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Eglise du Kosovo
Quels défis pour le Kosovo indépendant ?
« Le Kosovo sera indépendant d’ici quelques semaines » : la promesse, faite par le nouveau gouvernement de coalition, issu des élections législatives de novembre 2007, vient d'être tenue par le Parlement le 17 février. Quels défis devra relever la nouvelle entité ?

"Le Kosovo sera indépendant d’ici quelques semaines" : la promesse faite par le nouveau gouvernement de coalition issu des élections législatives de novembre 2007, n’a rien d’une parole en l’air. Depuis décembre dernier et l’impasse des négociations au sein du Conseil de sécurité face au veto de la Russie, toutes les conditions d'une proclamation d'indépendance unilatérale sont réunies (NDR : celle-ci vient d'être adoptée par le Parlement le 17 février). Traditionnellement frileuse quant au concept de droit des peuples à disposer d’eux même et redoutant un précédent qui inspire la Tchétchénie, la Russie a habilement su mettre en balance les revendications de peuples non-reconnus mais néanmoins amis de Moscou: les Abkhases et les Ossètes par exemple. Mais de toute façon, avec ou sans l’ONU, pour le gouvernement kosovar et ses alliés occidentaux, il y a déjà bien longtemps que les jeux sont faits.

 

Lors d’un reportage à Pristina en avril 2007, un officiel de la KFOR, représentant le Kosovo, me disait déjà : "Nous avons peu d’espoir quant à une reconnaissance de l’ONU. La seule issue possible, c’est la reconnaissance unilatérale". Dès cette époque, le gouvernement allait de capitale en capitale non pas s’assurer d’un soutien pour une reconnaissance de l’ONU, mais plutôt compter les soutiens à une déclaration d’indépendance en solitaire. Les Etats-Unis, les premiers, ont dit oui, l’Allemagne ensuite, la France enfin, après quelques hésitations vites dissipées depuis l’entrée au gouvernement de Bernard Kouchner, ancien haut représentant de l’ONU dans la province.

 

Seule exigence : attendre la fin des élections en Serbie qui risqueraient sinon de tourner à l’avantage des éléments les plus radicaux. Nous y sommes, les élections ont eu lieu début février à Belgrade. Tout est donc prêt, le plan de reconnaissance, la cérémonie, le champagne, tout, sauf le futur du Kosovo. Pour preuve une foire à l’embauche qui a eu lieu à Pristina, en avril dernier.

 

"Kellogg Brown and Root est une entreprise qui respecte l’égalité des chances, tous les profils sont acceptés pour des postes situés dans des zones de guerres, ce qui implique la possibilité de subir des nuisances du fait de tirs amis ou ennemis", disait l’annonce, parue dans le journal local. Autre temps, autre conflit. Aujourd’hui c’est pour des missions dans la "guerre contre le terrorisme" que livrent les Etats-Unis en Irak et en Afghanistan, que les Kosovars s’engagent massivement. Charpentiers, électriciens, conducteurs de camions, blanchisseurs, logisticiens, informaticiens: la liste des postes à pourvoir sur le site de KBR est effectivement à la hauteur des besoins, immense. Car cette ancienne filiale d’Halliburton spécialisée dans la logistique, peine aujourd’hui à recruter aux Etats-unis.

 

Cette province reste encore un monde étrange, sous perfusion de l’aide internationale et totalement déconnecté de l’économie réelle. Certes, le Kosovo pourra compter sur l’argent de la diaspora albanaise, mais comment un si petit pays arrivera-t-il à résoudre ses problèmes sociaux sans une aide massive ? Sans statut, ni banque centrale, l’inflation y est galopante depuis le passage à l’Euro, voulu par les autorités pour remplacer le Mark comme monnaie d’échange. Or, la conversion a ravagé le pouvoir d’achat des Kosovars, qui sont obligés de vivre aujourd’hui d’expédients. 57% des jeunes, âgés de 15 à 26 ans, vivent ainsi dans une situation de grande pauvreté. Si elle le pouvait, la moitié de cette jeunesse quitterait le pays. Ces résultats, accablants, sont ceux d’une enquête conduite en avril 2007 par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). Partir, mais pour aller où ? L’adhésion à l’Union européenne n’est pas pour demain et les visas sont très difficiles à obtenir. Les postulants aux emplois de KBR ne s’y trompent pas.

 

Qu’on le veuille ou non, le Kosovo indépendant restera prisonnier encore longtemps de sa géographie. Frontalière d’une Albanie encore plus pauvre qu’elle, d’une Serbie hostile, d’une Macédoine méfiante, d’un Monténégro gangrené par le crime organisé, il risque alors de devenir une zone grise au cœur de l’Europe, un asile de toutes les douleurs et de tous les trafics. Au point que les Kosovars se posent déjà la question : demain la liberté, et après ?

auteur: Sébastien Daycard-Heid
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sur contre-feux.com

de Simon Loubris le 18/02/2008 à 13h53
Une vraie indépendance ?

Maintenant que le Kosovo est "indépendant" (c'est à dire porté à bout de bras par la communauté internationale), combien de temps avant un rattachement effectif avec l'Albanie ?
Cette "balkanisation" (Kosovo, Macédoine, Monténégro, Albanie...) n'est-elle pas paradoxale, à l'heure de la construction de l'Europe ? Quel sens cette dernière peut-elle donner à l'indépendance du Kosovo ? Ne se condamne-t-elle pas à une présence permanente dans ce pays, en raison de la présence des minorités serbes, dont la sécurité ne semble pouvoir être garanties que par une "police" internationale. Beaucoup de questions en suspens. L'indépendance, commme l'explique cet article, ne résout rien. Bien au contraire.

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