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International
La quasi-politie planétaire
Un jeu transpolitique oligopolaire est caractérisé, d'une part, par une stratégie dominante défensive, centrée sur des efforts en faveur de l'équilibre et de la conservation des acquis, et, d'autre part, par une distinction tranchée entre l'état de guerre et l'état de paix.
Le jeu oligopolaire n'exclut pas le recours à la guerre et prévient encore moins celle-ci de monter aux extrêmes de la guerre totale et de la lutte à mort, comme en a témoigné en Europe la guerre de 1914-1918. Mais il souligne que la paix a une précédence conceptuelle sur la guerre, au sens où la paix est la fin à poursuivre et la guerre un échec de la quête. C'est pourquoi la diplomatie ne se contente pas d'accompagner les relations conflictuelles entre polities, mais devient l’instrument chargé de les empêcher de mal tourner.
Une situation favorable aux échanges
Cette situation est favorable au développement et à l'intensification des échanges de toute nature entre les polities participant au jeu. Les plus apparents sont économiques. Mais ils sont aussi visibles dans les ordres religieux, technique, éthique, politique, ludique, et autres, car tous les ordres sont entraînés dans une émulation culturelle incessante.
L'Europe est le témoin historique le plus convaincant de ces situations originales, où le défaut d'unification politique d'une aire culturelle se révèle favorable aux développements culturels les plus remarquables. La Grèce antique en est une autre illustration. On peut plaider que les périodes féodales, respectivement en Europe du Xe au XIIIe siècle et au Japon du XIIe au XVIe ont vu les efflorescences culturelles les plus insignes, et que la créativité chinoise s'est donnée libre cours surtout entre le VIe et le IIIe siècle avant notre ère dans une phase préimpériale et entre le IIIe et le VIe siècle après dans une phase interdynastique.
Un jeu qui incline à la paix
La multiplication des échanges et l'intensification des compétitions entre polities d'un jeu oligopolaire nourrissent aussi des conflits multiformes et récurrents. En effet, l'espèce humaine est conflictuelle de nature, du fait de son agressivité, de ses passions et de la diversité de ses opinions. Or, tout conflit peut toujours dégénérer en violence incontrôlée. C'est pourquoi un ordre politique est développé par toutes les sociétés humaines, chargé de régler les conflits de manière qu’ils ne dégénèrent pas en luttes violentes et en combats à mort.
L'état de paix ne peut être gagné que par le recours à la loi et au droit, la première édictant les règles du jeu et le second prononçant ce qui revient à chacun selon la justice. Une politie est, conceptuellement et historiquement, une société humaine instituée et organisée au service de la paix par la loi et le droit.
Un jeu oligopolaire s'oriente dans la même direction, mais sans être constitué en politie fidèle à son concept. Il définit une situation intermédiaire, dont l'histoire européenne est l'exemple le plus révélateur. Le jeu incline à la paix et sa logique soutient cette inclination, ce qui en fait un espace de pacification tendancielle. Mais, faute d'être une politie constituée, il demeure un espace de guerre toujours menaçante. La transpolitie n'est plus une pure transpolitie, sans être non plus une politie pure : elle est une quasi-politie.
Les moyens d'éviter la guerre
Le "quasi" indique assez que la chute dans la guerre demeure possible et que les conséquences peuvent en être tragiques, en raison de la nature de la guerre, portée à la montée aux extrêmes de la lutte à mort. Le risque étant notable et connu, les efforts des polities et de la diplomatie portent aussi sur les moyens de contrôler les expressions de la violence et de civiliser même la guerre, en en soumettant la sauvagerie originelle à des règles reconnues par tous.
Le "politie" dans l'expression résume le plus spectaculaire : la production d'un droit international et d'institutions chargées de le gérer. La transpolitie oligopolaire tend à ressembler de plus en plus à une politie, sauf qu'il lui manque le plus décisif, à savoir un dispositif et des procédures capables d'abolir le recours à la guerre.
Abolir le risque de guerre
Tous ces développements, observables en Europe dès le XIe siècle et portés à l'épanouissement complet entre les Traités de Westphalie en 1648 et 1914, résultent de contraintes exercées sur les polities et les acteurs politiques par le système de jeu oligopolaire. Ils n'ont pas d'autre choix, s'ils veulent survivre et prospérer, que de se soumettre aux contraintes et, pour le faire avec plus de succès, de transformer les contraintes objectives en prise de conscience subjective et celle-ci en stratégies délibérées.
Cet enchaînement logique des étapes permet d'affirmer avec la plus grande confiance que, si la planète devait, comme il est probable, s'organiser en transpolitie oligopolaire, elle deviendrait irrésistiblement une quasi-politie au service de la paix par le droit international et au risque perpétuel de la guerre. Pour abolir définitivement ce risque, la seule solution serait la mutation de la quasi-politie en politie.
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auteur: Jean Baechler en savoir plus sur l'auteur |
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Pourquoi les articles de Jean Baechler ne sont-ils jamais rattachés à une actualité ? | |||
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je trouve agréable que ce site propose des articles qui sortent du milieu journalistique. Des articles qui nous demandent un peu de réflexion. | |||
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Oui Diane, moi aussi j'apprécie cette ligne qui sortirait du nian nian médiatique classique. | |||
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Entièrement d'accord avec Claro à propos de l'article de Jean Baechler. | |||
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