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International
Le 22 mars, les Taiwanais vont choisir un nouveau président entre les candidats Ma Ying-jio du Kuomintang (KMT), favori des sondages, et Frank Hsieh du DPP, parti actuellement au pouvoir. Mais le même jour, ils se prononceront également sur deux référendums traitant d’un sujet sensible : l’adhésion de l’île à l’ONU. Deux votes qui abordent une même question sous un angle différent, et qui reflètent les divergences politiques entre les deux partis de la jeune démocratie. Or, plus encore que l’élection présidentielle qui désignera un président proposant selon toute vraisemblance un rapprochement relatif avec Pékin, quel que soit le vainqueur, ces référendums sont particulièrement sensibles.
Adhésion, ou retour ?
Quand le président sortant Chen Shui-bian a proposé un référendum sur l’entrée de Taiwan à l’ONU, sous le nom « Taiwan », il a lancé une vaste campagne de mobilisation autour de l’injustice de voir 23 millions de Taiwanais non reconnus par la principale organisation internationale qui, à défaut de passionner les foules à Taiwan, reçoit légitimement une approbation assez large. Son parti, le DPP, voit dans ce texte un premier pas, certes symbolique, vers la reconnaissance par sa population de Taiwan comme une entité indépendante de la Chine continentale.
Le KMT, hostile à l’indépendance et dans le même temps inquiet de s’aliéner une partie de l’électorat en refusant de cautionner l’adhésion à l’ONU, a choisi de contre-attaquer en proposant un autre référendum portant sur le « retour » à l’ONU (l’île était membre permanent du Conseil de sécurité de 1949 à 1971, héritant du siège octroyé à la Chine en 1945, avant de le céder à Pékin, sous la pression de Washington), qui se ferait sous l’appellation « République de Chine », le nom officiel de Taiwan. Un moyen de rejeter le référendum du DPP sans rejeter le principe d’une adhésion à l’ONU. Le KMT a par ailleurs appelé à ne pas se prononcer sur le référendum du DPP, et à se concentrer sur l’élection présidentielle. Chaque parti étant libre de soumettre une question aux électeurs, c’est la raison pour laquelle il y a deux référendums, un qui propose l’adhésion à l’ONU, et l’autre le retour.
Pour Pékin, une « provocation »
Depuis l’annonce de la tenue d’un référendum en marge de l’élection présidentielle, la Chine continentale a multiplié les déclarations faisant état d’une « provocation », ou d’une « gesticulation » des autorités taiwanaises. En fait, pour la Chine continentale, le principe même du référendum est une provocation, car Pékin estime que cette manifestation de la démocratie est le premier pas vers l’indépendance. C’est donc plus le risque de voir dans ce type de pratique, courante à Taiwan lors d’élections présidentielles ou législatives et systématiquement vivement dénoncée à Pékin, que l’idée de la démocratie elle-même qui inquiète le régime communiste. Mais c’est surtout ici le sujet proposé dans le cadre de ces référendums qui inquiète les autorités chinoises. Un soutien populaire serait ainsi perçu comme un affront de l’autre côté du détroit, et à l’heure des troubles sanglants au Tibet et à la veille de ses Jeux Olympiques, la Chine se passerait bien d’un durcissement de la relation avec la « province rebelle ».
Un vote inutile
Les grandes démocraties occidentales, Washington en tête (mais Paris également, par la voix de Nicolas Sarkozy, lors de sa visite d’Etat en Chine), dénoncent le référendum, qu’elles jugent à la fois inutile et dangereux pour la stabilité inter-détroit. Les alliés de Taiwan craignent ainsi que ce référendum détériore le fragile équilibre entre Taipei et Pékin, et remette en question un statu quo souvent cité comme meilleure garantie de la stabilité.
Dans les faits, il est indiscutable que quelque soit le résultat des deux référendums, ils ne seront pas suivis d’effet, l’adhésion de Taiwan à l’ONU étant dépendante d’un accord de la Chine, qui est membre permanent au Conseil de sécurité. Taiwan ne fera donc pas partie de l’ONU tant que sa relation avec la Chine n’aura pas été profondément modifiée, ce qui fait des référendums un vote inutile. Dangereux aussi à certains égards, compte-tenu des réactions possibles de Pékin en cas de succès. La loi anti-sécession, adoptée en 2005, est ainsi souvent citée par les dirigeants chinois comme légitimant une action coercitive au cas où Taiwan briserait le statu quo.
Une question de politique intérieure
Alors pour quelle raison les Taiwanais vont-ils finalement se prononcer pour des référendums jugés inutiles et dangereux par tous leurs partenaires ? La réponse se trouve dans la politique intérieure, et donc dans l’élection présidentielle, le véritable enjeu du scrutin du 22 mars. Les deux candidats proposent des programmes relativement proches sur les questions économiques (enjeu principal du scrutin), et le choix des électeurs pourrait dès lors se porter sur d’autres aspects, au premier rang desquels la question de l’identité taiwanaise, qui continue d’opposer les deux camps. Mais ne nous y trompons cependant pas, si les référendums attirent l’attention à l’extérieur, les Taiwanais les jugent accessoires à une élection présidentielle qui les interpelle beaucoup plus.
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auteur: Barthélémy Courmont en savoir plus sur l'auteur |
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