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Hu Jintao arrive au Japon le 6 mai 2008
Hu Jintao au Japon : réconciliation et pragmatisme au programme
Les médias français ont peu parlé de la visite officielle de Hu Jintao Ã  Tokyo début mai. C'est pourtant la première fois depuis dix ans qu'un président chinois foule le sol du Japon. Cette visite pourrait ouvrir une nouvelle ère dans les relations difficiles des deux géants asiatiques. Entre tensions persistantes et espoir de réconciliation, le pragmatisme l'emporte.

Le président chinois a effectué une visite officielle historique à Tokyo début mai, qui pourrait ouvrir une nouvelle ère dans les relations difficiles entre deux géants asiatiques. Pour la première fois depuis dix ans et la visite de Jiang Zemin en 1998, et pour la deuxième fois seulement depuis l’établissement de relations diplomatiques en 1972, un président chinois foule le sol du Japon. La visite de Hu Jintao, si elle est un événement pour les deux pays, est porteuse d’espoirs de réconciliation, mais masque difficilement dans le même temps les tensions persistantes entre les deux principales puissances asiatiques. Mais dans un contexte de besoin d’assistance mutuelle, le pragmatisme l’emporte.

 

Mettre fin à plusieurs années de tensions

 

Les tensions entre les deux pays étaient particulièrement vives sous le gouvernement de Junichiro Koizumi (premier ministre japonais de 2001 à 2006), très critiqué pour ses visites au sanctuaire de Yasukuni, qui provoquèrent à l’époque de vives réactions des voisins du Japon, au premier rang desquels la Chine. Le révisionnisme des manuels scolaires japonais, qui minimisaient les crimes de l’armée impériale lors de ses conquêtes sur le continent, faisant du massacre de Nankin un "incident" (1), avait même déclenché une vague anti-japonaise importante en Chine, et le gel des relations entre dirigeants des deux pays pendant cinq ans. Si certaines questions (qui figurent d’ailleurs au programme des rencontres entre les dirigeants des deux pays) restent encore sensibles, comme le désaccord sur l’exploitation de gisements de gaz en mer de Chine orientale et la qualité sanitaire des produits alimentaires chinois, après la découverte au Japon de raviolis chinois contenant des pesticides, les tensions appartiennent désormais au passé, et cette visite est une opportunité de tourner définitivement une page difficile.

 

L’ombre tibétaine

 

L’ombre tibétaine pèse cependant sur cette visite. Le passage de la flamme olympique à Tokyo s’est, à l’instar de Paris, Londres et San Francisco, mal passé, et de nombreux japonais se montrent très critiques de l’attitude chinoise. Les groupes de soutien à la cause tibétaine et les organisations d’extrême-droite, très hostiles au régime communiste de Pékin, se sont ainsi vus interdire des manifestations anti-chinoises pour ne pas perturber la visite de Hu. Cela n’a pas empêché quelques manifestants de défiler dans les rues de Tokyo en soutien aux Tibétains et aux Ouigours. Mais dans l’ensemble, c’est le profil bas que les officiels japonais ont choisi d’adopter.

 

Le Japon a besoin de la Chine…

 

Les raisons de cette attitude bienveillante du Japon à l’égard de la Chine relèvent de la realpolitik. A Tokyo, on s’efforce aujourd’hui de faire preuve d’un pragmatisme qui a fait défaut ces dernières années dans la relation avec la Chine. Signe de l’importance de ce séjour côté japonais, le président chinois va rencontrer l’empereur Akihito à trois reprises, fait rarissime même pour les invités de marque. Mais c’est surtout l’attitude du premier ministre japonais Yasuo Fukuda vis-à-vis de la Chine qui symbolise le pragmatisme retrouvé de Tokyo. Plus ouvert que ses prédécesseurs à un rapprochement avec les puissances asiatiques, réservé sur les manuels scolaires et n’inscrivant pas Yasukuni sur son agenda, le premier ministre japonais sait que le Japon a besoin de ses partenaires asiatiques, et qu’en s’aliénant la Chine, Tokyo pourrait rapidement se retrouver isolé, de nombreux pays asiatiques étant de plus en plus irrémédiablement attirés par les sirènes de la puissance en devenir. Sur un plan politique, le Japon sait que son objectif d’obtenir un siège de membre permanent au Conseil de Sécurité de l’ONU passe nécessairement par l’aval de Pékin. Sur le plan économique enfin, la croissance japonaise a retrouvé un dynamisme qui lui a fait cruellement défaut pendant une décennie, mais les hommes d’affaires japonais savent que la bonne santé de l’économie japonaise passe nécessairement par un rapprochement avec le gigantesque marché chinois. Jamais dans l’histoire récente le Japon n’a eu autant besoin de la Chine.

 

… et la Chine a besoin du Japon

 

Mais plus encore, c’est la Chine qui a actuellement besoin du Japon, et Hu l’a parfaitement compris. A quelques semaines de ses Jeux Olympiques, en pleine polémique sur la question tibétaine, et plus généralement en quête d’une reconnaissance sur la scène internationale, Pékin a plus que jamais besoin d’adoucir son image fortement ternie ces dernières semaines. La visite de Hu, son premier déplacement à l’extérieur depuis les émeutes de Lhassa, a ainsi valeur de test grandeur nature. Politiquement, Pékin ne peut se permettre de se faire de nouveaux ennemis. Par ailleurs, le Japon est un partenaire économique de poids pour la Chine, et le maintien de la croissance chinoise passe par une amélioration des relations commerciales avec Tokyo. Une réciprocité dans les besoins qui ne peut qu’imposer, au-delà de cette visite historique, un rapprochement durable entre les deux pays.

 

 

(1) Sur cette question sensible, lire la récente traduction de l’ouvrage de référence d’Iris Chang, Le viol de Nankin-1937 : un des plus grand massacres du XXème siècle (Payot, 2007)

crédit photo : xinhua.net
auteur: Barthélémy Courmont
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