DEBAT Quelles solutions pour le conflit israélo-palestinien ?
Drapeaux palestinien et israélien entremêlés ANALYSE Faut-il croire le Hamas sur parole ? VU D\'ISRAEL Les éléments clés pour un accord de paix solide lire le dossier
Dossier spécial
Dossier spécial Elections Américaines

LES ARTICLES LES PLUS :

DÉBAT

Libération d'Ingrid Betancourt : ce que ne dit pas la version officielle
lire l'article

Politique

Barack Obama

Pourquoi je pense qu’Obama sera élu
lire l'article

Politique

Obama, élections américaines

Pourquoi je pense qu’Obama peut craindre de ne pas être élu
lire l'article

DEBAT Quelles solutions pour le conflit israélo-palestinien ?
Drapeaux palestinien et israélien entremêlés ANALYSE Faut-il croire le Hamas sur parole ? VU D'ISRAEL Les éléments clés pour un accord de paix solide lire le dossier
International
Corée du Nord
Le jour où la Corée du Nord est redevenue fréquentable
Le 26 juin, Pyongyang a enfin remis la liste complète de ses installations nucléaires (prévue pour le 31 décembre 2007). Quelles sont les conséquences à terme d'une Corée du Nord devenue fréquentable ?

L’accord de février 2007 entre six pays (les deux Corées, la Chine, le Japon, la Russie et les Etats-Unis) est donc enfin concrétisé. La Corée du Nord peut désormais voir l’avenir de manière plus sereine, avec l’accès à des aides internationales, et surtout sa disparition de la liste américaine des Etats soutenant le terrorisme international, pour ne pas dire des Etats voyous. Mais que signifie, dans la durée, une Corée du Nord à nouveau (pour ne pas dire pour la première fois) fréquentable ?

 

Les conséquences de l’accord

 

Si le mot d’ordre est le statu quo, le retour de la Corée du Nord sur la scène internationale est un événement important pour le régime stalinien, qui va bénéficier d’une aide énergétique et économique conséquente de la part des Etats-Unis et de ses voisins (en particulier la Corée du Sud et le Japon), et qui va pouvoir désormais bénéficier des aides internationales, qui lui sont pour l’heure interdites en vertu de plusieurs résolutions de l’ONU. Cet accord est une bonne nouvelle pour le peuple nord-coréen, qui a enfin une chance de sortir de la famine chronique dans laquelle il est plongé depuis la fin de la guerre froide, mais c’est également une bonne nouvelle pour le régime nord-coréen, qui assure sa pérennité. Kim Yong-il est ainsi parvenu à négocier avec la première puissance mondiale et des voisins beaucoup plus puissants que son pays exsangue, et cet accord lui permet de maintenir son régime.

 

Autre conséquence de cet accord, la Corée du Nord redevient un interlocuteur diplomatique crédible. Sur un plan plus pratique, cet accord n’est que le début d’un processus qui doit voir la Corée du Nord démanteler l’ensemble de ses installations, et fournir des informations complémentaires sur son arsenal nucléaire. Pyongyang n’a pas tardé, et a commencé dès le lendemain à détruire la tour de refroidissement de Yongbyon, son principal site nucléaire, mais le site étant fermé depuis un an, il ne s’agit que d’un geste symbolique.

 

C’est reparti comme en 94 ?

 

De quoi rester prudent donc, notamment en raison des précédents dont le régime nord-coréen a le secret. Et de se demander même si ce nouvel accord nous ne ramène pas en 1994, au terme de la première crise nucléaire nord-coréenne. En l’échange de l’arrêt de son programme, et en vertu des accords de la Kedo, la Corée du Nord avait alors bénéficié d’une aide énergétique et alimentaire conséquente. Mais cela ne l’a pas empêché, dans le même temps, de poursuivre un programme nucléaire clandestin, jusqu’à ce qu’il fut découvert en 2002. Comme l’accord ne comporte pour le moment aucune garantie, il ne faut pas s’enflammer, et les dirigeants japonais et sud-coréens invitent ainsi à la prudence.

 

Rien n’indique en effet que la Corée du Nord ne sera pas une nouvelle fois tentée de se lancer dans l’aventure nucléaire si le régime estime qu’il a encore à gagner. A court ou à moyen terme, Pyongyang pourrait ainsi de nouveau jouer sur l’opacité de son régime et provoquer une nouvelle crise, en exigeant une aide encore plus importante. Il faut en effet se souvenir que la Corée du Nord avait annoncé avoir réactivé son programme nucléaire devant l’aide jugée insuffisante que le régime avait reçu après 1994. Les Etats-Unis se montrent d’ailleurs satisfaits de l’accord, mais néanmoins méfiants, craignant une nouvelle crise de la part d’un interlocuteur qui maîtrise parfaitement l’art du chantage.

 

Entre fin de l’axe du mal et inquiétant précédent

 

Reste que le dénouement, même précaire, de la crise nucléaire nord-coréenne est une bonne nouvelle pour l’administration Bush, qui peut désormais se targuer de ne pas présenter un bilan entièrement négatif en matière de politique étrangère. Les efforts du Département d’Etat en vue de parvenir à un accord dans les meilleurs délais étaient sans équivoque : pas question de laisser au futur locataire de la Maison-Blanche les lauriers d’un possible succès. Cet accord met également un terme à la stratégie de l’axe du mal, inaugurée par le président Bush en janvier 2002, et qui menaçait alors trois Etats (Iran, Irak, Corée du Nord) de recourir à la force pour imposer un changement de régime. L’attitude américaine vis-à-vis de Pyongyang, très ferme au départ, s’est progressivement adoucie, pour arriver à un consensus dont nous avons vu qu’il profite surtout au régime stalinien.Mais une chose est certaine, le discours sur l’axe du mal et les mesures de rétorsion qu’il proposait semblent désormais bien loin.

 

Mais la Corée du Nord créé également un inquiétant précédent. Celui d’un Etat proliférant, au régime en tous points critiquable, qui quitte le Traité de Non Prolifération, mais qui parvient malgré tout à obtenir gain de cause, et à négocier avec les principales puissances. Et ce sans apporter la moindre preuve de la menace nucléaire qu’elle prétend faire peser sur ses voisins ! De quoi donner de bien mauvaises idées à des régimes hostiles, isolés, et soupçonnés de proliférer…

auteur: Barthélémy Courmont
en savoir plus sur l'auteur
0 RÉACTION réagissez à cet article
Pour participer au débat, vous devez vous identifier :


Créez votre profil pour noter, réagir
et écrire
sur contre-feux.com