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Drapeau français brûlé
La haine de l'Occident (1)
Entamons un tour d'horizon de cette question, beaucoup plus complexe et dangereuse qu'on ne le croit, avec comme guide le livre de I. Buruma et A. Margalit, L'Occidentalisme. Une brève histoire de la guerre contre l'Occident (Ed. Climats)

Kyoto en 1942, une conférence réunit une série d'éminents érudits et intellectuels japonais. Son thème : "Comment se débarrasser de la modernité". Comme à Kaboul ou à Karachi en 2001, le mot modernité était déjà synonyme d'Occident. Comme maintenant, la faute en revenait déjà au capitalisme occidental, à l'irruption de la technologie moderne et aux notions de liberté individuelle et de démocratie. Tous convinrent que la culture traditionnelle japonaise était spirituelle et profonde tandis que la civilisation occidentale moderne était futile et superficielle, d'une froideur mécanique, et représentant exclusif par ailleurs du colonialisme.

 

La haine pathologique de l'Occident distingue des mouvements très disparates 

 

Bien que le Japon ne soit plus sa terre d'élection, la haine de tout ce qui est associé à l'Occident, symbolisé souvent mais pas toujours par les Etats-Unis, reste très forte dans divers pays et au sein de groupes disparates. Même si leurs buts politiques sont certainement incomparables, la détestation de l'Occident distingue aussi bien les musulmans radicaux, les nationalistes chinois ou russes, et même plusieurs mouvements extrémistes occidentaux, de droite comme de gauche. Ces symptômes, insignifiants et minoritaires en eux-mêmes deviennent, selon Buruma et Margalit, très inquiétants lorsqu'ils se transforment en véritable maladie. En effet, ne pas aimer la culture populaire occidentale, le capitalisme global, la politique étrangère américaine, la séparation de l'Eglise et de l''Etat, les grandes villes avec leurs libertés individuelles et leur permissivité sexuelle, l'impérialisme ou la mondialisation, n'est pas important en soi ; au contraire, la critique peut être légitime et même salutaire. Mais cette critique change du tout au tout si elle sert de motif à déclarer la guerre à l'Occident, source de toute décadence.

 

L'Occidentalisme est paradoxalement né en Europe

 

La critique contre l'Amérique comme civilisation superficielle, matérialiste et ethniquement impure vient d'abord de l'Occident

Les auteurs définissent par conséquent l'Occidentalisme comme la représentation déshumanisée de l'Occident qu'en donnent ses ennemis, telle une caricature utile uniquement à être détestée et haïe. Malgré ce qu'on pourrait croire, l'occidentalisme n'est nullement un problème propre à l'Islam radical. L'occidentalisme est en réalité né en Europe avant d'être adopté dans d'autres régions du globe. Il était déjà présent dans la lutte contre la Réforme et l'esprit des Lumières en Europe, dans de multiples formes de fascisme et de national-socialisme ou, plus récemment, dans les mouvements d'opposition au capitalisme et à la mondialisation.

 

La critique contre l'Amérique comme civilisation superficielle, frivole, matérialiste et ethniquement impure vient d'abord de l'Occident. Rappelons que Heidegger était l'ennemi juré de ce qu'il appelait l'américanisme qui selon lui vidait l'âme européenne de sa substance mais aussi l'obsession antiaméricaine du national-socialisme allemand (Hitler : "ce que j'éprouve à l'égard des Américains, c'est de la haine et un profond dégoût"). Mais occidentalisme ne rime pas avec antiaméricanisme; et les auteurs révèlent que l'idée de leur étude leur est venue en pensant à la haine de juifs venus d'Orient pour leurs coreligionnaires occidentalisés qu'ils trouvaient froids, arrogants, matérialistes et manquant de religion.

 

Il apparaît avec certitude que la critique féroce de l'Occident est comparable aux pires excès de son double, l'orientalisme, lorsqu'il dénie toute humanité aux individus visés. Le sectarisme qui l'anime ne fait qu'inverser la perspective orientaliste. Rappelons les caractéristiques communes à tout occidentalisme qui, le plus souvent, se combinent et se mélangent pour former des faisceaux d'hostilité, qui à leur tour sont suivis par des appels au meurtre et à la purification.

auteur: Emmanuel Guérin
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sur contre-feux.com

de Willy Gardett le 25/08/2008 à 12h48
La Chine sera-t-elle un jour une nation sinon occidentale, du moins occidentalisée ?

Conséquence du sentiment de culpabilité propre au judéo christianisme, les occidentaux n'en demeurent pas moins de grands colonisateurs. Amérique du Nord, Amérique du Sud, Afrique : trois continents où l'on retrouve des symptômes de la colonisation européenne.
Car l'occidentalisme ne peut venir que d'Europe, et pourtant ce sont souvent les USA qui sont visés par les utilisateurs de ce vocable en -isme...
Il est fou de voir certains analystes parler de l'occidentalisation de la Chine : ce n'est pas parce que l'Empire du milieu rentre dans une société de consommation qu'elle va renoncer à ses valeurs, bien au contraire.

Je serais curieux de connaître votre avis sur l'après JO : La Chine va-t-elle s'occidentaliser ou, au contraire, utiliser son nouveau poids médiatique comme canal de diffusion de ses propres valeurs ?

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de ashel le 30/08/2008 à 12h39
Occidentalisme, occidentalisation

Merci de cet article très intéressant et qui montre bien comment divers mouvements défendant des valeurs par ailleurs opposées, ont pu se rejoindre dans leur rejet de "l'occidentalisme". Le commentaire d'Edouard Léaud pointe toutefois et à juste titre,le risque à éviter de l'amalgame trop vite établi entre occidentalisation et société de consommation. Il cite le cas de la Chine, mais que dire de celui de la Russie?

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