International
Publié le 30/04/2008
par Stephen Boucher
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NOTE DE L'ARTICLE :

Climat : le futur président américain plus proche de l'Europe ?

Fait passé presque inaperçu, le 16 avril 2008, le Président Bush a mis fin à son entêtement de longue date de refuser de plafonner les émissions américaines de gaz à effet de serre. "La croissance des émissions ralentira au cours de la prochaine décennie pour s’arrêter d’ici à 2025 et commencer ensuite à s’inverser". Pourtant, les analystes conviennent du caractère insuffisant et tardif de l’engagement. L’Europe vise au moins une réduction de 20% de ses émissions en 2020 par rapport à 1990. Les Nations Unies recommandent 25% à 40%.

 

Il faudra attendre l'après-Bush pour parle sérieusement de lutte contre le réchauffement outre-Atlantique

 

Il n’est donc pas étonnant que tout le monde attende l’après-Bush pour parler sérieusement de lutte contre le réchauffement climatique avec les Etats-Unis. Cette attitude peut être néfaste à deux égards. Elle donne le sentiment outre-Atlantique que l’Europe se complaît à donner des leçons. Elle empêche par ailleurs de mesurer l’avancée du débat aux Etats-Unis sur le sujet. En effet, s’il est connu qu’Hillary Clinton, Barack Obama, et John McCain se disent favorables à une lutte plus active contre le changement climatique, un examen détaillé de leurs programmes en la matière invite en réalité l’Europe à se préparer à un changement radical aux Etats-Unis en 2009 et remet en cause l’idée d’un leadership européen en la matière.

 

L’étude "Clinton, McCain, Obama - Nouvelle donne pour le climat", publiée cette semaine par le think tank Notre Europe, compare point par point les forces et faiblesses des projets législatifs des deux côtés de l’Atlantique ainsi que les dynamiques potentielles entre les négociations des prochains mois au Congrès américain, au sein de l’UE et au niveau international.

 

Les trois candidats américains semblent réellement vouloir lutter contre le réchauffement mais les ambitions affichées sont variables 

 

La volonté des candidats américains de lutter contre le réchauffement de la planète est réelle, leurs projets sont sérieux, à la hauteur des ambitions européennes. Malgré la résistance d’arrière garde de l’administration actuelle, les responsables politiques européens doivent donc se préparer à un changement de paradigme, et voir les Etats-Unis comme leur meilleur allié à venir. Chaque candidat de ce point de vue présente de réels atouts, mais aussi des causes d’inquiétude.

 

- Le candidat républicain John McCain a introduit la première proposition législative au Congrès en la matière. Son objectif de réduction des émissions n’est pas le plus ambitieux (environ 65% de réduction en 2050 en dessous des niveaux de 2000), mais comparable à ceux de l’UE, qui a évoqué parfois 50% de réduction par rapport à 1990, parfois 60 à 80%. Toutefois, son engagement pour le climat contraste avec son peu d’enthousiasme pour les questions environnementales de manière plus générale.

 

- Du côté démocrate, Hillary Clinton et Barack Obama soutiennent publiquement le texte de loi le plus ambitieux introduit au Congrès, proposant une réduction de 80% des émissions sous le niveau de 1990 d’ici 2050. Toutefois, tous les deux ont fait des concessions dans leurs propositions à des lobbies locaux, des producteurs d’éthanol dérivé du maïs pour Clinton, du charbon pour Obama.

 

Les gouvernements européens se doivent donc d’encourager les efforts américains, en se tenant aux objectifs fixés par la Commission

 

Ces paroles de campagnes ne sont donc ni floues, ni sans ambition. Leur réalisation dépendra d’une dynamique politique complexe et par nature incertaine à ce stade. Concrètement toutefois, les programmes des trois candidats invitent l’UE à maintenir voire renforcer ses objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre, de couverture du système européen d’échange de quotas d’émissions, et à éviter de parler de taxes compensatoires sur les pays ne participant pas au futur traité international avant que celui-ci ne soit conclu.

 

Dans cette optique, si les gouvernements de l’UE souhaitent s’assurer qu’un traité mondial voit le jour fin 2009 et éviter de nourrir le feu de ceux qui, aux États-Unis, voudraient affaiblir une éventuelle législation américaine, et s’ils souhaitent que les pays en développement rejoignent le mouvement, ils se doivent d’encourager les efforts américains en se tenant aux objectifs fixés par la Commission. Ils devraient également favoriser un examen législatif parallèle, dans la mesure où le délai imparti pour parvenir à s’accorder sur un traité post-Kyoto est très court. Ils seraient également bien avisés d’éviter de parler d’ "ajustements douaniers" et autres taxes compensatrices avant au moins 2010, après négociation d’un traité international.

 

Le rapport complet est accessible sur le site de Notre Europe (en français et en anglais)