Grande Stratégie Mer Noire". Les Etats-Unis ont passé, depuis 2005, des accords avec la Roumanie et la Bulgarie et installé des bases dans ces pays membres de l’OTAN depuis 2004, ex partenaires du Pacte de Varsovie. Pour Moscou, la perspective "otanienne" d’une intégration de la Géorgie et de l'Ukraine a marqué la ligne rouge à ne pas franchir par les Occidentaux !

 

En dépit du rappel de la guerre froide, quand l’Ouest ne pouvait se permettre de toucher aux pays du Bloc Soviétique, et que Moscou ne pouvait se targuer d’installer des rampes de lancement à Cuba contre le territoire américain, la crise actuelle ouvre des enjeux que ni les Russes, ni l’OTAN, ni l’UE ne semblent en mesure de maîtriser aujourd’hui.

 

Droits des peuples à disposer d’eux-mêmes : jusqu’où ?


La crise - les forces géorgiennes investissent l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie, séparatistes depuis le début des années 1990  - pour les ramener sous le contrôle souverain géorgien, renvoie à des tragédies proches : l’armée de Belgrade investit en 1991 Slovénie et Croatie pour empêcher ces ex-Républiques de Yougoslavie d’accéder à l’indépendance, ou en 1998-1999, les Serbes mettent en œuvre une épuration ethnique anti-albanaise du Kosovo pour "nettoyer" ce territoire…

 

Une question brutale est posée : en 2008, le Kosovo a proclamé son indépendance unilatérale. Washington, Paris, Berlin et Londres reconnaissent cette indépendance. Ossètes et Abkhazes sont en droit de réclamer leur indépendance, de manière analogue… Paradoxe : les grandes puissances occidentales souscrivent à la demande du Kosovo mais rejettent celle des Ossètes et Abkhazes, en réaffirmant le respect de la souveraineté et de l’intégrité de la Géorgie ! Donc, le retour de ces populations dans le giron de Tbilissi. Les Géorgiens ont attaqué les Ossètes et aujourd’hui les Ossètes dévastent les villages géorgiens. On voit mal quel consensus imposer, sauf à envoyer des forces de contrôle sous l’égide de l’ONU, de l’OTAN et de l’UE.

 

Realpolitik de retour : des intérêts contraires, des ambitions partagées

 

Le sort de la Géorgie illustre les stratégies d'influence des grandes puissances en Mer Noire

Cette crise, et les opérations militaires régionales afférentes, témoignent des enjeux de grandes puissances qui prennent en mains les "destinées" des petits. Le sort de la Géorgie illustre ces manœuvres stratégiques : Moscou entend garder une présence en Mer noire, les Occidentaux souhaitent eux contrôler des espaces stratégiques (Mer Noire et Détroits vers la méditerranée orientale) et énergétiques, notamment l’oléoduc qui va de Bakou en passant par la Géorgie pour arriver à Ceyhan, en Turquie. Washington a beaucoup investi en Géorgie pour faire élire son client Saakashvilii à la présidence, à Tibilissi, en 2004. Washington, avec l’appui d’experts israéliens, a armé et entraîné l’armée géorgienne, avec un budget de 9% du PIB pour la défense. Enfin, Washington soutient la candidature de la Géorgie  pour l’OTAN.

 

De leur côté, les puissances de l’UE se divisent face à cette vision atlantiste de la Mer Noire et du rapport avec la Russie. Pour deux raisons : la Russie n’est pas perçue dans les grandes capitales européennes comme à Washington. Il faut compter avec les Russes, en ce continent eurasiatique. D’autre part, les  puissances européennes dépendent des approvisionnements en gaz naturel russe tout comme les Russes dépendent largement des marchés et technologies européennes.

 

Sous la présidence française depuis juillet, l’UE a donc proposé un plan en six points pour mettre un terme aux hostilités entre Russes, Ossètes, Abkhazes et Géorgiens, qui tient lieu de cessez le feu et ouvre des négociations futures sur le statut de l’Ossétie et de l’Abkhazie. Maîtres du terrain, les Russes, sous pression de Washington, souscrivent au cessez le feu, tout en s’installant dans les points clefs de Géorgie ! A la veille de la décision du président Saakashilii de lancer une opération en Ossétie du Sud, la Géorgie était un client des Etats-Unis et de l’OTAN. Aujourd’hui, ce pays se retrouve en tant qu’objet, négocié entre Washington, l’UE et  la Russie.

 

La guerre froide est  finie : nous sommes entrés dans une ère de guerres locales à la fois soutenues et contenues, en fonction des intérêts des grandes puissances, accrochées à des sphères d’influence. Les Russes tiennent à une part de Mer Noire...

auteur: Catherine Durandin
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sur contre-feux.com

de Willy Gardett le 20/08/2008 à 14h56
Quel droit international ?

Effectivement, cette guerre est avant tout locale.
Les média s'emparent de cette actualité en donnant l'impression d'un retour à la guerre froide pour créer l'évènement. Mais la réalité est tout autre : elle nous somme de nous poser la question de la souveraineté des "petites" nations, face aux colosses américains, russes, européens et dorénavant chinois.
Comme il n'y a pas de droit international positif reconnu par les nations, tout se passe comme si nous étions dans un droit de coutume international : Si les USA se sont permis d'envahir l'Irak, alors nous les Russes pouvons envahir la Géorgie !

Il serait temps de se pencher sur une législation universelle qui permettrait d'aller plus loin que la sdn ou l'onu !!

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