Dossier spécial Elections Américaines
DEBATavec Débat&Co Quelle stratégie adopter pour les JO de Pékin ?
Logo officiel des Jeux Olympiques 2008 de Pékin MILITANT Les prisonniers olympiques POINT DE VUE De l’infantilisme du Dalaï Lama lire le dossier

LES ARTICLES LES PLUS :

Politique

Débat à plusieurs voix

De l'absence de vrais débats
lire l'article

Politique

Drapeau italien

Italie : coup de barre à droite
lire l'article

Economie

Centrale nucléaire de Dampierre-en-Burly (Loiret)

Nucléaire : relance ou baroud d’honneur ?
lire l'article

DEBAT Changement climatique : que peut-on faire ?
Hémisphère nord vu du ciel CADRAGE Le changement climatique : un problème d'abord économique ANALYSE Les deux politiques du climat lire le dossier
International
Hu Jintao et Vladimir Poutine en 2007 à Shanghai
Rivalités au Moyen-Orient : après Washington, Moscou et Pékin ?

Il est certes trop tôt pour parler d’un quelconque déclin des Etats-Unis au Moyen-Orient. Washington a encore bien des atouts en main, mais les aspirants à la succession du parrain américain élaborent des stratégies concurrentielles. Ils ont pour nom : Moscou et Pékin.

Il est certes trop tôt pour parler d’un quelconque déclin des Etats-Unis au Moyen-Orient. Washington a en effet encore bien des atouts en main dans cette région du monde, et quand bien même la tournée entreprise par le président George W. Bush en janvier 2008 ne lui a pas réellement permis de recueillir un consensus anti-iranien officiel à la hauteur de ses espérances, le Moyen-Orient n’en reste pas moins inscrit aujourd’hui à l’heure américaine.

 

Cette sérénité ne devrait cependant pas occulter la présence de logiques concurrentielles en pleine gestation aujourd’hui au sein du « Grand Moyen-Orient ». Contrairement à la situation qui prévalait à la fin des années 1990 encore, Washington n’est plus seul dans la région. Du Maroc à l’Arabie saoudite en passant par l’Algérie, l’Egypte, ou même la Syrie et l’Iran, les aspirants à la succession du parrain américain ont d’ores et déjà placé leurs pions. Ils ont pour nom : Moscou, et Pékin. Et s’ils demeurent assez soucieux d’éviter de froisser directement Washington, rien ne permet de penser que les prochaines années nous permettront de faire l’économie d’une réflexion sur l’ère post-américaine du Moyen-Orient.

 

Un Moyen-Orient placé sous le giron russe et/ou chinois serait-il entre de meilleures mains ? Rien n'est moins sûr

Bien entendu, rares sont ceux qui, à l’intérieur comme en-dehors du Moyen-Orient, estiment que l’Administration Bush a abordé les perspectives liées à cette région par le bon côté. Après deux mandats républicains, le conflit israélo-palestinien est en effet toujours béant, la donne irakienne convole vers des cieux de plus en plus inquiétants, l’Iran est dans une phase d’affirmation facilitée par la chute des Taliban afghans et de Saddam Hussein, et les options radicales à relents religieux ont le vent en poupe. Dans le même temps, les uns et les autres s’accordent-ils à envisager un Moyen-Orient qui, du fait de son inscription dans le(s) giron(s) russe et/ou chinoi(s), serait placé sous de bien meilleurs auspices ? Rien n’est moins sûr.

 

La Russie renoue avec des réflexes d'une époque qu'on croyait révolue 

 

Il suffit en effet de porter un œil à la manière par laquelle l’un et l’autre de ces acteurs ont récemment opéré leur positionnement, voire leur retour, dans la région pour constater qu’un ascendant régional plein et entier de la part des Russes ou des Chinois pourrait être très peu reluisant. Côté russe en effet, c’est le renouement avec des réflexes issus d’une époque que l’on croyait révolue qui redevient d’actualité, comme le prouvent les contrats en matière d’armements proposés à la Syrie et à l’Iran (qui sont les deux plus gros importateurs en armement russe de la région) ainsi qu’à l’Algérie et à la Libye. Par extension, les pays du Golfe, Yémen compris, ont tout aussi bien été approchés pour des contrats similaires, et ne sont d’ailleurs pas fermés à une telle perspective si l’on en croit les exemples aboutis de l’Arabie saoudite (entre tanks, hélicoptères et missiles de moyenne portée) et du Yémen (Mig-29 et tanks T-80). Le tout se comptant évidemment en milliards de dollars.

 

Et la Chine mise sur son savoir-faire dans l'énergie, sa main d'oeuvre et ... son armement

 

La Chine n’est pas en reste sur ce plan, puisqu’à ses besoins importants en ressources énergétiques a répondu la contractualisation de sa part de contrats en matière d’armement avec l’Iran, et la préparation d’un terrain similaire avec l’Arabie saoudite et l’Algérie. Dans le même temps, si le gouvernement irakien est lui-même engagé dans une posture ouvertement intéressée face à l’armement chinois, Pékin pèse aussi de plus en plus lourd dans les perspectives économiques moyen-orientales. Sans oublier le savoir-faire effectif des Chinois en termes d’exploitation pétrolière, c’est la main d’œuvre chinoise qui se fait en effet de plus en plus visible dans la région, et très particulièrement au sein des pays du Maghreb. En parallèle, ces mêmes perspectives ont eu des répercussions inattendues sur l’état de certains secteurs économiques régionaux : l’Egypte, la Syrie, l’Algérie, le Maroc, la Jordanie ou même les Territoires palestiniens voient ainsi leur secteur textile, qui a défié toute concurrence pendant si longtemps, tomber en chute libre : leur production nationale ne fait en effet pas la différence devant les produits chinois d’importation.

 

Les frustrations anti-américaines sont telles aujourd’hui qu’une volonté de recourir à des alternatives hasardeuses ne peut être exclue

Or, c’est avec ces perspectives économiques et financières justement, et confortée par la qualité de son armement, que Washington avait réussi à bâtir jusqu’ici avec succès une grande partie de sa stratégie régionale, pour ne pas dire internationale. Les temps sont-ils dès lors à la préparation du déclin inéluctable de la première puissance mondiale ? On ne saurait l’affirmer comme tel. Cependant, les Etats-Unis n’ont plus des marges aussi confortables que celles dont ils pouvaient se targuer jusqu’à peu, et si des perspectives placées sous égide russo-chinoise ne sont pas forcément ce qu’il y a de plus sollicité par les habitants du Moyen-Orient, les frustrations anti-américaines sont néanmoins telles aujourd’hui qu’une volonté de recourir à des alternatives hasardeuses ne peut pour autant être entièrement exclue.

 

Si le Moyen-Orient venait à opérer une transition dans ses modalités de composition avec l’étranger, c’est donc incontestablement aujourd’hui que s’en jouent les principales articulations. Américains, Russes et Chinois en sont pleinement conscients, et tentent de jouer la partie pour le meilleur, mais aussi pour le pire. Reste à savoir ce qu’en pense ce grand voisin géographique, brillant par son absence, qu’est l’Union européenne.

crédit photo : Aujourd'hui la Chine auteur: Barah Mikaïl
en savoir plus sur l'auteur
écrire
cliquez ici pour participer
1 RÉACTION réagissez à cet article
Pour participer au débat, vous devez vous identifier :


Créez votre profil Première visite ? pour noter, réagir et écrire sur contre-feux.com
de Laurentdub le 05/03/2008 à 15h50
un monde dirigé par le commerce des armes... quelle surprise!

A la lecture de l'article, on se peut se demander quelle est la vraie question:

Qui va réussir à être le médiateur qui permet, par la voie diplomatique, de pacifier le Moyen-Orient?

Qui va conquérir le leadership mondial de l'armement, toujours détenu par les Etats-Unis?

C'est regrettable, en effet, de se poser une telle question à l'heure où la bande de Gaza est sous les bombes israéliennes, à l'heure où les talibans font unretour tonitruant en Afghanistan, et à l'heure où les mouvances islmamistes n'ont jamais été aussi fortes.

Lequel de ces trois pays a intérêt à obtenir la paix au Moyen-Orient?

La Chine lorgne sur le pétrole de la région, sur lequel les américains ont déjà la main mise.
Les Russes, géants énergétiques, ont toutes les raisons d'entretenir le trouble dans cette région afin de maintenir des cours élevés du gaz et du pétrole, et d'offrir des débouchés à son industries de l'armement.
Et les Etats-Unis, actuel grand gagnant de la région, défendra cher ses positions...

L'article résume en tout cas bien la place de l'Europe dans cette région : elle n'en prend pas !

répondre à cette réaction   noter cette réaction signaler un abus