International


Obama_Ameriques
Flickr (jurvetson)

Obama peut-il réconcilier les Amériques ?

Le sommet des Amériques qui s'est achevé à Trinidad et Tobago a vu Barack Obama amorcer un changement radical de stratégie dans les relations entre les Etats-Unis et l'Amérique du Sud.  L'espoir soulevé par le Président américain apaise les tensions existantes avec de nombreux pays du Sud.

Le sommet des Amériques de Trinidad et Tobago, le premier de Barack Obama, restera peut-être dans les annales comme celui de la réconciliation entre Washington et le sud du continent américain.

 

En  proposant une nouvelle donne à un continent sur lequel Washington n’apparaît plus comme le leader incontournable, le nouveau président américain cherche à rompre avec les absences de l’administration Bush, et souhaite même engager le partenariat nord-sud en Amérique en partant sur de nouvelles bases, quitte à remettre en question des décennies d’incompréhension. Avec les retrouvailles avec Cuba, le dialogue avec Chavez, l’humilité et le partenariat comme clefs de cette nouvelle donne continentale de Washington, Obama peut-il réconcilier les Amériques, là où ses prédécesseurs ont échoué ?

 

Retrouver le leadership continental

 

Le leadership américain a été mis à mal dans le monde entier au cours des dernières années, et le continent américain, son "pré carré" traditionnel, ne fit pas exception. Même les relations avec le traditionnel allié canadien furent secouées !

 

Mais c’est surtout en Amérique du Sud que l’image de "grand frère" de Washington fut considérablement affectée. Consciente de ce déclin, la nouvelle administration cherche à montrer un nouveau visage à ses partenaires continentaux, et à adoucir une politique de plus en plus perçue comme intrusive de la part des opinions publiques autant que des dirigeants.

 

En Amérique, Obama trouve un terrain à la fois difficile et approprié à la mise en place des instruments de sa "puissance intelligente", à l’écoute de ses partenaires tout en assumant son leadership. De nombreux régimes qui ont pris leurs distances avec Washington, une image en déclin, et pourtant des instruments pouvant permettre de surmonter les divergences, dont ce sommet est le symbole le plus net.

 

Surmonter les préjugés sur Cuba

 

Faire évoluer les relations avec Cuba

L’annonce la plus spectaculaire d’Obama, à quelques jours du sommet, fut celle du souhait de faire évoluer les relations avec Cuba, marquées par cinquante ans d’absence de dialogue. Le nouveau président américain a ainsi proposé de lever les interdictions de déplacements de citoyens américains à Cuba, premier geste de ce type depuis les initiatives manquées de Jimmy Carter dans les années 70.

 

Actuellement absente du dialogue dans le cadre du sommet des Amériques, Cuba pourrait faire son entrée prochainement, à condition de montrer des signes de bonne volonté, selon les termes de Barack Obama. Ce qui signifie que les Etats-Unis ne seraient plus, à terme, hostiles à une modification en profondeur de la relation qui a marqué les deux entités depuis la révolution castriste.

 

La levée de l’embargo et, plus encore, le rétablissement de relations diplomatiques, seraient un véritable événement historique. Mais sur ce point, Obama devra convaincre les sceptiques à Washington, séduire les lobbies, et surmonter les préjugés sur un statu quo qui date de plusieurs décennies. Un vrai test politique pour le président américain, qui ne semble cependant pas l’effrayer.

 

Se mettre au diapason des évolutions politiques du Sud

 

Washington sera attendue sur ses résultats plus que sur  ses intentions

Parallèlement à la question cubaine, l’une des principales erreurs de Washington au cours des dernières années fut de ne pas prendre la mesure des évolutions politiques en Amérique latine. Et l’un des principaux défis de l’administration Obama va consister à s’adapter aux évolutions politiques d’un sous-continent qui a vu, au cours des dernières années, les partis aux accents anti-américains progresser de manière décisive. Washington sera donc attendue sur ses résultats plus que sur  ses intentions, et pour y parvenir, la nouvelle administration n’a pas d’autre alternative que d’accepter la présence sur son continent de régimes socialistes.

 

Le Venezuela pourrait à cet égard servir de référence, et en signalant que ce pays a fait des progrès, Obama a envoyé un message clair à Hugo Chavez, héraut de l’antiaméricanisme aux assemblées générales de l’ONU : l’Amérique a changé. Reste à savoir jusqu’à quel point Chavez et autres Morales, Lula et dans une moindre mesure Bachelet, seront sensibles à cette invitation au dialogue. Mais le message est passé, et Obama a compris que le "retour" de Washington dans cette zone passe avant tout par une grande opération repentance auprès des plus sceptiques.

 

Vers un duel Washington-Pékin

 

Derrière le retour de Washington en Amérique latine se dessine la perspective d’une confrontation inévitable avec Pékin. La Chine a en effet profité du déclin des Etats-Unis dans la région pour s’imposer progressivement, en particulier après 2004, et devenir un partenaire économique et politique de premier plan pour de nombreux pays de la région.

 

Le Venezuela, le Brésil ou le Chili voient ainsi aujourd’hui dans Pékin un substitut à Washington dans les échanges commerciaux, et un allié politique peu regardant. A tel point que, du fait de ses investissements massifs, la Chine pourrait presque prétendre à un siège au sommet des Amériques  ! En tout état de cause, le retour de Washington en Amérique latine risque rapidement de se solder par un nouveau terrain de confrontation politico-commerciale avec Pékin.

auteur: Barthélémy Courmont
en savoir plus sur l'auteur
2 RÉACTIONS réagissez à  cet article
Pour participer au débat, vous devez vous identifier :


Créez votre profil pour noter, réagir
et écrire
sur contre-feux.com

de kako le 29/04/2009 à 20h08
Tout arrive à point ...

Il était temps !!! Jamais les USA n'ont été en si mauvaise posture en Amérique du Sud. Les différentes administrations qui se sont succédées à Washington, ont cumulé les erreurs, sûrs qu'ils étaient de leur force et de leur supériorité.Cette arrogance, il la paye aujourd'hui, au prix fort et c'est normal. Il ne faut tout de même pas oublier les exactions perpétrées par les régimes totalitaires soutenus et armés par les USA dans ces pays; la mise en coupe réglée de toute l'économie de l'Amsud, pour le seul profit des multinationales américaines; on ne peut pas oublier le fameux réseau "Condor" mis en place avec la complicité du bon docteur Kissinger!On ne peut pas faire l'impasse sur le fameux coup d'état perpétré au Chili avec la complicité de la société ITT, qui vit l'assassinat d'Allende et la répression féroce qui suivie, mise en place par Pinochet et sa clique ! Et ne parlons pas des esquadrons de la mort qui opéraient sur tout le continent, formés et entrainés aux USA !!! et qui servaient surtout à maintenir en place les hommes de Washington en semant la terreur !
Et puis il y a Cuba. Tous les gouvernements, ont eu le même comportement illogique avec Cuba : embargo. Celà n'a pas marché; pire, plus on avançait dans le temps, plus les cubains resserraient les rangs, à l'image du village d'Astérix, et étaient fiers d'être les derniers irréductibles face à l'égémonie de Washington. Celà fait cinquante ans que çà dure! il était donc temps de changer de politique; c'est juste une question de logique et les USA ont tout à y gagner.

répondre à  cette réaction   noter cette réaction signaler un abus
de ADA le 11/06/2009 à 09h56
Obama peut-il réconcilier les Amériques ?

Cet article me paraît très bien documenté, et argumenté, au contraire de ceux de nombreux médias qui ne font que répéter "ce qui se dit"! Ayant vécu plusieurs années au Pérou et en Bolivie, et suivant de près le rapport socio-politique de l'AL, je suis enchantée de connaître un site et des auteurs qui ne pratiquent pas la langue de bois, et la cécité volontaire!

répondre à  cette réaction   noter cette réaction signaler un abus