International
Publié le 13/05/2008
par Catherine Durandin
1 commentaire

NOTE DE L'ARTICLE :

Les Serbes aux urnes et l’UE en pointillé…

Quelques jours avant les élections législatives serbes du 11 mai, l’hebdomadaire The Economist avançait à juste titre que des millions d’Européens attendaient le résultat avec inquiétude. Les Serbes allaient-ils refuser l’avancée vers l’intégration européenne et se figer dans une posture de frustration nationaliste ou tenter d’enjamber le passé pour construire un projet accéléré de développement ? La légère victoire du parti pro européen du président Tadic (37 % contre 28% aux Radicaux conduits par Nikolic) lors de ce scrutin, rassure en première lecture. Pour la France qui prend en juillet la présidence de l’UE, l’évolution de relations stabilisées entre Belgrade et le Kosovo est d’importance. Qu’il s’agisse du bilatéral entre Serbie et Kosovo, du rôle de la Russie dans les Balkans, les enjeux portent à la fois sur la gestion de la sécurité et les choix énergétiques.

 

Mémoires hostiles, et pourtant…

 

Après dix ans de contrôle du Kosovo, ex-province serbe que les Serbes considèrent comme le berceau historique de leur nation, Pristina a proclamé son indépendance le 17 février dernier. Une indépendance reconnue par Washington, Paris et la plupart des grandes capitales européennes alors que le voisin roumain et Moscou, en particulier, s’y refusent : cette indépendance met en cause pour Moscou l’ONU et la résolution 12 44 du Conseil de Sécurité qui ont statué en 1999 pour un avenir du Kosovo sous contrôle civile et militaire de l’ONU et de l’OTAN. La France s’est, en 1999, associée dans le cadre de l’OTAN aux frappes dirigées contre Belgrade qui poursuivait une politique d’épuration ethnique anti-albanaise au Kosovo. Depuis 1999, les populations minoritaires serbes du Kosovo, situées au nord dans des espaces dits "enclaves", sont loin d’être réconciliées avec les populations kosovares. La future constitution du Kosovo qui devrait être mise en place le 15 juin prend en compte le respect des droits et des langues minoritaires. Belgrade, en dépit de ce signal d’apaisement et de future réconciliation, refuse l’indépendance du Kosovo, jugée illégale et vécue comme une amputation de la nation.

 

Le vote serbe : entre un futur dans l’UE et une mémoire Kosovo

 

C’est dans ce contexte de crise, avec un président Tadic prêt au dialogue avec l’UE qui a proposé un accord d’association à la Serbie (Stabilization and Association Agreement), le 29 avril, et un premier ministre Kostunica qui considère l’UE - au même titre que les Etats-Unis - comme instigatrice de l’indépendance que le président Tadic a dissous le Parlement et appelé à des législatives anticipées. Le premier ministre a conclu un accord électoral avec le parti  ultra radical serbe de Nikolic: au programme, refus de l’indépendance du Kosovo et rejet de l’accord d’association avec l’UE, refus de coopération avec le Tribunal de la Haye qui juge les responsables de violences et épuration ethnique.

 

Le président Tadic a tenté de convaincre l’opinion que la priorité pour la Serbie était son développement économique. Le chômage touche près de 20% de la population, le manque d’investissements directs étrangers est criant. De son côté, Moscou s’est engagée sur le terrain économique : le 25 avril, Kostunica était à Moscou pour des négociations économiques. D’autre part, les représentants du géant russe Gazprom ont proposé la réalisation d’un tracé énergétique "SouthStream" allant de Russie à la Bulgarie et, de là, à la Serbie, qui serait à la fois pays importateur et pays de transit du gaz russe. Les Occidentaux ont pris la mesure du défi : une Serbie nationaliste radicale plongerait les Balkans occidentaux dans la récession et menacerait d’éclatement la Bosnie où les Serbes seraient tentés par la sécession. Ils ont agi en conséquence : en 2007, les Etats-Unis ont versé une aide de 50 millions de dollars à la Serbie, l’UE près d’un milliard depuis 2000. L’attraction occidentale peut-elle l’emporter ?

 

Mais le parti de Boris Tadic (parti démocrate, DS) doit composer pour former un gouvernement. En effet, la coalition pro-européenne remporte 103 sièges, mais les radicaux de Nikolic en gagnent 77 et s’associeront aux partisans nationalistes de Kostunica et du petit parti Nouvelle Serbie pour emporter 30 sièges. Alors ? La boucle se resserre : composer avec les 107 députés nationalistes ?  Les négociations vont s’ouvrir sur une perspective peu ouverte...

 

La future présidence française de l’UE : que d'interrogations !

 

La position de la France est difficile. Accusée entre 1991 et 1995 d’affinités électives pro-serbes, Paris s’est cependant engagé en 1999 sur la position de l’OTAN lors de l'intervention militaire contre les Serbes. La France n’a de capital de sympathie ni à Belgrade ni à Pristina. La Roumanie, dotée d’un partenariat stratégique avec la France, puissance régionale de 22 millions d’habitants, refuse la reconnaissance de l’indépendance du Kosovo. Enfin, nulle voix unique européenne ne se dégage sur les choix énergétiques de l’UE : l’Allemagne a négocié avec Gazprom, tout comme ENI pour l’Italie et partiellement Gaz de France. Nulle ligne directrice ne se dégage encore quant à la posture à définir dans la relation avec la Russie… Au point actuel, c’est de l’OTAN que relève la sécurité du Kosovo alors que Paris souhaite le renforcement de la Politique de Sécurité et de Défense Européenne (PESD) dans une complémentarité avec l’OTAN.

 

Force est de constater que nous en restons aux points d’interrogation et que le dossier Serbie / Kosovo est  bien loin d’être "classé". Le 11 mai, "c’est une victoire mais ce n’est pas fini" déclarait le président Tadic.