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International
Le vrai scandale grec (1)
L'absence criante de la moindre solidarité européenne, les responsabilités d'Eurostat et de Barroso que l'on tait, ainsi que les articles haineux voire racistes contre la Grèce, devraient inquiéter autant que son maquillage des comptes.
Personne ne doute de la lourde faute de la part des autorités grecques dans la récente crise que traverse le pays - on connaît les faits : les faux chiffres, le maquillage des comptes, les données altérés présentées à l'Eurostat pendant toute la durée de l'ancien gouvernement.
Mais d'emblée plusieurs amalgames insistants paraissent étranges
On oublie ainsi qu'il y a un nouveau gouvernement en Grèce, après le désaveu massif du parti de droite qui était au pouvoir et unique responsable de la crise. Mettre par conséquent la pression sur un gouvernement à peine élu en lui faisant payer les péchés de ses adversaires parait étrangement injuste. Le second amalgame paraît encore plus pesant, tant l'on peut lire dans la presse européenne des articles sur le caractère des "Grecs" en général, avec des conclusions sur leurs vices d'une telle fausseté que l'on doit s'interroger sur les raisons et motifs de cette campagne de haine. Car en vérité, il y a bien d'autres facteurs scandaleux dans cette affaire.
Le premier est sans doute l'absence totale de solidarité de la part de la communauté européenne
Elle a assisté passive pendant plusieurs mois, paraissant presque contente, aux manoeuvres des spéculateurs internationaux sur le dos de l'économie grecque. En même temps, et sans dépenser un euro, les dirigeants européens ont rivalisé de leçons de morale et de conduite en lui mettant la pression et en se croyant autorisés d'imposer des mesures parfois parfaitement irréalistes ou insoutenables que, par ailleurs, ils n'osent pas introduire dans leurs propres pays. Alors qu'ils souffrent à un moindre degré des mêmes problèmes que la Grèce fustigée et montrée du doigt... Ces mesures montrent souvent une totale ignorance des faits économiques et du fonctionnement de la société grecque.
On est en droit aussi de se demander si quelqu'un croit vraiment que la Grèce est le seul pays à avoir maquillé ses comptes. L'Italie n'aurait pas fait pareil à tout hasard ? Par ailleurs, même si c'était le cas, quelle est la responsabilité de l'Eurostat ? Les haut fonctionnaires européens chargés de surveiller les chiffres se seraient-ils trompés à ce point ? Parallèlement, quelle est la responsabilité directe de la Commission et de Barroso personnellement, ami proche de l'ancien premier ministre responsable des comptes falsifiés, dont il a intensément chercher le soutien pour la réélection à son poste, venant à Athènes pendant les incendies pour promettre des aides qui ne sont jamais venues ? Lui non plus ne s'est aperçu de rien ?
Mais le pire scandale est le déchaînement de propos racistes sur le peuple grec
En effet, le pire scandale n'est pas l'absence de la solidarité la plus élémentaire, c'est le déchaînement des propos essentialistes, voir racistes sur le peuple grec, accusé du coup de tous les maux. Des pays aux économies à la santé peu brillante se permettent déjà de baptiser les économies plus fragiles d'Europe de PIGS et toute la presse se réjouit de reprendre l'expression. Des cochons vraiment ? Les Espagnols, les Italiens, les Irlandais, les Portugais et les Grecs ? Pauvre Europe... Championne dans la dénonciation, la presse allemande - informant son peuple bien connu pour ses puissantes vertus illustrées au siècle dernier - a dépassé chaque limite dans le mélange de détestation, d'insultes et de mensonges purs, ce qui fera le sujet d'un prochain article.
Personne ne doute enfin que les motifs de l' 'aide", si jamais elle a lieu, ne seront que le sauvetage de l'euro et les forts intêrets propres de l'Allemagne et de la France dans le pays (armement et banques surtout, la Grèce étant un des leurs meilleurs clients).
Il est évident que la responsabilité de la part de certains hommes politiques grecs, et de ceux qui les ont aidés ou tolérés, est colossale. Néanmoins, le relatif plaisir et le cynisme avec lesquels les pays européens ont laissé la Grèce à son destin pendant des mois, tout en lui adressant des listes d'exigences irréalistes, son traitement si prompt comme bouc émissaire et comme sommet de l'iceberg pour cacher les faiblesses profondes et les "péchés" d'autres pays-membres, ne présage rien de bon ni pour l'avenir de l'euro ni pour celui des sociétés civiles européennes.
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auteur: Emmanuel Ioannidis en savoir plus sur l'auteur |
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