article du 14 mai 2008
Au lendemain de sa large victoire en Caroline du Nord et de sa courte défaite en Indiana, qui le rapprochent un peu plus de l’investiture démocrate, Barack Obama a livré une intervention télévisée importante sur CNN. Sans doute la plus importante depuis sa candidature début 2007 pour les observateurs étrangers, tant elle lui offrit l’opportunité de présenter ses ambitions en matière de politique extérieure. Au programme du très probable futur candidat démocrate, restaurer l’image de Washington sur la scène internationale, renouer avec le leadership, et définir des priorités dans l’engagement extérieur américain.
Une influence en régression
Pour Obama, la tendance la plus inquiétante de ces dernières années en matière de politique étrangère est la régression de l’influence américaine. L’image de Washington sur la scène internationale, au plus haut après les attentats du 11 septembre 2001, s’est depuis profondément dégradée, notamment en raison de l’unilatéralisme de l’administration Bush I, de la guerre en Irak, et de l’attitude vis-à-vis des alliés et partenaires des Etats-Unis. Cela a eu pour effet de précipiter la chute de l’influence américaine, que ce soit auprès des alliés traditionnels de Washington, où dans des régions dites à risque, comme le Moyen-Orient, l’Asie centrale, ou l’Asie du Sud-Est. Le sénateur de l’Illinois juge nécessaire de renforcer cette influence, en mettant en avant les valeurs américaines, et en proposant une vision moins manichéenne du monde. La caractéristique de Barack Obama qui découle de ce souhait, déjà exprimée à plusieurs reprises, concerne la reprise du dialogue avec les partenaires, mais aussi les adversaires de Washington. A l’inverse des autres candidats, le sénateur de l’Illinois juge nécessaire de dialoguer avec les dirigeants iraniens, nord-coréens, ou cubains, et fait de cette approche le meilleur moyen d’influencer leurs politiques. Hillary Clinton et John McCain critiquèrent l’inexpérience et la naïveté d’Obama sur ces questions, ce à quoi il répond qu’une politique agressive et coercitive, même si cela est parfois nécessaire, n’a pas le même impact que l’influence, et le soft power, qu’il estime avoir été négligé ces dernières années.
La question du leadership
Barack Obama estime que le monde a besoin d’un leadership américain. Besoin de ses valeurs, de ses idéaux, et de son combat pour la paix et la liberté. Besoin de sa puissance et de son autorité. Besoin de ses réseaux d’influence et de ses alliés. Obama a souvent été montré du doigt comme le plus enclin à favoriser un isolationnisme parmi les candidats encore en course. Ses positions sur l’ALENA et son souhait d’accélérer le retrait des forces d’Irak ont ainsi été critiqués comme la marque d’un repli sur soi consacrant le refus de Washington de s’engager sur la scène internationale. Cette intervention fut donc l’occasion pour lui d’imposer un programme de politique étrangère ambitieux, et de rejeter toute forme d’isolationnisme, mais aussi et surtout de rappeler que si le multilatéralisme doit s’imposer, il est nécessaire qu’il s’accompagne d’un leader, et que ce leader doit être Washington.
Les priorités en matière de politique étrangère
Afin de renforcer l’influence américaine dans le monde, Barack Obama estime nécessaire de définir des priorités en matière de politique étrangère. A commencer par l’engagement militaire en Irak et en Afghanistan, et la lutte contre le terrorisme international. L’Irak est dans la ligne de mire d’Obama, en raison de l’échec de l’opération américaine, de la désapprobation internationale qu’elle généra, mais également parce qu’elle écarta Washington d’engagements plus importants, comme l’Afghanistan, le réchauffement climatique, la politique énergétique ou l’économie. Si le retrait des forces militaires d’Irak figure ainsi au programme du candidat démocrate, il doit s’accompagner d’un effort accru en Afghanistan et, plus généralement, en Asie centrale, et d’une plus grande implication dans les dossiers internationaux, au premier rang desquels l’écologie. Sur ces questions encore, c’est la capacité d’influence de Washington qui est mise en avant.
Une posture électorale
Les propos de Barack Obama s’inscrivent enfin dans une posture électorale, avec les yeux tournés vers le scrutin de novembre. Le sénateur de l’Illinois est ainsi revenu sur les déclarations de John McCain selon lesquelles "le Hamas a clairement un candidat favori", tournant la page des luttes internes, et faisant ainsi de l’opposition Républicains - Démocrates la référence électorale. L’occasion pour lui de se placer en position de candidat du parti démocrate.
Sur l’engagement extérieur, Obama s’est montré comme nous l’avons vu plus engagé que ce que lui prêtent ses détracteurs, mais il a toutefois rappelé que les sommes dépensées pour les opérations extérieures sont autant d’argent qui ne peuvent permettre à l’Amérique d’être plus forte. Un moyen de rappeler que l’élection se jouera, comme les précédentes, avant tout sur les questions de politique intérieure, et que si la présidentielle est un mandat accordé à un homme et son équipe pour mener à bien la politique extérieure des Etats-Unis, c’est aussi et surtout la rencontre entre un candidat et ses électeurs, pour qui les enjeux sont avant tout locaux.