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Pourquoi la Turquie n’a pas rompu avec Israël

Depuis l’incident du Forum de Davos et plus encore depuis la crise de la flottille, Israël et la Turquie font penser à ces vieux couples qui sont en permanence au bord de la rupture sans jamais vraiment se résoudre à se séparer...

Une observation rétrospective montrerait que ces tensions ont des racines anciennes, car la relation entre les deux pays est loin d’avoir été un long fleuve tranquille depuis qu’Ankara a reconnu l’Etat hébreu en 1949. La Turquie s’était déjà montrée très critique à l’égard d’Israël, en 1967, au moment de la guerre des Six jours. On se souvient aussi qu’en 1973, elle avait refusé l’usage de ses bases militaires aux Américains pour ravitailler Tsahal, en difficulté au début de la guerre du Kippour. Les alliés atypiques du Proche-Orient ont toujours entretenu des rapports pour le moins complexes.

 

Force est de constater que le raid israélien sur le "Mavi Marmara", qui a causé la mort de 9 militants humanitaires turcs, le 31 mai dernier, pousse l’ambiguïté de cette relation à l’extrême, car s’il l’a détériorée comme jamais, il ne lui a pas non plus été fatal.

 

Israël fait le minimum nécessaire pour éviter la rupture et trouver une porte de sortie

Près de deux mois après les débuts de l’interception de la flottille "Free Palestine", en effet, il semble bien que l’on se dirige petit à petit, si ce n’est vers une véritable sortie de crise, du moins vers l’établissement d’un statu quo. Fin juin, une entrevue secrète a eu lieu entre Ahmet DavutoÄŸlu, le chef de la diplomatie turque, et Benyamin Ben Eliezer, le "Monsieur Turquie" du gouvernement israélien (par ailleurs ministre de l’Industrie, du Commerce et de l’Emploi). Plus récemment un rapport militaire israélien a reconnu que des erreurs avaient été commises à "un échelon relativement supérieur" dans cette opération, et Tel Aviv a consenti à restituer les navires turcs arraisonnés.

 

On est loin de la satisfaction des conditions fermes qu’Ankara a assignées au gouvernement Netanyahou pour normaliser les rapports entre les deux pays, mais l’on observe qu’Israël, tout en refusant d’aller jusqu’à présenter des excuses et accepter la constitution d’une commission internationale, fait le minimum nécessaire pour éviter la rupture et trouver une porte de sortie. Paradoxalement, les tensions des dernières semaines risquent donc encore de démontrer la longévité d’une relation qui n’a sans doute jamais été une véritable alliance.

 

Pourtant, eu égard à la gravité des faits (attaque meurtrière contre des navires humanitaires dans les eaux internationales) et à la dureté du ton employé par le gouvernement turc pour les condamner ("terrorisme d’Etat", "actes relevant du banditisme ou de la piraterie"), on peut se demander pourquoi ce dernier n’a pas finalement rompu ses relations avec Israël.

 

Plusieurs raisons peuvent être avancées pour expliquer la poursuite des relations turco-israéliennes

 

Rappellons l’importance de la coopération militaire entre les deux pays

En premier lieu, on rappellera bien sûr, l’importance de la coopération militaire entre les deux pays, qui est au cœur du fameux accord qu’ils ont conclu en 1996. Cette stratégie a permis à Ankara de moderniser à moindre frais son armement principal d’origine américaine (avions, chars), tout en trouvant un fournisseur sans état d’âme prêt à procurer à son armée le matériel dont elle a besoin dans la lutte qu’elle mène plus que jamais actuellement contre la rébellion kurde du PKK (drones, véhicules blindés en particulier). Il y a certes dans le monde beaucoup de marchands d’armes qui pourraient ravitailler la Turquie, mais il n’y en a probablement pas d’autres qui présentent pour elle autant d’avantages techniques, financiers et politiques.

 

Ankara souhaite aussi préserver sa relation avec Washington

L’autre raison qui explique la réticence de la Turquie à consacrer la détérioration de ses relations avec l’Etat hébreu par une rupture diplomatique définitive est la volonté d’Ankara de préserver sa relation avec Washington. Une rupture avec Israël aurait été particulièrement dommageable aux rapports turco-américains dans un contexte où, par ailleurs, sur le dossier nucléaire iranien, la Turquie conteste la stratégie des Etats-Unis. Après l’accord tripartite du 17 mai (Iran, Turquie, Brésil) et le vote négatif (contre l’application de sanctions à Téhéran) au Conseil de sécurité des Nations Unies le 9 juin, une décision de rupture avec Tel-Aviv aurait singulièrement donné l’impression aux Occidentaux que leur allié turc se tournait vers l’Est et changeait l’axe de sa politique étrangère. En outre, elle aurait affaibli le rôle stratégique de médiateur que la nouvelle diplomatie turque entend jouer entre les différents protagonistes des conflits du Moyen-Orient.

 

Enfin, la politique intérieure ne doit pas être négligée lorsqu’on essaye de comprendre pourquoi Ankara n’est pas allée jusqu’au bout de la logique de rupture

 

Celle que pouvait impliquer sa première réaction à l’arraisonnement de la flottille. En tenant un discours particulièrement virulent à l’égard d’Israël, le gouvernement de l’AKP a certes satisfait les plus radicaux de ses partisans et probablement gagné des voix dans les milieux islamistes. Mais il a aussi inquiété une part non négligeable de l’opinion publique turque, qui dépasse très largement les secteurs les plus laïques de la société. Cette opinion turque dominante reste très attachée à la religion musulmane et réprouve le comportement d’Israël, mais elle ne se sent pas pour autant représentée par les militants qui, au lendemain du raid israélien, ont manifesté dans les rues d’Istanbul, le front ceint de bandeaux verts où figuraient des slogans en arabe.

 

Pour des raisons historiques, les Turcs se considèrent comme naturellement concernés par le problème palestinien, ce qui ne veut pas dire qu’ils en acceptent l’instrumentalisation par des mouvements extrémistes. Le succès politique de l’AKP tient au fait qu’il a su capter à son profit le courant conservateur modéré qui a presque toujours été majoritaire en Turquie depuis les années cinquante. En condamnant Israël sans ménagement dans un premier temps, le gouvernement de Recep Tayyip ErdoÄŸan a pu donner libre cours à une rhétorique islamisante téméraire qui lui aura certainement rapporté quelques voix. En laissant survivre sa relation avec l’Etat hébreu, il entend renouer avec le réalisme pour montrer que ni l’axe de sa politique étrangère, ni le centre de gravité de sa politique intérieure n’ont véritablement changé.

auteur: Jean Marcou
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de bjean le 30/07/2010 à 12h32

on peut aussi dire que si la Turquie ne rompt pas ses liens avec Israël, c'est aussi dans le but de pouvoir faire parti de l'UE. En effet, bon nombre parmi les membres des pays de l'UE sont pro Israélien. Se mettre Israël à dos c'est aussi se mettre l'UE à dos.

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de ceres le 31/07/2010 à 15h17
D'accord avec bjean + rôle des Anglais

Tout à fait d'accord avec vous sur le souci de la Turquie de plaire à l'UE. On se demande d'ailleurs pourquoi l'UE n'adopte pas enfin une position ferme et commune par rapport à la Turquie ! Il semblerait que les Anglais jouent une fois de plus les trublions en prônant un élargissement maximal de l'UE...

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de bjean le 31/07/2010 à 22h49

je ne sais pas si on peut se permettre de dire que l'Angleterre sème le trouble dans l'UE.
Mais supposons que la Turquie fasse partie de l'UE. Cela indiquerait que les musulmans et les chrétiens peuvent réellement vivre ensemble.
Une victoire donc sur Ben Laden et sur les politiciens malhonnêtes, ou des gens parmi l'élite qui nous manipulent en faisant croire qu'il y a un choc de civilisation.

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de ceres le 01/08/2010 à 19h12

Istamboul, visitée très récemment, ne parait pas une ville européenne; j'ai été frappée par de nombreux signes extérieurs qui marquent un retour vers un islam fondamental ; ces signent n'existaient pas il y a peu d'années en arrière. Le pays , par ses moeurs semble beaucoup plus oriental qu'occidental.

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de bjean le 04/08/2010 à 22h37

c'est quoi un Islam fondamentaliste ?
si ce n'est pas boire de l'alcool, ni manger du porc. je ne vois où est le problème. Et si on ne veut pas du voile alors pourquoi accepter le voile porté par les sœurs chrétiennes ?

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de bjean le 04/08/2010 à 22h41

Mais bon, l'occident aimerait bien influencer culturellement les autres régions du globe. Mais quand il s'agit de l'influencer, c'est hors de question. Je ne sais pas comment on pourrait appeler cela : de l'orgueil, une fermeture d'esprit ?
une culture orientale peut bien se marier avec une culture occidentale

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