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Kim Jong-il et ses officiers (Tableau, Musée historique, Pyongwon)
Flickr (Qin)

La Corée du Nord, dictature familiale

Le récent regain de tension dans la péninsule coréenne a remis la Corée du Nord au coeur de l'actualité internationale. L'occasion de se pencher sur l'organisation d'un régime totalement anachronique...

Il y a un an, Kim Jong-Il, convalescent après une attaque cérébrale, avait nommé son beau-frère Jang Song Thaek à la tête du comité national de défense, donnant ainsi des indices sur celui qui pourrait prendre les rênes du régime au cas où il disparaîtrait prématurément. A 67 ans, Kim Jong-Il offrait ainsi au mari de sa plus jeune sœur, âgé de 63 ans, un poste important qui pourrait augurer d’une transition en douceur vers l’un de ses fils, Jang assurant une sorte de régence. C'est l'occasion de nous pencher sur l’organisation d’une dictature familiale, souvent qualifiée de mafieuse, et qui reste anachronique au début du XXIème siècle.

 

L’organisation politique d’un régime stalinien

 

L’organisation politique nord-coréenne est assez simple. L’Assemblée populaire suprême est l’instance suprême du pouvoir. Mais c’est le comité de défense nationale qui prend véritablement toutes les décisions. Kim Jong-Il n’est pas chef de l’Etat, fonction "supprimée" en 1998, ou plus exactement décernée à Kim Il-Song "pour l’éternité". Kim Jong-Il n’est donc "que" dirigeant suprême du régime. Kim Yong-Nam, Président du Présidium de l’Assemblée populaire fait selon le protocole office de chef de l’Etat, et est le numéro 2 officiel du régime.

 

Le pouvoir est totalement tenu par le clan Kim

Derrière les noms pompeux de ses instances politiques, le pouvoir est totalement tenu par le clan Kim. Plus que par sa doctrine politique, c’est donc par son organisation politique que la Corée du Nord peut être qualifiée de régime stalinien. Un régime quasi monarchique, dans lequel la dynastie Kim s’est même inventée des liens de parenté avec les anciennes familles royales, un culte de la personnalité qui rappelle celui de Staline. Avec la grâce accordée à Jang, l’emprise familale se resserre encore davantage sur le régime.

 

Un régime mafieux

 

Qui dit dictature familiale suppose des moyens de gouvernance et de financement du régime plus que discutables. Dans le cas de la Corée du Nord, on note l’existence de filières mafieuses dans lesquelles le régime serait directement impliqué. Passée maîtresse dans l’art de la contrefaçon, la Corée du Nord produit (et exporte) des cigarettes en quantités importantes, et des objets de diverse nature, jusqu’aux missiles balistiques. Tout cela pour assurer le train de vie du clan Kim. N’aimant pas l’avion (et voyageant de toute façon peu à l’étranger), le "cher leader" circule ainsi dans un train luxueux spécialement aménagé, traversant ainsi les misérables campagnes de son pays. Il est par ailleurs amateur d’alcools de premier choix, de produits de luxe, et les estimations sur son train de vie, si elles restent très parcellaires, en font un dictateur très dépensier, ce qui justifierait la tentation mafieuse du régime.

 

Kim Il-Song, président pour l’éternité, et après ?

 

Kim Il-Song reste dans l’esprit des Nord-coréens le héros de la résistance face au Japon

Kim Jong-Il est très différent de son père. La devise de Kim Il-Song était "Le peuple est comme un dieu pour moi". Slogan certes ridicule, mais qui révèle les ambitions démesurées du "grand leader". Kim Il-Song reste dans l’esprit des Nord-coréens le héros de la résistance face au Japon puis aux forces internationales conduites par les Etats-Unis. Fondateur de toutes les institutions du pays, il avait des convictions profondes et croyait en une réunification de la péninsule sous l’égide du socialisme. Cela en faisait un dirigeant dangereux, car susceptible de s’engager dans des actions politiques sans anticiper les conséquences (comme ce fut le cas en 1950), et simplement pour des raisons idéologiques. Mais Kim Il-Song était un vrai chef d’Etat de la Guerre froide, et si la propagande le présentait comme "immortel", il ne pouvait survivre aux évolutions géopolitiques des années 90, dans lesquelles un dirigeant de son style n’avait plus sa place.

 

Kim Jong-Il : un dirigeant énigmatique

 

Son fils, Kim Jong-Il, ne peut tenir la comparaison

Moins ambitieux, son fils ne peut tenir la comparaison. Kim Jong-Il en serait à son quatrième mariage. Ses trois épouses précédentes sont décédées, la dernière en date, Ko Yong-hi, ayant succombé à un cancer en août 2004. Il aurait épousé, en août 2006, Kim Ok, son ancienne secrétaire. S’il convient malgré tout de rester prudent sur les informations le concernant, certains portraits étant eux-mêmes grossiers, Kim Jong-Il n’en demeure pas moins un chef d’Etat sans grande envergure ni ambition, sinon celle de maintenir ses privilèges. Cela ne l’empêche pas d’être un playboy, malgré son mètre soixante et sa coiffure qui fait souvent sourire, et de produire la quasi intégralité des films nord-coréens (on le dit très doué en matière de cinéma).

 

Il est, bien sûr, "l’auteur" d’un nombre considérable d’études sur l’art, l’ingénierie, la politique, les sciences… mais reste, en ce qui concerne sa carrure politique, dans l’ombre de son père. Il est d’ailleurs intéressant de noter la lucidité du "cher leader" sur ce point, qui entretient le véritable culte pour son père, et ne se présente que comme le défenseur du modèle nord-coréen. Reste à savoir si son successeur s’inspirera de cette "modestie" d’un dictateur héritier du prestige de son père.

auteur: Barthélémy Courmont
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