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République Tchèque
Véaclav Klaus, président de la République Tchèque (à gauche), en compagnie du secrétaire à la défense américain Robert Gates, 9 mars 2007.  / Wiki-Commons

La présidence tchèque de l’UE : faire face sur fond de crises

Après la France, c'est au tour de la République Tchèque de prendre les rennes de l'Union Européenne. Mais contrairement aux idées reçues, la présidence de Vaclav Klaus ne sera pas moins efficace que celle de Nicolas Sarkozy face à la double crise internationale et économique.

Il semble de bon ton, alors que s’achève la présidence française de l’UE, d’avancer interrogations et doutes quant à la gestion tchèque qui a débuté le 1er janvier. Et pourtant, la république tchèque fut l’un des pays de l’ex bloc soviétique qui a bénéficié de la bienveillance de Washington dès 1990 et d’un satisfecit auprès des investisseurs européens.

 

L’euroscepticisme des Tchèques est assez proche des  réserves des opinions publiques de certaines grandes puissances de l’UE… Les Tchèques n’ont pas ratifié le traité de Lisbonne, c’est un fait, mais cette ratification est prévue pour la première semaine de février 2009. N’est-on pas en train de se tromper de peur, de redouter moins l’insuffisance de Prague que la gravité des crises qui vont des économies en faillite à l’escalade de l’affrontement au Moyen-Orient ?

 

Le gouvernement tchèque est prêt

 

Le président Vaclav Klaus est un homme d’expérience

Le président Vaclav Klaus est un homme d’expérience. Il a accompagné les deux premiers mandats présidentiels de Vaclav Havel. Homme de droite libérale, il a été réélu par le Parlement le 15 février 2008 pour un mandat de cinq ans. La réalité du pouvoir est dans les mains du premier ministre Mirek Topolanek qui dirige le parti civique démocrate (ODS) fondé par Klaus en 1991. Si Klaus est un habitué des prises de position à l’emporte pièce contre la machine bruxelloise, Topolanek se définit ouvertement  comme euro atlantiste. Il est attaché à l’OTAN, à l’alliance avec Washington, à la poursuite du dialogue avec Washington pour l’accord d’installation du système anti missile sur le sol de son pays.

 

Le 18 décembre, Mirek Topolanek a décliné les trois priorités du programme tchèque : les 3 E, c’est-à-dire, Energie, Economie, Relations extérieures. Le premier ministre de ce pays d’un peu plus de 10 millions d’habitants pour le journal Le Monde, le 16 décembre : "Les Tchèques sont un peuple fier et nous ne souffrons pas de complexe d’infériorité."

 

Des difficultés internes

 

Le pays n’est pas membre de l’euro qui joue un rôle majeur dans la réponse à la crise financière présente

La présidence de l’UE revient à Prague dans un climat de relative tension politique : la droite libérale est talonnée de près, un siège de majorité au Parlement, par les Sociaux Démocrates et les Verts. La montée du chômage touche aujourd’hui de plein fouet le secteur de l’industrie automobile et la croissance prévue pour 2009 est en chute. Cette situation de récession n’est malheureusement pas spécifique à la république tchèque. "Nous ferons l’Europe plus douce", tentent de rêver les passants en ce Noël pragois. Le pays n’est pas membre de l’euro, qui joue un rôle majeur dans la réponse à la crise financière présente.

 

Les défis solidaires ?

 

La présidence tchèque démarre en pleine crise énergétique. Comme en 2006, Moscou qui surveille l’évolution de Kiev et la présidence à la fois nationaliste et atlantiste de l’Ukraine, menace de réduire les livraisons de gaz à l’Ukraine et transitant par l’Ukraine, si Kiev ne règle pas ses dettes envers Gazprom. Un accord partiel entre Kiev et Moscou a été passé les 24 et 25 novembre mais la situation demeurait incertaine car l’Ukraine conteste certaines des pénalités que veut imposer Gazprom pour retard de paiement.

 

La présidence française, du fait de sa trop grande ouverture au dialogue avec la Russie, a inquiété

Le couperet est tombé, le 1er janvier : Moscou décide la suspension de l’approvisionnement de l’Ukraine. L’atlantisme du gouvernement, la perspective du bouclage de l’accord avec les Etats-Unis ne font pas de Prague le meilleur interlocuteur avec Moscou. Or, environ un quart du gaz consommé dans l’Union Européenne est acheté à la Russie et passe par l’Ukraine. Prague aura-t-elle l’autorité qui a fait défaut à d’autres plus grands et pourra t- elle mettre en place une position commune des 27 ? Il est fort probable que non… Les Européens vont réagir au coup par coup de leurs intérêts nationaux et bilatéraux avec la Russie.

 

C’est pourtant cet atlantisme, associé à l’euro atlantisme, qui séduit à l’Est les pays récemment membres de l’OTAN et de l’UE. La présidence française, du fait de sa trop grande ouverture au dialogue avec la Russie, a inquiété. Les Tchèques espèrent inviter Barack Obama avec faste et lancer le partenariat Est européen avec l’Ukraine, la Biélorussie, l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la Moldavie, tout en commémorant l’élargissement de l’UE. Ces perspectives sont significatives d’une position qui voit l’avenir comme alliance incontournable avec les USA dans le cadre de l’Europe élargie.

 

Les Tchèques espèrent inviter Barack Obama avec faste et lancer le partenariat Est européen

Sont-elles dans le droit fil de l’agenda du président démocrate ? Il serait surprenant de se retrouver avec une présidence américaine moins systématiquement atlantiste sur ce front de l’est européen que la présidence de l’UE ! De nombreux experts prennent en ce moment la plume dans la presse américaine pour plaider en faveur d’une reprise d’un vrai dialogue avec Moscou !  Que Prague, par contre, presse pour une accélération de l’intégration des Balkans occidentaux dans l’UE ne représente nullement une menace pour la Russie qui a déjà installé via des accords avec la Bulgarie et la Serbie, son réseau énergétique South Stream.

 

A suivre…

 

La présidence tchèque est loin d’être négligeable. Ce gouvernement a des ambitions. La présidence débute en plein pic de crises difficiles, alors que Washington est suspendue à l’entrée d’Obama et laisse se jouer entre Israël et le Hamas, les derniers (???) feux d’une politique traditionnelle. Il serait opportun pour nous, à travers les propositions de Prague, de saisir quelques données qui structurent  les mentalités actuelles de  nos partenaires de l’ex "Autre Europe" et de définir notre propre assise. Personne n’attend de Topolanek qu’il fasse l’unanimité des 27 mais sa présence est l’occasion de prendre conscience, ou de notre chaos ou de nos convergences.

auteur: Catherine Durandin
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