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International
Plus d'un milliard de personnes vivent aujourd'hui dans les bidonvilles du Sud dans une extrême précarité. Exclues de la croissance économique mondiale, chassées des campagnes par la misère et des villes par la machine impitoyable de la rénovation urbaine, elles vivent dans un monde urbain désurbanisé, instable et explosif. Mike Davis montre dans, Le pire des mondes possibles (La Découverte), comment l'on est passé des occupations informelles des bidonvilles « de l'espoir » des années 60, aux méga-bidonvilles d'aujourd'hui à cause de l'explosion de la pauvreté depuis les années 70. Un développement du prolétariat informel désastreux et totalement inédit que ni le marxisme ni le néolibéralisme n'avaient prévu.
En Asie du Sud, 90% de la croissance urbaine a eu lieu dans les bidonvilles
M. Davis explore une réalité mondiale que l'on s'efforce d'occulter : l'existence d'un monde parallèle. Problème complexe, qu'il traite frontalement, avec force arguments et documentations. Il ya deux grandes classes de bidonvilles : les logements formels (vieux immeubles, logement publics) et informels (squats autorisés ou non, subdivisions pirates de terrains et personnes vivant dans la rue). Quelques chiffres tellement effrayants qu'ils en paraissent invraisemblables. Depuis 1970, en Asie du Sud, 90% de la croissance urbaine a eu lieu dans les bidonvilles. Sur les 500.000 migrants qui arrivent chaque année dans la seule ville de Delhi, au moins 400.000 échouent dans un bidonville. C'est au taux ahurissant de 85% que la croissance démographique kenyane entre 1990 et 2000 a été absorbée par les bidonvilles fétides et surpeuplés de Nairobi et Mombasa. Presque 100 % de la population urbaine de pays entiers vit dans des bidonvilles (!), comme en Ethiopie, au Tchad, en Afghanistan ou encore au Népal. Mêmes conditions de vie pour 200 millions de chinois et 160 millions d'indiens également. Chiffres plus inattendus : 43% en Turquie, 45% aux Philippines ou 35% en Argentine.
Deux milliards d'humains vivront dans des bidonvilles en 2030
Une bonne partie du monde urbain de notre siècle vit par conséquent de façon sordide dans la pollution, les excréments et la décomposition. Cette population croît de façon vertigineuse. Les projections, qui anticipent deux milliards d'habitants dans les bidonvilles en 2030, tracent une perspective qui, comme le dit Davis, est « si monstrueuse qu’elle dépasse presque l'entendement ». Par ailleurs, la pauvreté urbaine pourrait atteindre dès 2015 la moitié de la population urbaine totale. D'après les chiffres de l'ONU-Habitat, la population des bidonvilles croit actuellement au rythme étourdissant de 25 millions de nouveaux résidents par an ; faisant ainsi de la pauvreté urbaine, le problème le plus important et le plus explosif de notre siècle.
Nous savons tous que les bidonvilles se caractérisent par un mélange de conditions de logement sordides, de surpeuplement, de maladie, de pauvreté, de manque d'hygiène, d’'insécurité... Mais l’ouvrage de M. Davis offre des détails supplémentaires insupportables. Dans un chapitre épique au titre éloquent (« Vivre dans la merde »), il montre que la plupart des bidonvilles n’ont pas le tout-à -l’égout. 700 millions d'Indiens n'ont par exemple d'autre solution que de déféquer en plein air. Ailleurs ça sera une latrine pour 10.000 habitants ; ce qui provoque l'humiliation terrible des femmes qui doivent attendre la nuit et s'exposer à toutes les formes de harcèlement. Un autre chapitre dépeint l'esclavage et l’exploitation systématique des enfants. Et une autre section montre avec quelle facilité fonctionne le « nettoyage » des bidonvilles et décrit les exodes forcés, parfois à l'occasion d'un congrès, d’une visite de dignitaires ou d’un concours de beauté. On apprend également que le marché des bidonvilles a toujours été et reste encore un des marchés les plus florissants (pour l'histoire, le plus grand marchand de campements de fortune à Lima n'est autre que l'Eglise catholique), rentable non seulement à travers les loyers, mais aussi la vente d'eau ou la taxation des toilettes.
Les Etats concernés, la Banque mondiale ou les ONG ont tous leur part de responsabilité
L’ouvrage analyse longuement les responsabilités des puissances coloniales, ou encore celles de la Banque mondiale ou même des ONG. Celles-ci ont pris le relais des Etats impuissants, mais ne font qu'accroître la dépendance face aux donateurs, en entretenant le clientélisme. Il montre aussi l'importance pour l'urbanisme de l'autre « architecture de la peur », les quartiers des riches, clos et ultrasécurisés, qui prolifèrent par exemple en Inde, au Brésil, ou en Afrique du Sud. Cette réaction urbaine comme par miroitement inversé implique une réduction drastique des interfaces entre vies des riches et vies des pauvres, et trahit les peurs, aussi bien que les fantasmes, de ne jamais - si possible - se croiser.
Selon M. Davis, nous sommes devant des volcans prêts à exploser, d'autant plus qu'il s'agit d'espaces mal connus, peu contrôlés par les forces de sécurité, et par là même des terreaux rêvés pour le terrorisme international. Certes, M. Davis alerte l’opinion en suivant la logique du catastrophisme. Le bidonville est un monstre, une pieuvre qui étend ses tentacules, un virus qui se propage. Sa définition du bidonville pourrait être considéré comme trop large (il inclut le camp des réfugiés et les SDF). Il manque par ailleurs dans son livre une description des bidonvilles « de l'intérieur », afin de montrer à la fois les véritables dictatures criminelles qui peuvent y régner, ou la vie quasi-normale existant dans d'autres, moins pauvres, moins touchés par le chômage. Mais tel n’est pas l’objectif de l'auteur : il veut sonner l'alarme et nous faire voir l'enfer d'un monde parallèle juste à côté du nôtre. Pari réussi.
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auteur: Jean Langlois en savoir plus sur l'auteur |
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OUI !!
bonjour ! je m étonne d être la première à réagir sur cet article ! Vraiment la misère des autres n'intéresse pas grand monde ! Pourquoi faire c est le chacun pour soi et sauve qui peut ! Mais je suis certaine que dans quelques années , très vite j espère la pauvreté telle que l'on la perçoit ne sera plus au sud mais s installera dans le nord !! la on va enfin rigoler ! ce ne doit pas être toujour les mêmes, c est fatigant. Paris, Madrid, Londres, L.A. Pleins de toles partout et les barres de fer de la Tour Eiffel qui serviront de piliers pour accrocher la tente ! Je sais j'ai l'humour caustique. Merci à toi Jean Langlois de nous rappeller que la hausse des prix en France est préférable ! | |||
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