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Gaz, Russie, Ukraine
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Moscou - Kiev : le bras de fer

Abandonnons la vision manichéenne de cette crise, où de malheureux Ukrainiens démocrates feraient face à de méchants russes. "It’s economy, stupid !". Dans un contexte de capitalisme associé au contrôle de l’Etat, aux manœuvres d’hommes d’affaires et d'hommes de l’ombre.

Poutine décide de couper l’alimentation des circuits ukrainiens en gaz naturel au lendemain du 1er janvier, en pleine période de pic de consommation. La plupart des commentaires voient en cette décision un nouvel épisode du retour à la guerre froide, déjà marqué par le conflit d’ août, en Géorgie. L’Europe qui dépend à plus de 25% des exportations de gaz naturel russe dont 80%  passent par l’Ukraine, serait prise en otage. L’Ukraine, dont le président Youchenko a condamné l’action militaire russe en Géorgie, serait punie…

 

Cette lecture de la situation laisse de côté des données importantes qui  incitent à une analyse complexe. Il n’y a pas, en cette crise, des bons et des méchants, de malheureux ukrainiens démocrates face à de méchants russes. "It’s economy, stupid", selon une expression de Bill Clinton, dans un contexte de capitalisme associé au contrôle de l’Etat et aux  manœuvres d’hommes d’affaires, hommes de l’ombre.

 

Une histoire de contrat commercial non honoré…

 

La position russe consiste à évoquer la ligne de l’économie de marché

L’enjeu du conflit est simple, à l’origine : il porte sur le prix du mètre cube de gaz  réclamé par Moscou et sur le prix demandé par Kiev sur le transfert. Gazprom réclame 50 dollars de plus par m3 que le président Youchenko refuse de payer. De plus, Gazprom  exige de Kiev le remboursement global de la dette de sa compagnie Naftogaz. La position russe consiste à évoquer la ligne de l’économie de marché : dans une interview avec le International Herald Tribune, le 2 janvier, le directeur exécutif de Gazprom a déclaré : "Si vous recevez un produit, vous devez le payez, si vous ne payez pas, vous ne le recevez pas."  Logique contractuelle oblige, Moscou coupe donc l’alimentation !

 

Moscou accuse Kiev, de plus, de détourner des milliers de m3 de gaz, au profit de Naftogaz. Il manque, effet aujourd’hui, 21 millions de m3 de gaz. Kiev rétorque que ce retrait est d’ordre technique et destiné à faire fonctionner les circuits, en souplesse.

 

Otage, l’Europe se montre réactive

 

Sans dramatiser… Les pays européens, Roumanie, Bulgarie, Hongrie, Grèce etc.. ont des réserves  en gaz et des solutions alternatives, sans annoncer le gel de la population ukrainienne dont le gouvernement a fait savoir qu’il disposait de trois mois de marge de manœuvre énergétique, Bruxelles sous la présidence tchèque, a rapidement ouvert la négociation. Russes et Ukrainiens acceptent ces pourparlers qui ont débuté le 7 janvier. Via le directeur de la Commission européenne chargé de la sécurité des approvisionnements énergétiques, la sentence est tombée. Elle renvoie dos à dos Gazprom et Naftogaz : l’Ukraine est priée de respecter le contrat de transit et de livraison, mais la décision de Moscou de couper l’alimentation n’est "pas une réponse appropriée !"

 

Les Russes sont accusés de brutalité : pourquoi ?

 

Les ouvertures de Kiev vers l’OTAN inquiètent la Russie

La brutalité russe s’inscrit dans un contexte politique et économique. Politique : les ouvertures de Kiev vers l’OTAN à la suite du voyage de Dick Cheney à Kiev cet été et de ses déclarations du 8 août  sur le droit de l’Ukraine à rentrer dans l’Alliance atlantique, inquiètent la Russie. Il est probable que Moscou souhaite renforcer la crise politique en Ukraine, et faire tomber le président Youchenko en attisant le mécontentement de la population contre sa gestion. Moscou cherche à creuser l’antagonisme entre le président et sa première ministre Timoshenko qui a mis du temps, cet été, à dénoncer la conduite russe dans la guerre de Géorgie.

 

Au-delà, les facteurs économiques sont déterminants : Gazprom, avec la chute du prix du gaz, la Russie avec la chute du prix du pétrole à moins de 50 dollars par baril, perdent beaucoup d’argent. Or, les taxes sur le pétrole et le gaz naturel représentent près de 60% du budget de l’Etat. La banque centrale russe  a dépensé plus de 162 milliards depuis l’été pour renflouer le rouble. La Russie se sent vulnérable : 80% de son gaz est exporté par l’Ukraine et Kiev réclame une augmentation des frais de transit. Une telle augmentation alourdirait la dette de Gazprom.

 

Des ombres dans les coulisses

 

Dans la querelle : une compagnie opaque d’import / export de gaz, basée en Suisse, et détenue à 50 / 50 par des Russes et des Ukrainiens

Les données de la crise sont lisibles, mais d’autres informations quant au trafic des ressources énergétiques tant par les Ukrainiens que par les Russes laissent perplexe : apparait dans la querelle une compagnie opaque d’import / export de gaz, basée en Suisse, RosUkrEnergo. Cette entreprise est possédée à moitié par Gazprom et à moitié par un homme d’affaires ukrainien Dimitri Firtash qui est lié au président Youchenko. Le trader achète du gaz à Gazprom et aux fournisseurs d’Asie Centrale à des taux inférieurs aux prix pratiqués en Europe, et revend en Ukraine, pour l’exportation, à des prix supérieurs, en Pologne notamment. Cette information n’a pas échappé à l’opinion publique ukrainienne, et est très embarrassante pour le président dont les rendez vous avec Firtash ont été dévoilés…

 

La méthode russe est lourde, la responsabilité ukrainienne engagée. Des observateurs de l’UE seront bientôt  (Bruxelles annonce le 8 janvier un délai de deux jours) envoyés en Ukraine et en Russie avec mandat d’examiner les pompes.

auteur: Catherine Durandin
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de diane le 15/01/2009 à 14h42

Article très clair: on comprend mieux les "dessous" de cette tension entre les 2 pays

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