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International
Robert Kagan, de l’Occident aux démocraties
Les Etats-Unis n'ont plus les moyens ni la légitimité de rester les gendarmes du monde. Même le néoconservateur Robert Kagan, conseiller de John McCain, propose une "ligue des démocraties" pour faire face aux régimes autoritaires. Vers une doctrine multilatéraliste ?
Robert Kagan s’est fait connaître du grand public avec la publication de son ouvrage en 2003 La puissance et la faiblesse, dans lequel il fustigeait la faiblesse des Européens, descendants de Vénus, par opposition à la force des Américains, venus de Mars.
Aujourd’hui conseiller de campagne de John McCain, cette figure de proue du mouvement néoconservateur américain revient à la charge avec The Return of History, un ouvrage qui s’inquiète de la montée des dictatures, et reprend sans le savoir le titre d’un livre publié il y a quinze ans en France par Guillaume Parmentier, Le retour de l’histoire (mais certainement pas le contenu, l’apport de Kagan étant une fois de plus aussi limité qu’inquiétant, et les deux travaux ne se rejoignant que pour s'opposer à La fin de l’histoire de Francis Fukuyama). On y lit un glissement rhétorique de l’Occident vers les démocraties, qui symbolise l’évolution des néoconservateurs, mais n’en est pas moins préoccupant, et marque le retour de ceux qui façonnèrent la politique étrangère américaine après le 11 septembre, à défaut de l’histoire.
Une ligue des démocraties pour contrer les régimes autoritaires
Une ligue des démocraties, voilà une idée a priori séduisante, et qui semble presque à contre-courant des thèses des néoconservateurs, réputés à l’écoute de l’unilatéralisme. Pas tant que cela cependant. Les néoconservateurs renient facilement le réalisme en politique, pour lui préférer une forme de messianisme qui peut facilement dépasser les frontières. Avec une formule qui les caractérise : "multilatéraux quand nous le pouvons, unilatéraux quand nous le devons", comme pour rappeler les limites du multilatéralisme.
Mais l’aventure américaine en Irak a prouvé que la formule inverse était tout aussi valable pour les néoconservateurs, qui semblaient systématiquement rechercher l’unilatéralisme. Revenus à un réalisme par nécessité plus que par choix, ils retrouvent donc leur objectif initial, un messianisme imposant ses vues largement au-delà des frontières, et profitant d’un multilatéralisme dans lequel la morale (à laquelle ils adhèrent) serait érigée en dogme. Bref, en plaidant pour une ligue des démocraties, Robert Kagan ne fait que revenir aux fondements du mouvement néoconservateur. Cette ligue des démocraties est dès lors inquiétante car elle a pour seul but de faire accepter l’unilatéralisme, pour lui donner plus de force.
Des démocraties de Mars, ou de Vénus ?
Reste à savoir quelle doit être l’attitude des démocratie si les régimes autoritaires refusent de se soumettre. Si les néoconservateurs se sont reconvertis dans une nouvelle quête, celle d’un front des démocraties, continuent-ils pour autant de plaider pour le recours à la force, ou ont-ils modifié leur manière de concevoir les relations avec les ennemis de la démocratie ?
Sur ce point, Kagan dévoile son projet, qui consiste à élargir à l’ensemble des démocraties sa vision de la politique étrangère américaine, faite de promotion de la démocratie et de moyens coercitifs quand cela est nécessaire. En d’autres termes, il plaide pour des démocraties bienveillantes, mais rejette dans le même temps une forme de passivité déjà relevée et dénoncée chez les Européens. Des démocraties venant de Mars donc, et non de Vénus, pour reprendre la distinction qu’il avait opérée dans La puissance et la faiblesse entre Américains et Européens. Un retour de l’histoire… récente, en quelque sorte.
Le problème vient du fait que les Européens, hostiles à l’unitaléralisme, pourraient cette fois être plus facilement séduits par un messianisme qui les inclurait. L’objectif de Kagan est donc simple : convaincre les Européens que eux aussi peuvent descendre de Mars, au cas où les autres moyens, comme la diplomatie (notamment la diplomatie transformationnelle de l’administration Bush 2, qui consiste à promouvoir la démocratie), échoueraient.
Démocratie ou puissance : de quoi parle-t-on exactement ?
Mais le plus gros problème, qu’on relevait déjà dans La puissance et la faiblesse, vient du fait que Robert Kagan confond souvent démocratie et puissance. Une confusion qui n’est certainement pas étrangère au fait qu’il plaide en faveur de démocraties fortes, capables de vaincre les dictatures. Kagan estime ainsi que la démocratie ne s’impose pas d’elle-même, ce qui suppose implicitement qu’elle doit être imposée.
Une vision wilsonienne des relations internationales, selon laquelle la démocratie doit s’imposer ; mais un wilsonisme botté, déjà difficilement expérimenté à l’occasion de l’administration Bush 1. En ajoutant à cela un "choc des régimes" entre des démocraties fortes et des dictatures qui ne le sont pas moins (avec en ligne de mire la Chine), tous les ingrédients d’une nouvelle vision inquiétante des relations internationales sont réunis, sans apporter de réponse crédible aux moyens de faire reculer les dictatures.
En tout cas, à ceux qui se demandaient ce que sont devenus les néoconservateurs, Robert Kagan répond qu’ils sont toujours en embuscade, et que si leur obsession pour l’unilatéralisme s’est dissipée, c’est toujours bel et bien la puissance américaine qui les anime.
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auteur: Barthélémy Courmont en savoir plus sur l'auteur |
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Confusion intellectuelle?
"[...]si les régimes autoritaires refusent de se soumettre [...]": un régime autoritaire qui se soumet, c'est une contradiction conceptuelle violente ça... "[...] les relations avec les ennemis de la démocratie [...]": euh, vivons-nous une guerre mondiale avec les pays démocratiques tout dans un camp, et les régime dictatoriaux tous dans un autre?... Ai-je par inadvertance manqué un épisode de la grande saga de l'Humanité? Que dire alors du soutien apporté par des pays "démocratiques" à des régimes, euh, "forts" (entendez "autoritaires/dictatoriaux")? Des exemples? USA/Chili, 1973; Allemagne & France/Irak de Saddam, années 80; USA/Irak de Saddam avant l'invasion du Koweit; USA/Arabie Saoudite; France recevant Kadhafi (Libye), Bachir el-Assad (Syrie); USA & France/Maroc de Hassan II... on continue ou bien ça suffira comme ça? "[...] la démocratie ne s’impose pas d’elle-même, ce qui suppose implicitement qu’elle doit être imposée [...]": euh, une "dictature de la démocratie" en quelque sorte, si je comprends bien? Est-ce moi qui suis binaire dans mon raisonnement, est-ce Robert Kagan qui souffre de confusion intellectuelle, ou bien le problème, comme la vérité, est-il encore ailleurs?... Help! L'idéologie c'est comme l'amour, ça rend aveugle... | |||
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