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Le vrai scandale grec (2)

Les lecteurs européens ont eu l'occasion de lire, depuis des mois, plusieurs publications contre la Grèce pour le moins hostiles, pas seulement critiques envers ses problèmes, mais mettant directement en cause des supposés caractères et mentalités grecs, comme si ce n'était justement pas le peuple qui souffre et souffrira le plus de la crise.

Un mini-scandale a éclaté entre l'Allemagne et la Grèce, au niveau politique - scandale étrangement censuré en France au nom de la belle amitié franco-allemande - quand un fleuron de la presse allemande, celle qui a montré le plus de zèle dans l'hostilité pure, le respectable magazine FOCUS a mis en photo de couverture représentant la Vénus de Milo faisant un geste obscène accompagné avec les gros titres, "les imposteurs de l'Europe".

 

On s'y surprend à lire des attaques touchant au racisme simpliste

 

La fameuse joie maligne allemande y brille de tous ses feux

On y explique que "les" Grecs ne ratent jamais une occasion de s'escroquer entre eux, qu'ils ne travaillent que quand on "leur" versent des pots de vin et ainsi de suite... La joie maligne (la fameuse Schadenfreude allemande) y brille de tous ses feux au point que le magazine conservateur The Economist n'a pas pu s'empêcher d'ironiser à son tour en montrant la chancelière allemande près des ruines d'un temple grec en lançant un réjouissant  "Mais laisser-les donc se ruiner !".

 

Le nombre de publications grossières et les mensonges multiples ont peu à peu provoqué l'ire de la classe politique grecque

 

Le vice-Premier ministre a commencé par rappeler l'or et l'argent volés par les Allemands à la Banque Nationale grecque pendant la guerre et jamais restitués depuis, le Président du Parlement a convoqué l'ambassadeur d'Allemagne pour protester contre la vulgarité des attaques (comme si pouvait faire quelque chose d'ailleurs) et d'autres chefs de partis d'opposition exigent le réexamen du fameux problème des réparations de la seconde guerre mondiale. A savoir revenir sur les considérables massacres et destructions que les vertueux Allemands ont perpétré dans le pays sans jamais rien restituer - les chiffres, paraît-il, pourraient être colossaux, voisinant les 100 milliards d'euros.

 

D'autres voix s'élèvent pour rappeller que le plus gros scandale de pots de vin versé à un gouvernement "tricheur" était justement celui d'une entreprise-symbole de l'économie allemande, Siemens - et que par ailleurs l'argent des contribuables allemands offert à leurs banquiers trop avides pendant la crise est sans doute aussi un choix éthiquement bien plus discutable que l'aide à la Grèce.

 

Pour beaucoup, les remarques allemandes sur les "gènes" peu éthiques de tout un peuple paraissent très insolentes

Pour beaucoup, les remarques des Allemands sur le "caractère" national et les "gènes" peu éthiques de tout un peuple paraissent particulièrement insolents venant d'un pays dont le monde entier a pu admirer le caractère vertueux de ses activités et leurs conséquences pendant des décennies. Et ce jusqu'aux révélations récentes sur le fonctionnement de la Stasi, qui ont montré que des pans entiers du peuple collaboraient avec les services secrets, comme de vrais spécialistes de la délation.

 

D'autres, enfin, rapellent que l'idée d'une Allemagne qui paie et ne reçoit jamais rien est totalement fausse. Il n'y a qu'à se rappeller les sommes énormes que l'Allemagne a pu encaisser de la part de l'Europe pour financer sa propre réunification.


Ce climat de tension est à la fois malsain et inutile

 

Quelques jours avant la rencontre entre le Premier ministre grec Papandreou et Angela Merkel à Berlin, ce climat de tension est à la fois sans grâce et inutile, et nous renvoie à une réalité bien triste :  la solidarité européenne est un mot vide ou alors une corvée à éviter jusqu'au dernier instant. Il suffit d'observer pour s'en convaincre que les réactions les plus rapides et les réflexes les plus puissants sont l'attaque enthousiaste de boucs émissaires et la dénonciation assortie de robustes leçons de morale, tellement plus faciles à donner qu'à appliquer.

auteur: Emmanuel Ioannidis
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