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Pirates somaliens
Piraterie en Somalie : guerre asymétrique et anarchie

Depuis janvier 2008, 55 bateaux ont été attaqués en Somalie, et plus de 4.000 actes de piraterie ont été perpétrés ces vingt dernières années dans le monde. Et la chasse aux pirates, orchestrée par le concert des nations, illustre le chaos qui vient...

Chaque jour qui passe voit tomber d’étranges nouvelles. Des bateaux, un à un, tombent aux mains des pirates somaliens, "les bandits des mers".  Ils surgissent, rapides, sur des embarcations maquillées en bateaux de pêche, organisés en bandes, puissamment armés, dotés de matériels sophistiqués. Sur les côtes somaliennes, le nombre des attaques a à ce point augmenté que les autorités maritimes internationales conseillent aux navires de croiser à 300 miles des côtes somaliennes. Pire encore, sont pris pour cible, des navires de transport d’armes !

 

Réactions : la protection !

 

Il y a des mois que l’Union Européenne et le Conseil de Sécurité de l'ONU en appellent gravement au respect du droit et tente d’imposer des mesures de régulation et de contrôle. La résolution adoptée, le 2 juin 2008, par le Conseil de Sécurité est explicite : le texte rappelle le cadre juridique de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer édicté le 10 décembre 1982, constate que le gouvernement somalien n’a pas les moyens de patrouiller ni de tenir les pirates à distance… Et finit par engager les Etats dont les navires opèrent au large des côtes somaliennes "à renforcer l’action menée pour décourager les actes de piraterie", à "coopérer entre eux", à "coopérer avec l’Organisation Maritime Internationale"… et décide de rester saisi de la question !

 

Les Russes confèrent à leurs bâtiments de guerre le droit de neutraliser les pirates dans les eaux somaliennes

De son côté, l’Union Européenne, le 15 septembre dernier, approuve la création d’une cellule de "coordination" chargée de la protection contre la piraterie au large de la Somalie. L’Espagne qui a très fortement réagi, après l’attaque de l’un de ses thoniers en avril, a poussé à l’action : cette décision de l’UE se veut une réponse à l’appel du Conseil de Sécurité. Le ministre des affaires étrangères français reste sceptique quant à la perspective de créer une véritable force navale d’intervention contre les pirates. Les Russes, de leur côté, confèrent à leurs bâtiments de guerre, le droit de neutraliser les pirates dans les eaux territoriales somaliennes : ira-t-on jusqu’une guerre navale ? Les forces de sécurité de la région semi autonome de Puntland, en Somalie, viennent de faire savoir, le 18 septembre qu’elles ont mis la main sur sept pirates et qu’elles entendent poursuivre ces opérations jusqu’ à ce que la piraterie soit éradiquée…

 

Eradiquer la piraterie,  ou mener la guerre anti terroriste dans un espace de chaos régional ?

 

Le vocabulaire oscille, de pirate / bandit à terroriste. L’explication la plus simple, réductrice, donnée à cette montée des actes de banditisme est celle de la pauvreté. La Somalie est plongée dans des crises internes et dans des guerres avec l’Ethiopie depuis plus de vingt ans. La capitale Mogadiscio est un immense Far West. Dans cet espace de chaos, de misère et de milices, des enfants soldats, des pêcheurs ou des gardes côtes se seraient reconvertis dans le banditisme. Cette anarchie masque des enjeux régionaux et au-delà, des guerres aux dimensions multiples, qui ont été  partiellement récupérées dans la logique de la guerre anti terroriste.

 

Cette anarchie masque des enjeux régionaux et au-delà, des guerres aux dimensions multiples

La guerre vient de loin. 1991 : l’homme fort de Somalie, allié des Etats-Unis contre l’Ethiopie socialiste, est renversé par une alliance composite de seigneurs de guerre qui se partagent un pays bientôt ruiné. Une intervention "humanitaire" des Etats-Unis échoue en 1993. Quelques années d’espoir incertain entre 2000 et 2006 : les  chefs de milice semblent négocier un accord transitoire. Mais, des groupes islamistes, usant du vide de pouvoir, à l’écoute de populations démunies, gagnent  du terrain pour occuper Mogadiscio en juin 2006. La talibanisation de la Somalie inscrit le conflit dans la compétition régionale, entre Erythrée et Ethiopie soutenue par les Etats-Unis.

 

L’Ethiopie se mobilise contre la "menace islamiste terroriste",  tandis que le gouvernement d’Erythrée, de son côté, lance ses forces armées à l’appui des Islamistes. En dépit de l’embargo sur les livraisons militaires à la Somalie, les armes affluent, via des intermédiaires privés. George W. Bush félicite les Ethiopiens et accuse les islamistes somaliens d’être liés à Al Qaida. L’Ethiopie  pouvait- elle prétendre au rôle de gendarme régional ? Non. La délimitation de la frontière entre l’Erythrée et l’Ethiopie a tardé, du fait de l’administration Bush qui souhaitait gérer la crise avant que de miser sur la mission, intenable, des Nations Unies !

 

Le bilan humain est désastreux

 

Les humanitaires sont de plus en plus ciblés en Somalie, alors que les agences de l’ONU estiment que 2.6 millions de Somaliens ont besoin d’aide et qu’ils seront 3.5 millions d’ici la fin de l’année… Pour l’Ethiopie, le Programme Alimentaire Mondial (PAM) fournit une aide d’urgence à 4.6 millions de personnes. Or les navires du programme PAM sont régulièrement pris pour cibles par les  pirates somaliens.

 

En 1994, pour la revue The Atlantic, l’analyste Robert. D. Kaplan lançait un sujet que l’actualité n’épuise pas : "The coming anarchy" (l’anarchie qui vient). Il titrait, pauvreté, tribalisme, crime et disette vont envahir la planète.  La chasse aux pirates, en Somalie, est une illustration de ce chaos qui vient.
 

auteur: Catherine Durandin
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