International
Publié le 19/02/2008
par Sébastien Castellion
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NOTE DE L'ARTICLE :

Mais où est donc passée la guerre d’Irak ?

Il y a moins d’un an, chacun affirmait que la guerre d’Irak - ou plus exactement, la condamnation de la politique de Bush en Irak - serait le thème central de la campagne présidentielle américaine. Dans la presse française, le « désastre » ou l’« enlisement » des Américains en Irak était l’objet, chaque jour, de l’amoureuse attention de nos journalistes.

 

Que s’est-il donc passé ? Pourquoi, depuis l’automne dernier, la presse française a-t-elle soudain cessé de s’intéresser  à l’Irak ? Pourquoi les candidats à la présidentielle américaine mentionnent-ils si rarement cette guerre ?

 

La raison de ce silence soudain est bien simple : les Etats-Unis et leur allié, le gouvernement démocratique irakien, sont en train de gagner la guerre. Cette vérité, pour nos élites, est purement et simplement insupportable. Le nombre des victimes irakiennes (civils et forces de sécurité combinées) s’est effondré : il est passé de plus de 3 000 en février et mars 2007 à 560 en novembre et 550 en décembre. Les pertes militaires alliées - très majoritairement américaines - ont connu une évolution comparable, passant de 131 en mai à 23 en décembre.

 

La nouvelle stratégie américaine a donc réussi

 

La nouvelle stratégie américaine, annoncée par George W. Bush en février dernier et mise en œuvre par le général David Petraeus, a donc réussi. Petraeus a implanté durablement ses troupes au sein de la population. Cela lui a permis d’obtenir des renseignements sur l’ennemi et de gagner la confiance des tribus sunnites, précédemment alliées à Al-Qaida.  Ces tribus ont renversé leur alliance et se battent désormais aux côtés des Américains.

 

On aurait pu penser qu’un renversement aussi significatif méritait une certaine couverture médiatique. Bien sûr, il ne faut pas être trop exigeant. Les développements récents ont bien plus d’importance, par exemple, que les mauvais traitements infligés en 2004 à des prisonniers irakiens par des soldats américains dans la prison d’Abu Ghraib. On se contenterait donc de la légère couverture médiatique - un modèle de pondération et de discrétion - qu’avait eue cet événement.

 

Maintenant que la victoire est possible, personne ne veut en parler

Au lieu de cela, on voit se produire l’inverse exact du proverbe qui dit que la victoire a cent pères et la défaite est orpheline. Quand la défaite semblait proche, la guerre s’étalait sur toutes les unes. Maintenant que la victoire est possible, personne ne veut en parler. Cela est bien compréhensible. Après tout, le succès militaire américano-irakien ridiculise tous les messages que les presses française et, aux Etats-Unis, démocrate, ont martelé depuis l’invasion de l’Irak.

 

« Les Américains ne connaissent rien au Moyen Orient » : ils étaient assez ignorants au moment de l’invasion, mais ils apprennent vite. Le général Petraeus a su jouer de sa connaissance des tribus pour trouver de nouveaux alliés. Des milliers de jeunes officiers américains vont rentrer au pays avec une connaissance détaillée de la région.

« Bush va provoquer une guerre des civilisations » : les troupes irakiennes et les tribus sunnites se sont alliées aux forces américaines, faisant un pont entre civilisations. Les forces du jihad sont mises en déroute par une alliance de musulmans et d’infidèles.

« On n’importe pas la démocratie par les armes » : la démocratie irakienne n’existe que grâce à l’invasion de mars 2003. Les forces irakiennes que les armes favorisent sont celles qui acceptent les institutions démocratiques.

« Les Américains s’enlisent » : les Américains ont tiré les leçons de leurs erreurs passées, changé de stratégie, et obtiennent des succès.

« Bush a détruit les alliances des Etats-Unis » : Sarkozy à Paris et Merkel à Berlin ont fermement ancré l’Europe dans l’alliance américaine. L’Egypte, la Jordanie, l’Arabie Saoudite, le Liban et les pays arabes du Golfe renforcent chaque jour leur coopération avec l’Amérique.

« Les Américains finiront par partir dans la défaite et l’humiliation ». Deux autres possibilités sont désormais tout aussi probables : un départ victorieux, ou pas de départ du tout et l’installation d’une présence militaire permanente à la demande d’un gouvernement irakien allié.

 

Tous les axiomes contre Bush répétés depuis 4 ans risquent aujourd'hui de s'effondrer

 

C’est l'espoir d’une défaite finale qui explique le silence des presses française et démocrate

Bref, toutes les armes rhétoriques des ennemis de Bush, tous les axiomes répétés quotidiennement depuis quatre ans, risquent aujourd’hui de s’effondrer. A ce stade, un grand coup d’Al-Qaida - comme la destruction de la mosquée dorée de Samarra le 22 février 2006, qui déclencha de longues tueries entre shiites et sunnites - serait accueilli sans trop de tristesse dans certaines salles de rédaction.

 

A défaut, le dernier espoir de la presse est que personne ne s’aperçoive de rien. On espère, en ne disant rien, que l’opinion publique s’en tiendra à l’impression laissée par la désastreuse année 2006. On espère, en ne disant rien, qu’il restera inacceptable en bonne compagnie de prononcer ensemble les mots « Bush » et « réussite ». Et avec un peu de chance, l’impression d’un désastre en Irak se poursuivra assez longtemps pour que l’opinion publique fasse pression pour un retrait américain - et que ce retrait commence après les élections de 2008. C’est cet espoir d’une défaite finale qui explique le silence des presses française et démocrate.