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International
Intransigeant en août, Medvedev affiche début octobre une bienveillance suspecte envers l'Occident. Tactique du chaud après le froid ou réajustement plus profond d'une realpolitik de compromis avec la puissance américaine et l’UE ?
Il y a quelques semaines, Moscou parlait haut et fort. On se demandait si, oui ou non, les accords de retrait partiel des forces russes de Géorgie passés avec l’UE seraient honorés. Or, le 1er octobre, le président Medvedev déclare qu’il n’y a pas matière à la guerre froide ni à un conflit avec les Etats-Unis. Au moment même où les premiers observateurs civils de la mission de contrôle de l’UE se mettent en branle en Géorgie. La guerre froide était fondée sur des "différences" idéologiques, celles-ci ne sont pas assez fortes aujourd’hui pour nourrir un conflit avec Washington, expose t-il.
En Géorgie… des Russes "bienveillants" envers les 300 observateurs européens ?
Sur le terrain géorgien, les troupes russes laissent passer les observateurs dans une zone tampon, frontière avec l’Ossétie et leur accordent de franchir les "checkpoints" proches de deux villages géorgiens dans le périmètre de la zone de sécurité russe. Contrairement à ce que Moscou avait annoncé. Un porte parole de Javier Solana, pour l’UE, constate que la mission se déroule sans problème.
Mais en dépit de cette opération "sourire", la Russie entend ne pas revenir sur l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, et conserver 7 600 hommes, ce que l’UE et les Etats-Unis considèrent comme une violation des engagements de cessez le feu. De plus, Medvedev confirme la légitimité de l’intervention militaire russe d’août dernier : il fallait repousser l’agression de la Géorgie et protéger les citoyens russes de cette région…
Pourquoi ce demi sourire en coin ? La puissance russe est fragile
Sans reculer, la Russie change de ton. Elle mesure, avec les contrecoups de la crise financière qui l’affecte, qu’elle n’a pas les moyens d’une rupture radicale avec l’Ouest. Le 6 octobre, la bourse Russe enregistre une chute de 19%. L’armée russe se porte mal, l’économie est presque entièrement dépendante du prix du pétrole, et la société, au-delà de quelques riches magnats flamboyants (et encore !), est minée par une grave crise démographique et sanitaire. Moscou a annoncé un plan de réaménagement de la défense avec une augmentation de 26% du budget en 2009 : il est peu probable, dans le contexte actuel, que ce défi puisse être tenu.
L’évolution démographique demeure le problème le plus inquiétant qui affecte l’avenir de la Russie et entrave sa croissance. De 143 millions en 2005, la population pourrait tomber à 101 millions en 2050. Le déclin est de O, 5% par an. Le taux de mortalité très élevé frappe en particulier les hommes en âge de travailler, l’espérance de vie est de 59 ans pour un russe, de 73 ans pour une russe. Ce qui tue les Russes : le sida, la tuberculose, l’alcoolisme, le suicide et les accidents de circulation. Près d’un million de russes sont porteurs du virus HIV, 24 000 russes sont morts de tuberculose en 2007. Le gouvernement réagit : contrôle de la fabrication de l’alcool, trois millions de dollars investis dans un programme d’urgence de santé publique, des investissements dans les équipements médicaux de diagnostic.
En 2006, une campagne nataliste a été lancée pour les dix ans à venir : soins hospitaliers gratuits en maternité, aide mensuelle pour le premier enfant qui augmente avec le second, un congé maternel possible de 18 mois avec 40% du salaire si la mère le souhaite, un investissement de 800 millions de dollars en 2008 pour les centres pré natals, l’augmentation du soutien aux familles adoptant des enfants (la Russie compte 200 000 orphelins). Quelques démographes russes espèrent un arrêt du déclin de la population en 2012, ce qui semble bien optimiste dans une conjoncture de récession, vue l’ampleur des mesures budgétaires requises.
La puissance pauvre mais la puissance revendiquée
Avec raison, l’historien Georges Sokoloff voit la Russie des 19 et 20ème siècles comme une puissance pauvre. Cette formule n’est pas obsolète. En dépit de ses fragilités et confiante en ses atouts- les richesses énergétiques- la Russie bat pavillon haut. Cette volonté de puissance s’affiche dans la nouvelle doctrine maritime et s'accompagne d’un déploiement impressionnant. En méditerranée, Moscou cherche à maintenir une présence permanente, négocie des facilités portuaires avec la Syrie, construit de nouveaux docks à Latakia. Dans l’océan indien, Moscou coopère militairement avec l’Inde depuis 2003 et participe à des exercices maritimes conjoints. Dans l’espace arctique, Moscou, se confrontant à la Norvège, au Canada, tend à vouloir exercer un contrôle des voies maritimes.
Plus récemment encore, le 26 septembre 2008, Moscou signe une série d’accords avec Hugo Chavez afin de sceller une alliance entre le Venezuela et la Russie qui fasse contrepoids à l’impérialisme américain. A la même date, une flotte de navires de guerre russes s’apprête à effectuer au large du Venezuela des manœuvres navales sans précédent depuis la guerre froide. Or, traditionnellement, cet espace est vu par les Etats-Unis comme une sorte de chasse gardée…
Il est clair qu’en dépit de ses propres faiblesses, face aux Etats-Unis en crise, Moscou n’entend pas abdiquer le langage de la puissance. Ce qui ne signifie pas que Moscou cherche la confrontation : de vieux experts de la guerre froide, réalistes tels que H. Kissinger et G.Schultz, l’ont compris. Ils affirment le 1 octobre dernier : la coopération avec la Russie est impérative et suppose une approche globale.
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auteur: Catherine Durandin en savoir plus sur l'auteur |
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