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International
Rappelons les caractéristiques communes à tout occidentalisme qui, le plus souvent, se combinent et se mélangent pour former des faisceaux d'hostilité, qui à leur tour sont suivis par des appels au meurtre et à la purification.
Il y a d'abord la haine envers la grande ville et ce qu'elle représente
Son cosmopolitisme arrogant, considéré cupide, décadent et frivole. Pensons au nombre des gens qui ont éprouvé un sentiment assez malsain de satisfaction à la destruction des tours à New York, véritable Babylone moderne, et réincarnation d'un mythe bien archaïque, à savoir la destruction de la ville pécheresse, qu'il incombe aux chastes de purifier. Le mythe de la Cité corrompue reste toujours vivant : l'orgueil, la soif des conquêtes, le recul du religieux, l'individualisme, l'attirance pour l'argent et le pouvoir que procure cette Cité en fait, aux yeux des certains, une putain où tout et tous sont à vendre. Si c'est l'Occident qui est si souvent associé à Babylone (alors que pendant des siècles Bagdad et Constantinople ou encore Pékin ou Edo étaient des centres de commerce et de plaisir), c'est tout simplement parce que les premiers occidentalistes furent des Européens. Pensons à Richard Wagner comparant Paris et l'Allemagne. Paris, ce n'est que le monde corrompu, commercial et frivole dans lequel l'aliénation est plus développée que dans "notre Allemagne provinciale, si confortable avec son côté arriéré".
L'incapacité à y voir le moindre avantage (richesse culturelle, potentiel de progrès, liberté d'expression) reste impressionnant mais démontre que si les grandes villes repoussent et humilient, leur capacité de séduction reste infinie. Partout dans le monde, tout en militant contre leurs gouvernants, on en consomme les produits, on en imite les modes, on en consomme avec frénésie les produits culturels les plus typiques, on introduit le libre marché, et souvent, on saisit la moindre chance d'y immigrer. L'histoire de Mao est typique : personne n'a mené un combat plus féroce contre la ville et sa morale décadente. Pourtant, sa propre femme, et une des plus féroces apôtres du maoïsme, était elle-même une starlette et une escort girl à Shanghai, ville "décadente" par excellence.
Il y aussi la haine envers l'esprit occidental tel qu'il se manifeste dans la science et la raison
Sont dénoncés alors leur aspect froid et mécanique. Les auteurs donnent l'exemple de la pensée nativiste - slavophile en Russie et la glorification de la fameuse entité mythique appelée "âme russe" qui était censée incarner le contre-exemple absolu. Cette espèce de nationalisme aux éléments occidentalistes est par ailleurs représentée par rien de moins que Dostoïevski et Tolstoï. Le premier était certain que "ce qui nous appartient [aux russes] ne peut qu'être étranger à l'Europe", cette Europe rationnelle, calculatrice et froide : totalement faux, disent les auteurs, en analysant en quoi tous les modèles de la slavophilie s'inspiraient d'un modèle bien occidental, à savoir le romantisme allemand.
La haine envers le bourgeois marchand et médiocre contre le héros prêt à sacrifier sa vie
L'Occident est perçu par les occidentalistes comme une civilisation frileuse, chétive, douillette qui ne pense qu'au plaisir, et dont les citoyens seraient incapables du moindre sacrifice pour une cause plus grande, incapables du moindre héroïsme. Encore une fois, les théoriciens les plus importants de cette critique viennent de l'Occident, et encore une fois, d'Allemagne (Sombart, Spengler, Jünger). D'ailleurs, selon Buruma et Margalit, parmi les raisons qui poussèrent tant d'intellectuels occidentaux à apporter leur soutien à Staline, Mao, Hitler ou Mussolini, figure leur écœurement face à la médiocrité propre à la démocratie. Ils en analysent plusieurs variantes des cultes du sacrifice et de la mort - la rhétorique antioccidentale des kamikazes japonais aurait notamment des ressemblances impressionnantes avec la façon dont un certain Oussama ben Laden se sert de l'imagerie de mort glorieuse pour encourager ses jeunes recrues.
La haine, enfin, envers l'infidèle mécréant qui doit être anéanti pour faire place aux croyants
Cette version de l'Occidentalisme religieux est des plus dangereuses car ses adeptes ne se contentent pas d' émettre des critiques contre l'Occident athéiste et laxiste, voir multi-religieux mais prétendent apporter le salut, dont ils sont les uniques connaisseurs et gardiens, au reste de l'humanité. Seul moyen du salut, la guerre sainte menée contre le mal absolu qu'incarne l'Occident infidèle et idolâtre, figure la plus abominable de tous les péchés religieux. Il faut donc le combattre de toutes ses forces et avec toutes les armes dont dispose un croyant véritable.
La schizophrénie semble être le climat psychique de ces fixations : on en observe sans cesse le va et vient entre détestation et désir, haine et envie. Souvent, on ne déteste en vérité que les éléments occidentaux présents dans sa propre société. Souvent, on idéalise un Orient magnifique inexistant. Toujours on refuse d'assumer ses propres responsabilités et on se contente de rejeter toutes les fautes sur l'Occident. Le désir de régression, le puritanisme, le fanatisme voire le machisme y règnent en maîtres.
Mais d'autre part, il reste important de tracer les limites de la critique constructive de l'Occident par les occidentaux eux-mêmes. Et rester par là même vigilants face aux dangers de l'auto flagellation et de la culpabilité sans fin qui amollissent la volonté. Il faut enfin condamner avec force les discours occidentalistes aussi intolérables et dangereux que les propos orientalistes, que tout le monde sait condamner avec la plus grande virulence.
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auteur: Emmanuel Guérin en savoir plus sur l'auteur |
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La haine de la mauvaise foi
"Rester par là même vigilants face aux dangers de l'auto flagellation et de la culpabilité sans fin qui amollissent la volonté." Parfaitement d'accord avec vous. Vous parlez de Wagner, de Spengler, Jünger, mais pas de Nietzsche, dont vous voyez sans mal que je suis un profond admirateur de sa pensée. | ||
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L'incompréhension des deux mondes
Le monde occidental a longtemps épaté, conquis, surpris, dans un monde où l'économie ouverte prône, il n'ya pas de place au fanatisme sous toutes ses formes (idéologique,religieux...) L'occcident a entrepris de nombreux efforts pour faire face à ses démons d'antang,l'idôlatrie, l'autocratie... Nous voici face à un démon qui n'est pas des nôtres, qui ne parle pas notre langue et qui ne tend pas vers nos objectifs. Si le monde occidental s'est battu pour instaurer la démocratie et les valeurs morales (qui pour la plupart émanent des textes religieux...)personne ne peut exiger de l'autre face du monde de faire pareil. Pour eux, la démocratie est une notion importée d'occident et ne concorde pas avec leurs us et coutumes. | |||
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