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Pourquoi il faut renoncer au Traité de Lisbonne

Le rejet irlandais du traité de Lisbonne laisse les dirigeants européens désemparés. Chacune des solutions envisagées pour surmonter cette énième crise s’avère en effet impraticable ou insatisfaisante. Doit-on punir l’Irlande en la faisant sortir de l’Union ou en la reléguant dans une seconde division ?

La première option est inenvisageable faute de volonté de sécession de la part des Irlandais ; la seconde conduirait à rouvrir le débat institutionnel qu’il s’agissait de clôturer. Doit-on faire revoter les Irlandais dans un an ? Les déclarations unanimes des chancelleries nationales en faveur d’une poursuite des ratifications privilégient implicitement cette hypothèse. Faire revoter l’Irlande serait pourtant une faute démocratique – puisque le peuple irlandais s’est prononcé clairement en votant massivement – autant qu’un calcul bien aventureux – puisqu’un second non serait possible sinon probable.

 

"Il n'est pas de problème dont une absence de solution ne puisse venir à bout"
Henri Queuille

L’absence de solution à la ratification du traité de Lisbonne est patente. Elle peut cependant aider à sortir du débat institutionnel dans lequel l’Europe s’est enlisée depuis dix ans. "Il n'est pas de problème dont une absence de solution ne puisse venir à bout". Le bon mot d’Henri Queuille invite à penser que la façon la plus sûre de régler le problème de la ratification du traité de Lisbonne consiste à y renoncer. Les dirigeants européens doivent non seulement oublier ce traité mais abandonner, pour l’heure, l’ambition de modifier les institutions communautaires.

 

Outre l’impossibilité pratique à faire accepter cette réforme à l’Irlande, le renoncement à la révision des traités européens se justifie sous trois aspects :

 

L’Europe fonctionne à Vingt-Sept

 

Les élargissements de 2004 et de 2007 compliquent sans doute les négociations communautaires. Les coalitions entre Etats membres sont certes plus fluides et plus imprévisibles. Pour autant, ni le Conseil ni la Commission ni le Parlement européen ne sont bloqués. Les travaux menés à Sciences Po par l’Observatoire des institutions européennes indiquent même que le temps de la prise de décisions s’est, dans certains cas, raccourci. Si la crainte d’une paralysie semble résister à la réalité, c’est au fond parce que l’élargissement fait toujours peur – particulièrement en France.

 

Le traité de Lisbonne n’apporte pas d’améliorations substantielles au fonctionnement des institutions

 

L’Union européenne repose sur des fondamentaux solides - un triangle institutionnel, une méthode dite communautaire, des rencontres régulières au sommet - que ce traité n’aurait pas révolutionné. La révision des modes de scrutin au Conseil ou l’extension de la co-décision seraient sans doute bienvenues mais elles n’apparaissent pas comme des évolutions décisives. Le Conseil vote peu et Lisbonne ne prévoit aucune modification avant dix ans. Le Parlement européen a vu mécaniquement son influence augmenter avec l’élargissement – ce qui relativise l’échec de l’extension de la co-décision. Surtout, dans d’autres domaines, les dispositions du traité de Lisbonne sont au mieux décevantes et au pire périlleuses. Les attributions offertes aux parlements nationaux sont tout à fait limitées. L’instauration d’une présidence stable du Conseil pourrait miner l’autorité de la Commission comme le laissaient entrevoir les premières négociations pour les nominations. La suppression du principe d’un commissaire par Etat membre, sans doute généreuse, soulève, qu’on le veuille ou non, le problème de la légitimité de la Commission.

 

Il n’apporte pas non plus d’approfondissement substantiel de l’intégration européenne

 

Renoncer à l’Acte unique impliquait de renoncer à l’objectif d’achèvement du marché commun. De même pour le traité de Maastricht et l’euro. Tel n’est pas le cas du traité de Lisbonne. En matière de politique étrangère, de défense, de fiscalité ou de protection sociale, aucune des dispositions du traité n’apparaît comme décisive. Plusieurs propositions peuvent au contraire contribuer à affaiblir la Commission européenne qui se trouve déjà mal en point depuis plusieurs années. 

 

L’accumulation des non aux référendums enracine l’idée – pourtant discutable – d’un déficit démocratique de l’Union

En définitive, l’ardeur décennale à modifier les institutions communautaires et à poursuivre aujourd’hui la ratification du traité puise à des considérations symboliques plutôt que substantielles. En 2004, les dirigeants européens ont signé un traité qualifié de Constitution dans le but d’offrir aux citoyens la solennité d’un texte supposé simple et lisible. En 2007, ils ont rédigé un nouveau traité à Lisbonne pour signifier que l’Europe pouvait tourner la page de l’échec des référendums français et hollandais. Il est à craindre qu’ils n’imposent un second référendum à l’Irlande en 2009 pour casser l’image d’une Union incapable de se réformer. La politique symbolique n’est assurément pas à mépriser. Constatons simplement que la stratégie consistant à faire porter le symbole de la puissance de l’Europe sur la révision de ses traités a échoué. Pire, le symbole a été détourné ; l’accumulation des non aux referendums venant enraciner l’idée – pourtant discutable – d’un incommensurable déficit démocratique de l’Union.

 

Le règlement intérieur de l’Europe n’étant ni spécialement mauvais ni potentiellement enthousiasmant, les Vingt-Sept ont mieux à faire que d’en débattre sans fin et de tenter d’y imposer des amendements ambigus. Oublier Lisbonne et sortir du débat institutionnel, telle est la leçon de Dublin.

crédit photo : Archiwum-Kancelarii (Wiki Commons)
auteur: Olivier Rozenberg
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de Willy Gardett le 05/09/2008 à 12h30
Quelle différence entre la traité de Lisbonne et le traité constitutionnel de 2005 ?

Le traité de Lisbonne est-il différent du traité sur la constitution ?
Si tel n'est pas le cas, on peut conclure que la France, la Hollande et l'Irlande sont manifestement contre.
Pourtant, l'Europe politique et fédérale doit voir le jour le plus vite possible pour lutter contre la tendance géopolitique actuelle : le passage d'un monde unipolaire (dominé par les USA), à un monde polipolaire (Russie, Chine, USA et l'Europe).

Pourtant, le traité constitutionnel n'était en réalité qu'un traité économique déguisé maladroitement en traité politique.

Qu'en pensez-vous, Monsieur Rozenberg ?

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de jackieh le 05/09/2008 à 15h45
Consittution ou Traité, économique ou politique?

"Pourtant, le traité constitutionnel n'était en réalité qu'un traité économique déguisé maladroitement en traité politique."

Mouais...

Faut-il rappeler qu'une bonne partie des craintes des nonistes consistait justement à voir "gravées dans le marbre d'une Constitution" ce qui n'étaient en fait que des politiques communes parfaitement révisables ou réorientables, et non des valeurs ni la définition des institutions et de leur fonctionnement (la fameuse partie III du TCE - ah l'archi-célèbre "concurrence libre et non faussée" et l'orientation manifestement libérale des politiques économiques de l'Union...)?

C'est la toute l'ambiguïté du terme original de "Traité Constitutionnel - à la fois un traité (entre différents pays) et une Constitution (une loi fondatrice)?

Le terme de "Constitutionnel" a été abandonné pour le Traité de Lisbonne, mais cela n'a apparemment guère apaisé les craintes au sein des populations...

Ceci dit, jusque chez les nonistes on trouve des gens qui, même s'ils ne veulent pas de "cette Europe-là", sont d'accord pour dire que nous avons besoin de "plus d'Europe" si l'ensemble appelé "Union Européenne" veut rester crédible dans le monde d'aujourd'hui et surtout de demain.

Mais quelle est la conviction actuelle des populations et des dirigeants des États membres de l'Union de la nécessité spécifique de l'Europe dans un monde qui se... mondialise?

Peut-être est-ce là la véritable question qu'il faudrait se poser...

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de Pascal le 07/09/2008 à 21h54

l’accumulation des non aux referendums venant enraciner l’idée – pourtant discutable – d’un incommensurable déficit démocratique de l’Union.

==> l'accumulation des ratifications parlementaires (26 sur 27) venant enraciner l'idée - indiscutable - d'un incommensurable déficit démocratique de l’Union !!

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de Pascal le 07/09/2008 à 22h02

Charles de Gaulle, Conférence de presse tenue au Palais d’Orsay, 14 novembre 1949. La phrase est exactement : « L’organisation de l’Europe est une chose énorme, extrêmement difficile et qui, à mon sens, implique un acte de foi populaire. Les institutions de l’Europe doivent naître des Européens, c’est-à-dire d’une manifestation démocratique, par le suffrage universel, des citoyens de l’Europe. » Une certaine idée de l’Europe. Le gaullisme et l’Europe, Laurent de Boissieu, mémoire de DESS de droit de la vie politique, université Paris X-Nanterre, 1998-1999 : www.monde-diplomatique.fr/cahier/europe/a12165.

En 1960, le général de Gaulle, qui est alors aux affaires, rappelle d’ailleurs la nécessité d’un fondement populaire, par l’organisation : « le plus tôt possible, d’un solennel référendum européen, de manière à donner à ce démarrage de l’Europe le caractère d’adhésion et de conviction populaire qui lui est indispensable » (Conférence de presse tenue au Palais de l’Élysée, 5 septembre 1960). On l'attend toujours ...

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de jackieh le 08/09/2008 à 15h29
Entre indifférence bienveillante et scepticisme...

... a toujours balancé l'opinion du gros des populations je pense.

L'enthousiasme et l'hostilité ont toujours été le fait de minorités plus ou moins actives dans les milieux politiques.

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de Willy Gardett le 08/09/2008 à 20h59
Pour une Europe fédérale

Cet eurosceptiscisme est la conséquence d'une Europe exclusivement économique. D'abord la CECE, puis la CEE. Nous avions la possibilité d'anticiper l'Europe politique 12, en attendant la chute du mur pour accepter de nouveaux acteurs.
Mais aujourd'hui, l'Europe, à 27, n'est construite que pour l'économie : certains moteurs, et les anciens pays de l'Est qui servent de plateforme de délocalisation plus proches que l'Asie du sud-est.
C'est par une constitution commune, un traité véritablement politique, qu'une Europe fédérale peut naître.
a l'heure où, avec le conflit en Géorgie, on voit l'apparition d'un monde multipolaire, avec des géants comme la Russie, les USA, ou la Chine, l'urgence d'une Europe politique et fédérale n'est plus à démontrer...

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de jackieh le 09/09/2008 à 11h55
Europe fédérale et mondialisation

"C'est par une constitution commune, un traité véritablement politique, qu'une Europe fédérale peut naître a l'heure où, avec le conflit en Géorgie, on voit l'apparition d'un monde multipolaire, avec des géants comme la Russie, les USA, ou la Chine, l'urgence d'une Europe politique et fédérale n'est plus à démontrer..."

Beaucoup de gens ont le sentiment qu'en fait la mondialisation a rendu l'Europe *obsolète*, pour ne pas avoir su se faire assez vite...

Mais si au lieu de mondialisation, on assiste en fait à la *multipolarisation* du monde, la construction de l'Europe alors retrouve tout son sens...

... certes... mais ne perd-elle pas en route celui que lui avaient donné les "Pères de l'Europe": "abolir les frontières pour construire la paix"?

Un tel programme est potentiellement *mondial*, pas seulement européen... or dans le cadre d'une multipolarisation du monde, l'Europe qui émergerait unie le serait en tant que *puissance*, dans le but d'avoir encore quelque chose à dire dans le monde de demain - et donc *en opposition* potentielle avec les autres géants présents ou à venir...

N'a-t-on pas parlé de "mondialisation" un peu trop vite?

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