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BRIC

Qui a peur des BRIC ?

Depuis quelques années, leur évolution étonne, et leur croissance économique fulgurante effraie même certains. Pourquoi les pays BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) fascinent, agacent, et inquiètent à ce point ?

Le mot BRIC est un acronyme apparu pour la première fois dans une étude de Goldmann Sachs (2003) et qui est censé désigner quatre pays à forte croissance : le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine. L'étude montrait déjà les effets "sismiques" du développement potentiel de ces pays dont le PIB devrait égaler le PIB du G6 (c'est-à-dire les pays les plus riches et les plus puissants) en 2025, et prévoyait qu'au même moment chacun de ces pays sera au même niveau que les plus grandes puissances actuelles.

 

L'accélération de la puissance économique des BRIC

 

Les années suivantes ont donné, en effet, plus que raison à ces prévisions. Il s'agit sans aucun doute du nouveau pôle de puissance mondiale ; le transfert des rapports de pouvoir dans le monde suite à la crise économique et financière n'a fait que s'accélérer, en fortifiant ainsi encore plus l'avenir de cette nouvelle alliance, aussi inédite qu'étrange. Personne ne conteste plus qu'on est devant un formidable et inquiétant transfert des richesses vers ces nouveaux marchés qui doubleront leur part dans la croissance mondiale dans seulement vingt ans (arrivant ainsi à 40% de la production mondiale).

 

La moitié de la population mondiale vit dans ces pays

L'intérêt fasciné et inquiet qu'on leur porte est d'abord dû à leur puissance démographique : la moitié de la population de la planète y vit. Or, on s'inquiète également pour des raisons d'ordre économique - car, si la croissance des dernières années se poursuit, il y aura d'ici cinq ans l'arrivée de 800 millions de nouveaux consommateurs dans le marché, l'équivalent de l'addition d'une nouvelle Amérique et Europe réunies, ce qui ne manquera pas d'une part d'attiser l'intérêt des entrepreneurs mais d'autre part de créer potentiellement d'énormes problèmes sociaux, environnementaux, économiques et politiques.

 

Des peurs non avouées

 

Les peurs se cachent sous un agacement plus ou moins avouable ("ils" nous envahissent, "ils" cassent les prix), des critiques acerbes sur leurs problèmes et la minimisation de leurs progrès (comme c'est le cas pour le Brésil) ou des soucis sur les problèmes causés par la gigantesque élévation de la demande ("si chaque Chinois veut posséder une voiture")  - et justement, aussi bien la Chine que l'Inde sont attendus pour dépasser bientôt les Etats-Unis comme marchés pour les automobiles.

 

Leurs différences peuvent devenir une force voire une complémentarité

L'inquiétude peut se transformer en peur phobique quand on songe qu'aussi bien la Russie, l'Inde et la Chine possèdent l'arme nucléaire - pour ne rien dire d'énormes dangers potentiels d'une croissance sauvage : une révolte contre la misère paraît inévitable si la plus grande partie de leurs populations continue a vivre dans la misère - pour ne rien dire du niveau de pollution atmosphérique désastreux de la Chine. Il a été particulièrement intéressant, en ce qui concerne la formulation de ces peurs, d'étudier les réactions de la presse occidentale concernant le premier sommet des BRIC il y a quelques mois, le 16 Juin 2009 à Ekaterinburg (Russie), et le zèle que l'on a mis à ironiser ou minimiser l'impact potentiel d'une telle rencontre ou d'une telle alliance tout court.

 

On a montré les différences énormes et les incompatibilités réelles entre ces pays et les spécificités de leurs économies et/ou cultures, et même de leurs régimes politiques, en lamentant l'absence de démocratie en Chine ou le déclin démographique de la Russie et son poids économique dû exclusivement à des ressources énergétiques et non pas à l'industrie, en taisant que ces différences peuvent devenir une force voire une complémentarité dans le cas des collaborations.

 

Une influence grandissante

 

On a pris également soin d'ignorer leur méfiance aussi grandissante que manifeste, leur impatience contre le dollar et leur discussion sur une nouvelle monnaie de réserve. Les responsables de ces pays ne cessent en effet d afficher leur volonté de libeller leur échanges avec leur propre monnaie - et leur critique impitoyable des Etats-Unis montre même plus que de l'impatience.

 

Un élargissement  du radar économique à une multitude d'autres pays

On fait mine également de ne pas observer leur influence grandissante et l'élargissement du radar économique du groupe des pays BRIC à une multitude d'autres pays (Indonésie, Mexique, Iran, Turquie, Vietnam, Philippines, pour n'en citer que quelques uns), et la fréquence avec laquelle de plus en plus de gouvernements et de décisionnaires s'emploient à collaborer avec eux. Rappelons enfin d'autres signes de fortification des BRIC, tel l'étonnant resserrement des liens entre la Chine et la Russie, après des décennies de rivalités, mais aussi, au niveau politique, l'affichage d'une nouvelle solidarité croissante sur des dossiers importants, que cela soit sur le Proche-Orient ou la réforme de l'ONU.

 

Des Etats-Unis en perte de crédibilité

 

Mais le passé historique explique aussi, et augmente même, la méfiance : rappelons qu'à divers degrés chacun de ces pays, le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine ont été envahis, conquis, pillés, colonisés, occupés et surrtout exploités par des puissances occidentales. L'économiste coréen Ha Joon-Chang; dans un livre indispensable (Kicking away the ladder - Development strategy in historical perspective) a par ailleurs brillament montré comment les pays riches ont tout fait par la suite pour ralentir le progrès des pays pauvres.

 

L'arrogance occidentale agace de plus en plus

Tout ceci fait que l'arrogance occidentale, dispensant des leçons sur les droits de l'homme et la corruption à longueur de temps et à qui veut l'entendre, agace et paraît de plus en plus déplacée et injustifiée. Des plus en plus d' intellectuels en Asie comprennent mal de quel droit nous n'arrêtons pas de leur demander de se soucier à notre place du développement durable.

 

Et la crédibilité des Etats-Unis commence à paraître particulièrement ébranlée. Après avoir été la source d' une crise qui a secoué le monde entier, torturé à Abu Graib, créé des prisons du type de Guantanamo et mené des guerres sanglantes au Moyen-Orient sous de faux prétextes, ses piètres résultats  économiques comparés à ceux des puissances émergentes modifient lentement mais surement les rapports de forces.

 

Cela transparaît dans le faste déployé par la Maison Blanche pour accueillir le président indien, mais aussi lors la récente visite du président Obama en Chine, de laquelle il n'a rien pu obtenir sur des dossiers importants (Iran, réévaluation de la monnaie chinoise). Visite par ailleurs étrangement peu prolixe sur les vrais sujets qui fâchent - et qui devraient continuer à fâcher sur le long terme.

auteur: Emmanuel Guérin
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de diane le 02/12/2009 à 12h16

Certaines réalités économiques et démographiques vont bien obliger "l'Occident"à abandonner sa superbe...avant qu'il ne soit trop tard, espère-t-on.

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de Christian DELARUE le 02/12/2009 à 22h26
Déplacement

Il y a une concurrence internationale féroce entre les grandes sociétés financières de la triade élargie aux BRIC mais cela change peu de chose pour les peuples-classe. La bourgeoisie de ces pays s'enrichit mais le reste de la population s'appauvrit, à des degrés divers.
CD

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de hengxi le 18/12/2009 à 13h59
Parti de loin

Dans le cas de la Chine, et dans la partie du Guangxi où j'habite (5 ans), les choses évolue pour les classes modestes, mais comme vous le dites, les classes moyennes et élevées évoluant à un rythme plus soutenu, cela donne l'impression d'un grand fossé, qui ne se comblera sans doute jamais.

Un des problèmes est assez paradoxal car si les paysans ont des revenus supérieurs à ceux d'il y a quelques années, ce qui n'est pas difficile, ils mettent en banque le surplus ou l'utilisent pour louer plus de terre.

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