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Le rapprochement Chine-Taiwan, accéléré depuis l’arrivée au pouvoir de Ma Ying-jio à Taipei le mois dernier, a connu un nouvel épisode avec la signature le 13 juin à Pékin de plusieurs accords entre la Fondation des échanges entre les deux rives (SEF) côté taiwanais, et l’Association pour les relations entre les deux rives (ARATS) côté chinois, les deux organismes chargés des relations inter-détroit, le dialogue politique entre les chefs de gouvernement n’existant pas. Au menu de cette rencontre très médiatisée des deux cotés du détroit : des lignes aériennes directes, et l’ouverture de Taiwan aux touristes chinois. En attendant plus.
Un dialogue historique
Cette rencontre officielle est historique. Depuis 1995, le dialogue était rompu entre Pékin et Taipei, et les dernières années furent même particulièrement tendues, Taiwan agitant le risque d’une déclaration d’indépendance, et la Chine adoptant une loi en 2005 autorisant le recours à la force armée en cas de ce que les autorités chinoises qualifient de provocation. Le retour au pouvoir du Kuomintang, parti historique de Chang Kai-shek et « nationaliste » (opposé à l’indépendance de l’île) a modifié en profondeur la relation entre les deux rives, abaissant du même coup, du moins sur le court terme, les risques sécuritaires, et favorisant la reprise du dialogue.
La question de la réunification n’est, pour sa part, pas à l’ordre du jour, et il est même peu probable qu’elle soit abordée avant plusieurs années. Cela s’explique davantage par le décalage politique (Taiwan est désormais une démocratie assumée) que par le différend historique entre les deux rivaux. Paradoxalement, c’est aussi grâce à son discours favorable au rapprochement que le nouveau président taiwanais pourrait asseoir l’intégrité territoriale de l’île, et à défaut d’une indépendance, garantir à Taiwan une souveraineté que ne contesterait pas Pékin. En faisant preuve de pragmatisme et de retenue, Taiwan et la Chine pourraient ainsi s’accepter mutuellement, sans provocation, et favoriser le maintien du statu quo.
Un accord donnant-donnant
Les accords prévoient la mise en place de vols directs entre les deux rives du détroit (une première depuis 1949) dès le 4 juillet, à raison de 18 vols partant de Taiwan et 18 autres depuis le continent, chaque week-end, entre le vendredi et le lundi. Un autre accord permet de tripler le nombre de touristes chinois autorisés à visiter Taiwan, qui va ainsi passer de 1.000 à 3.000 par jour à partir du 18 juillet. En d’autres termes, Taiwan s’ouvre au tourisme chinois, ce qui aura des conséquences sur l’industrie du tourisme à Taiwan, mais également sur les échanges de personnes entre les deux rives. A l’heure actuelle, les Taiwanais se rendent facilement en Chine continentale, mais les Chinois se voient eux restreints quant à leurs déplacements à Taiwan.
Le nouveau président taiwanais avait promis, après son élection, que les vols directs seraient instaurés entre la Chine et Taiwan avant la mi-juillet, de nombreux observateurs taiwanais lui reprochant une promesse difficile à tenir. Le rapprochement avec la Chine et, en toile de fond, la relance de l’économie, était par ailleurs le point central de son programme électoral. Ces accords sont donc pour lui une grande victoire politique, qui lui permettent d’asseoir son autorité à la tête de l’île.
Côté chinois, l’arrivée au pouvoir de Ma a été saluée justement parce qu’elle réduit considérablement le risque de voir Taiwan proclamer son indépendance. Il est donc dans l’intérêt de Pékin de voir les initiatives de Ma récompensées, et de ne pas réactiver les mouvements indépendantistes (notamment le DPP, parti anciennement au pouvoir) en tournant le dos à son interlocuteur. Cela nous invite à considérer que la Chine se montrera très ouverte aux propositions taiwanaises, et que le rapprochement est ainsi quasi inévitable.
Après le tourisme ?
D’où de multiples interrogations concernant les prochaines échéances. La création de bureaux de représentations, chargés d’assurer la délivrance des visas et de traiter des échanges touristiques, est un pas considérable, les deux parties estimant que ces organismes pourront à terme élargir leurs activités pour traiter de relations culturelles et économiques. Après l’ouverture au tourisme, ce sont en effet les échanges commerciaux entre les deux entités, économiquement interdépendantes, qui sont au cœur du dialogue. Si Taiwan a évidemment beaucoup à gagner d’un rapprochement avec la Chine sur le terrain économique (le gouvernement espère des effets sur la croissance), la Chine pourrait également profiter d’un rapprochement économique avec son voisin, qui est le premier investisseur sur le continent. Au menu des discussions futures : un projet ambitieux de zone de libre-échange entre les deux rives, dont Ma fait l’une des priorités de son mandat. Il reste encore du chemin avant de voir les deux rivaux normaliser leurs relations, mais la visite prochaine des émissaires chinois à Taipei est en tout cas un signe encourageant que Taiwan et la Chine acceptent désormais de communiquer.
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auteur: Barthélémy Courmont en savoir plus sur l'auteur |
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